‹ Charles BaudelaireChapitre 219 sur 257 · Chant d'automne, LVl · texte numérisé non relu

Chant d'automne, LVl

Ce qui est remarquable dans cette pièce, c'est que la pensée : — idée de la mort suggérée par l'arrière-saison, — crée le rythme ; et le rythme amène à son tour naturellement dans le vers les assonances et les allitérations dont l'harmonie évoque le bruit du bois qu'on entasse dans les cours, — sensation d'arrière-automne, — de l'échafaud qu'on dresse et du cercueil qu'on cloue, — pensée de la mort \

Une autre pièce, quoique très différente, est également caractéristique ; le Jet d'eau ^ Il s'agit de suggérer des sentiments et des sensations : molle fatigue qui suit l'amour, apaisement des voluptés, approche de l'ombre, mélancolie qui donne envie de pleurer ; il s'agit en même temps d'évoquer tout un paysage : parc à la française, dans la nuit d'été, jet d'eau et clair de lune. Il y a déjà concordance entre les sentiments et le décor : la nuit qui vient correspond à l'apaisement, à la fatigue des sens ; l'eau qui retombe en bruissant, aux larmes qui vont couler. Quel vers maintenant choisir ? L'alexandrin serait trop large, trop solennel ; il ne rendrait point l'harmonie du jet d'eau, — fusée claire et douce pluie, — ni la vague et calme tristesse

1. Il est bon de noter qu'il existe entre l'emploi des assonances el des allitérations dans la poésie de B. et le procédé de 1' « harmonie imitative », la même diiïérence qu'entre une symphonie dont le thème serait par exemple un orage, et cet orage reproduit par un vulgaire phonographe.

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