LXIX
l'art et l'œuvre 36;î
Mais où triomphe le génie musical de Baudelaire, c'est dans les grandes pièces classiques : celles oij la forme la plus simple, — la strophe carrée, en vers alexandrins, — laisse au mouvement lyrique produit par l'émotion toute la liberté de son développement rythmique. La sonorité du vers est alors comparable à celle d'un orchestre ^écutant une symphonie. Ici, rien d'étudié, de voulu, de laborieusement combiné ; c'est la pensée et c'est le sentiment intime, — exaltation, tristesse, nostalgie, horreur, ferveur, pitié, — qui sont la source de l'harmonie. Prenez par exemple les cinq dernières stances de Bénédiction, les trois dernières des Phares, la quatrième pièce de Spleen, la fin du Voyage à Cythère ^ ; prenez surtout, dans les pièces condamnées, ces stances ^ que vous lirez à voix haute : ,
Descendez, descendez, lamentables victimes. Descendez le chemin de Tenfer éternel ; Plongez au plus profoijd du gouffre où tous les crimes Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,
Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage ; Ombres folles, courez au but de vos désirs ; Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage, Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.