‹ Charles BaudelaireChapitre 232 sur 257 · Femmes damnées, (jXXXI · texte numérisé non relu

Femmes damnées, (jXXXI

Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes ; Par les fentes des murs des miasmes fiévreux Filent en s'enflammaut ainsi que des lanternes Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérilité de votre jouissance

Altère votre soif et roidit votre peau,

Et le vent furibond de la concupiscence

Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Loin des peuples vivants, errantes, condamnées, A travers les déserts courez comme les loups ; Faites votre destin, âmes désordonnées, Et fuyez l'infini que vous portez en vous !

En vérité, Asselineau n'outre point l'éloge en comparant « ce final fulgurant et tumultueux » à un final de Beethoven ^ Mais Dante, dans tout son Enfer, a-t-il écrit page plus terrifiante, — et plus saine ? Tout ce que nous avons dit des Fleurs du Mal, de leur inspiration, de leur sens mystique, de leur art, se condense, uni à l'observation psychologique et même physiologique, dans ces vingt vers. Ici, l'analyse rencontre ses limites et nous touchons à ce qu'il y a de magique, de divinatoire, dans la poésie. Nous y voyons, — et ce sera notre conclusion, — « comment la poésie touche à la musique par une prosodie dont les racines plongent plus avant dans l'âme humaine que ne l'indique aucune théorie classique ". » Et cette musique-là ne creuse-t-elle pas le ciel ^ et Tenfer ? Ainsi la langue et l'écriture deviennent des « opérations magiques », une «sorcellerie évocatoire * ».

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