CHAPITRE PREMIER RÉSUMÉ DE LA VIE
Entreprendre la biographie de Baudelaire serait inutilement répéter Asselineau et MM. Crépet '■ ; mais il est nécessaire de rappeler à nos lecteurs les faits principaux et les principales dates de cette douloureuse existence. Cette méthode nous permettra de dégager plus clairement ensuite les caractères essentiels de l'homme.
Charles-Pierre Baudelaire est né à Paris le 9 avril 1821 ; il y est mort le 31 août 1867.
Il était le petit-fils d'un paysan champenois et le fils de Joseph-François Baudelaire. Joseph-François Baudelaire naquit en 1759. Ses parents, tout paysans qu'ils fussent, et paysans de l'ancien régime, jouissaient de quelque aisance, avaient pour leur fils des ambitions. Ils lui donnèrent une
1. Ch. Asselineau. BaudeUire, sa vie et son œuvre, 1869 ; E. et J. Grépet. Ch. Baudelaire. Etude biojfraphique, 1908. Cf. ég. le petit livre consacré à B. par MM. A. Séché et J. Bertaut dans la collection « Vie anecdotique et pittoresque des grands écrivains », Paris, Louis-Micliaud, s. d. ^
bonne éducation et le firent étudier. Joseph-François devint répétiteur au collège Sainte-Barbe, précepteur dans la famille Ghoiseul-Praslin et plus tard, sous le Consulat et l'Empire, haut fonctionnaire, secrétaire et contrôleur au Sénat, chef des bureaux de la Préture. Gomme presque tous les intellectuels issus du peuple et gênés dans leur ascension sociale par les institutions et la société monarchiques, Joseph-François Baudelaire avait embrassé les idées révolutionnaires. Mais ce jacobin galant et lettré, ami de Gondorcet, de Gabanis et d'Helvétius, eut l'élégance de ne point tomber dans le fanatisme. Avec un goût très prononcé pour les beaux arts, — il faisait de la mauvaise peinture dans le genre pseudo-classique, — il garda toute sa vie la politesse raffinée du xvin" siècle : nous retrouverons ces deux traits chez son fils. 11 mourut, trop tôt pour celui-ci, le 10 février 1827 : le jeune Baudelaire avait alors six ans.
Joseph-François Baudelaire s'était marié deux fois. Notre poète était l'enfant du second mariage, en 1819 ; son père avait à sa naissance soixantedeux ans, sa mère vingt -huit, disproportion qui explique en partie le déséquilibre nerveux de Charles. Sa mère, Caroline Archimbault-Dufays, était une femme sensible et vive, tendre et dévote. « Ma mère est fantastique ; il faut la craindre et lui plaire, écrit quelque part son fils K » Notons que, née à Londres en 1793, elle avait du sanganglais dans les veines et s'efforça d'élever son enfant à l'anglo-saxonne : elle lui apprit l'anglais