‹ Charles BaudelaireChapitre 64 sur 257 · avril 1861, Lettres inédites, ibid · texte numérisé non relu

avril 1861, Lettres inédites, ibid

• l'homme et la pensée 117

Il a raison : non seulement la conscience est demeurée en lui catholique, mais catholiques sont encore sa tournure d'esprit et sa sensibilité ; de ce point de vue, les Fleurs du Mal sont un livre essentiellement catholique dont le titre pourrait être les « Fleurs du Péché ».

Ces fleurs ont leurs racines dans la conception que le poète se faisait de l'homme et de la vie. Quelle est cette conception ? C'est la vieille croyance au péché originel. Le 21 janvier 1856, il écrit à Toussenel :

Toutes les hérésies auxquelles je faisais allusion tout à l'heure (il s'agit du socialisme, du fouriérisme ; on voit, entre parenthèses, combien Baudelaire renie à cette date ce qu'il fut huit ans auparavant), ne sont après tout que la conséquence de la grande hérésie moderne de la doctrine artificielle, substituée à la doctrine naturelle, — je veux dire : la suppression de l'idée du péché originel.

Votre livre réveille en moi bien des idées dormantes, — et, à propos du péché originel, et déforme moulée sur l'idée, j'ai pensé bien souvent que les bêtes malfaisantes et dégoûtantes n'étaient peut-être que la vivification, corporification, éclosion à la vie matérielle, des mauvaises pensées de l'homme. — Ainsi la nature entière participe du péché originel '.

Et ceci l'amène à formuler la théorie de la vraie civilisation :

Elle n'est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes. Elle est dans la diminution des traces du péché originel ^.

Que cette conception du monde et cette théorie de la véritable civilisation soient parfaitement conformes à la doctrine catholique, c'est l'évidence même. On reconnaît ici l'influence de Joseph de

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