Œuvres posthumes, 118 (Journaux intimes
Maistre. Souvenons-nous qu'il était pour Baudelaire « le grand génie de notre temps ^ ». Il lui doit certainement cette conception extrêmement pessimiste du Mal sur la terre et la forme outrancière, paradoxale, qu'il donne à cette conception. Il lui doit encore les conséquences politiques et sociales qu'il en tire. L'homme étant mauvais de par sa nature, ne peut être gouverné que par une autorité absolue, agissant au nom de Dieu, appliquant sans pitié les lois divines, au spirituel par l'intermédiaire du Pape, au temporel par celui du Roi, « ces deux moitiés de Dieu », comme aurait dit Victor Hugo. De là l'antidémocratisme de Baudelaire. On trouve dans ses journaux intimes des notes comme celles-ci :
Le prêtre est immense, parce qu'il fait croire à une foule de choses étonnantes. Que TEglise veuille tout faire et tout être, c'est une loi de l'esprit humain. Les peuples adorent l'autorité... 11 n'existe que trois êtres respectables : le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer. Les autres hommes sont taillables ou corvéables, faits pour l'écurie... Il n'y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l'homme qui chante, l'homme qui bénit, l'homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est fait pour le fouet '^.
Ce qu'il reproche surtout aux Belges, c'est leur anticléricalisme, leur haine des Jésuites '\ Les Jésuites, il se plaît à bien affirmer sa sympathie pour eux. Le 14 juillet 1864, par exemple, il écrit à M. Ancelle : « Tout m^a nui, surtout ma sympathie « visible pour les Jésuites ; » et plus loin, parlant
i. Lettre à Toussencl, Lettres, p. 84.