‹ Charles Baudelaire: souvenirs, correspondances, bibliographie. Suivie de pie?ces ine?ditesChapitre 7 sur 34 · XII. Rouvière (imprimé dans /'^rtisté · texte numérisé non relu

XII. Rouvière (imprimé dans /'^rtisté

L Opium est si long qu'il sera publié en deux fois ; le 3 1 décembre la première partie.

Bien à vous,

Voilà une lettre navrante. La Revue internationale elle-même m'a moinj^ humilié par ses sottises que vous^r *^

les miennes. Je reprends .votre lettre article par article.

lo Du monde {éminitij mundi tnulie* bri. — Comment osez-vous m*attribuer ce bizarre génitif? Comment n'avez-vous pas deviné que Calonne, qui est un pédant, a dû se dire (après le bon à tirer) : Faut- il que ce Baudelaire soit ignorant ! il prend la terminaison de l'ablatif pluriel pour celle du génitif singulier. — Quant au reste de votre critique, je réponds par le travail d'imagination que j'ai fait et que le lecteur intelligent doit faire :

qu'est-ce que l'enfant aime si passionnément dans sa mère, dans sa bonne, dans sa sœur aînée ? Est-ce simplement l'être qui le nourrit, le peigne, le lave et le berce ? C'est aussi la caresse et la volupté sensuelle. Pour l'enfant, cette caresse s'exprime à l'insu de la femme, par toutes les grâces de la femme. Il >#ime donc sa mère, sa sœur, sa nourric^pour le chatouillement agréable

du satin et de la fourrure, pour le parfum de la gorge et des cheveux, pour le cliquetis des bijoux, pour le jeu des rubans, etc.,.'. pour tout ce mundus muliebris commençant à la chemise et s' exprimant même par le mobilier, où la femme met l'empreinte de son sexe. Donc, j*ai raison, donc, je n'ai pas fait une faute de latin, a Mais, dites-vous, vous faites une faute de français avec votre monde féminin. »

C'est vrai, et pour montrer que je la fafîs consciencieusement et sciemment, jesoulignele monde. Comme, en réalité, il y a quelque chose de juste dans votre critique, j'essaie de vous contenter par un remaniement.

2® Quant au reste, c'est vraiment grave. 11 m'est bien dur d'avoir dit qu'une pâture pouvait éteindre une soif, et que je suis un Dieu qui a. . . .

Il me semble que tout le monde verra ça, et que je ne pourrai jamais ouvrir le livre sans tomber juste sur ces deux

énormités. M'aimez-vous aséez pour faire deux cartons ? et si vous y consentez^ ayez bien soin que de nouvelles fautes ne se glissent pas dans les quatre pages composant les cartons.

Bien à vous,

Je viens de chipper chez Michel (Levy) la Raison dEtat (de Ferrari).

Bien que la pétulance italienne, l'abondance d'improvisation amène quelquefois un style lâché, bousculé, c'est généralement très-beau. La préface surtout (il faut absolument que vous lisiez cela) est d'une certaine éloquence éthéréenne, fataliste, résignée, qui fait penser aux meilleurs morceaux de la plus pure beauté classique française.

Le chapitre sur Machiavel, de qui cependant Ferrari se détache, est aussi

très-étonnant. En somme, c'est partout le génie qui pactise avec le destin :

a Laisse-moi comprendre tes lois, et je te tiens quitte des vulgaires jouissances de la vie, des vides consolations de l'erreur (sic). »

11 faut aller très-vite pour les Fleurs au risque de paraître en plein été. Je devrais partir tout de suite pour Honfleur.

Bien à vous,

i3 mars 1860.

Voici encore des vers. Nous en sommes maintenant à vingt-cinq pièces, sans compter trois morceaux commencés :

Dorothée, idéal de la beauté noire ; la Femme sauvage, dédiée à une petite maîtresse, et Plutus, l'Amour et la Gloire ; enfin une préface commencée; tout cela resté à Honfleur. Comme je vous l'ai dit^ il faudra absolument qu'à la fin de ce mois je retourne là-bas,

au moins pour mettre le livre en ordre, et si ces derniers morceaux ne sont pas finis, je les sacrifierai, mais avec regret.

Je viens de relire ces vingt-cinq morceaux, je ne suis pas tout à fait content} il y a toujours des lourdeurs et des violences de style. — A ce sujet, avezvous reçu Obsession et Un fantôme?

Que pensez-vous des deux derniers tercets du premier sonnet d!Un fantôme? J'ai tourné et retourné la chose de toutes les façons. Quand le spectre fut devenu tout à fait grand Je reconnus madame une telle^ voilà qui est français, mais ceci :

A sa légère allure orientale (l'allure du speclre). Quand il atteint sa totale grandeur.

Je reconnais ma belle visiteuse... î

Il y aura toujours des cas embarrassants.

Quand recevrai-je des épreuves?

Quand venez- vous à Paris ?

Tout à vous,

Ch. Baudelaire.

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