Chapitre 56 : du bonheur
Un autre essai manuscrit (huit feuillets seulement), les « Prolémogènes de philosophie rationnelle » indique encore des velléités de l’auteur concernant l’étude de l'éthique. C'est une suite de proposition assez semblables quant à la forme, à l’ « Essai sur la liberté » de 1749. Bien que ce manuscrit ne porte pas de date, il semble se rattacher à la même époque (à considérer les principes qui sont formulés dans la première partie).
On doit le diviser en deux parties :
1° Les vingt premières propositions renferment des principes généraux relatifs au bonheur. Elles nous apprennent que Bonnet, s’il ne les à point étudiées dans ses œuvres, à du moins conçiL les questions essentielles à ce sujet et l’opportunité de les étudier en les enchaînant. Il indique en particulier ces points essentiels :
« Ge qu'est le bonheur » (vm). « Différence du bonheur et du plaisir » (x). « Equivoque dangereuse sur l'amour de soi-même » (x).« Diversité infinie des objets qui sont les sources des biens .
et des maux » (xvn). Il est à déplorer qu'il n'ait fait qu'indiquer ces titres. Quant à la seconde partie, c’est-à-dire le reste du mémoire, c'est un index de métaphysique, (notre seul document en ce genre).
Dans |” « esquisse des prineipes du droit de la nature » déjà mentionnée, le chapitre I, intitulé « de l'Homme dans le rapport au droit » comprend huit pages qui, hélas sont encore consacrées à tout autre Chose qu'aux matières annoncées par le titre : c’est un résumé de psychologie générale et de critériologie. Nous pouvons seulement en dégager ceci qui semble insignifiant : « l’assemblage des lois naturelles forme le Droit naturel et ce terme de Droit qui dérive
de celui de « diriger » indique qu'il est l’art de diriger l’homme à sa véritable fin, le bonheur. »
Puis, à la fin du chapitre, ayant indiqué les dit ou entre l'erreur vincible et l'erreur invincible, il déclare seulement que « toute erreur vincible est volontaire et conséquemment imputable. :
Un second chapitre est bien annoncé sous ce titre : « Continuation : la volonté, la liberté », mais le parchemin est demeuré vierge.
Cependant, en 1767, il composa un écrit ; le « Philatèthe », destiné à servir d'introduction à une morale philosophique. Mais il n’acheva pas même cette simple introduction : l’idée de la Palingénésie qui s’offrit alors à son esprit l'en détourna. Il y ajouta seulement deux chapitres en 1780 pour l’incorporer aux « OEuvres diverses » (18.235).
Ainsi, les textes concernant directement la morale se réduisent à bien peu de choses : quatre chapitres du Philatèthe, que nous avons signalés en analysant cet ouvrage ; cinq chapitres très brefs de l « Essai » : « de la perfection morale » (17.266), « des maximes morales » (267), « du principe des devoirs » (268, 269, 270).
Enfin, des phrases éparses, des mots dont nous pouvons induire des doctrines, et qui, rapprochés et systématisés, nous ont permis de réaliser cette œuvre paradoxale, une « éthique » de Ch. Bonnet, assez approchante sans doute de celle qu'il rêvait de formuler.