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rante chez les croyants, implicitement au moins, que la prière à pour Dieu une sorte d'utilité : au fond, Bonnet le remarque justement, un Dieu n’a que faire pour soi, des prières de ces créatures. Puis c’est un effort pour introduire dans les pratiques religieuses l'intelligence, l'attention : c’est une réaction intellectualiste contre la routine. |
À l'étude, s’ajoutera la prière qui est l’objet d'une prescription évangélique : « le Sauveur du monde nous invite à prier sans cesse » (17.312) ; c’est « un moyen de grâce et de sanctification ». Elle est un instrument psychologique, son but est de « retracer à l'Homme ses faiblesses, ses misères, ses besoins, d'imprimer au cerveau les dispositions les plus propres à surmonter la trop forte impression des objets sensibles » (16.395) ; elle « monte le cerveau sur un certain ton » (17.312), (1). Elle a aussi une répercussion sociale : c’est « un lien de charité destiné à FRPESRE aux hommes des besoins et un père commun ».
Mais dira-t-on peut-être, comment Bonnet fataliste peut-il admettre l'efficacité de la prière ? [l avait prévu l'objection et il y répond par cet argument : « la prière a été prévue, elle entrait dans le plan général. » (17.175) qui s'explique par les doctrines que nous avons exposées plus haut. Il l’'emprunte à Leibniz: « la prière faisait partie de l'ensemble des causes morales dans l’ordre de l'Entendement divin. » (18.62).
Bonnet avait lu aussi Collins et Clarke, ainsi que, « l’ébauche de la religion naturelle » de Wollaston qui concilie la prière avec l’ordre préétabli. L’analyste cite longuement cet auteur dans les « Questions sur l'E. À. » (manuscrits, page 58).
Quelle sera la forme de la prière ? « une doctrine céleste, écrit
"A) Hoi a employé fréquemment cette expression : « l’imagination…. monte les fibres ou les esprits sur un certain ton approprié aux objets qui doivent être représentés » (17.11) ; des corpuscules émanent d’une rose : « voilà donc la fibre montée pour exécuter le mouvement auquel la sensation de l’odeur de rose a été attachée » (13.56), « en agissant sur les fibres, les objets les montent ou leur impriment un certain ton » (13.85), « en présentant la rose et l’œillét, j’ai monté le cerveau et l’âme sur ce ton-là » (13.231), « le repos fait reprendre aux fibres leur ton » (13.270), « la force motrice de l’âme monte le cerveau sur le ton qui convient » (13.304), etc On retrouve l’expression de nos jours chez Ribot (« Les maladies de la volonté », Alcan, p. 33, etc.).
= si —
l’auteur (16. 396) envisageant la prière idéale, prescrirait à l’homme un formulaire et l'exhorterait à n’user point de vaines redites. Le formulaire serait court, parce que l’âme ne saurait soutenir longtemps un profond recueillement ; il ne contiendrait que lindispensable, exprimé en termes énergiques et d’une signification très étendue. »
Cependant, il ne faudrait point utiliser de formules dès l’enfance : « quañd je vois, dit-il ailleurs, (17.224)... un enfant réciter à la hâte d’un ton piteux et d’une voix mal articulée, une prière qu'il a apprise avec beaucoup de peine, je ne vois qu'un jeune singe qui répéte sa leçon. »
Un formulaire ne suffit pas : il faut un culte extérieur, car une religion qui réduirait tout au pur spiritualisme, ne conviendrait point à l’ensemble des hommes, (16.395) car « nous sommes icibas des êtres qui tiennent beaucoup à la matière » (18.131).
Le culte est destiné à « frapper les sens par quelque chose
d'extérieur et à imprimer les vérités dans l’âme. » Les sacrements
en particulier sont un moyen de grâce par leur influence sur les sens. (17.312).
Enfin, l’accomplissement des cérémonies se conformera à certaines lois : elles seront simples et expressives, pour s'approprier au spiritualisme du culte intérieur.
Ces quelques principes, s'ils n’avancent guère la philosophie nous montrent du moins l'intelligence pratique de Bonnet, et la sincérité de son attachement à la religion : « Je respecte la religion par goût et par principes » écrit-il à Réverdil en décembre 1759 (corresp. I, 33 verso) mais, loin de la concevoir en ascète, il n'y voit qu'un moyen de bonheur : | « Homme n’est heureux que par la religion. Dieu daigne se révéler à l'Homme et le mener comme par la main dans les routes du bonheur. » lit-on encore dans la Contemplation (7.195). Elle n’est donc point une fin en soi, elle n’est qu'une « maîtresse roue dans une machine » (17.240).
Bonnet y voit avant tout une force sociale : « que deviendrait la Société, écrit-il à de la Lande (1.96) si l’on anéantissait parmi les hommes, l’idée d'un Dieu rémunérateur ? », cei aristocrate pres-
sentait-il que les malheureux chercheraient noise aux magistrats aisés, le jour où ils ne compteraient plus sur une compensation
« future » de leurs peines, ou peut-être seulement qu'ils perdraient courage et. vivraient plus malheureux encore P . |
La religion est da, voile du. vaisseau, le ressort de la montre (x7.xxx), « les religions sont des forces qui se. combinent, avec les forces politiques et en modifient les effets : « leur énergie est un maximum qu'on ne saurait déterminer ». MCITE
La religion a enfin un rôle « décoratif » (17.335) : par leurs successions, les religions font l'ornement de la planète. Mais seul le monothéisme est acceptable : le polythéisme est un « pléonasme » (339).
Pour tous ces motifs, Bonnet, à l'instar de Descartes, entend qu'on adopte la religion de son pays, alors même qu'on y découvrirait des erreurs spéculatives : « Je crois, écrit-il à Réverdil, (1.132 verso) qu il convient de ee les opinions religieuses qui n’altèrent point la morale, Si ce sont des erreurs, ce sont des erreurs de spéculation qui ne peuvent guère avoir de: conséquences fâcheuses, et ce serait choquer le sens commun que de combattre ces opinions dans un pays où elles règnent » Le mème esprit Finspion lorsque, en 1787, parlant des croyances religieuses, il faisait
à Fontanes cette déclaration pleine d’opportunisme qui frappa son Pot : « Il faut des aliments sains à l'imagination si on ne veut pas qu’elle se nourrisse de poisons. » Aussi, comme nous l'avons déjà dit plus haut, la philosophie, selon lui, ne doit point entrer en conflit avec la religion (16.470).
Peu importent les dogmes en eux-mêmes : « c'est mettre la pyramide sur Sa pointe que de faire dépendre la religion de la question abstraite (par exemple) si l’Ame est matière ou esprit ». Autre exemple : « [Il importe fort peu à la religion qu'il y ait des contingents ou que tout soit nécessaire. » (17.xxVI) etc. Ainsi, bien qu’il ait parfois recours aux preuves rationnelles de la religion, non seulement en théodicée, mais encore dans son plan de réorganisation religieuse pratique, il apprécie surtout ses effets utiles, quelle qu’en soit la source, à l'instar de son contemporain allemand Basedow. Selon l'expression de M. Bréhier, « il nous fait penser à ces pragmatistes américains qui jugent à leurs fruits les vérités religieuses ».
(1) Bréhier : « Histoire dle la philosophie allemande», p. 42 (collection Payot).
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