CHAPITRE IV & FHRAERR DEVOIRS ENVERS DIEU
Il est curieux de voir Bonnet classer en dernier lieu les devoirs religieux, lui si foncièrement pieux, C’est que, à ses yeux, les devoirs envers Dieu ne sont eux-mêmes qu’une partie du Droit naturel général : « Si ce Droit lie l'Homme aux moindres substances comme à lui-même et à ses semblables, quelle multitude de liaisons n'établit-il point entre l'Homme et son Créateur ! » (16.115). Selon une phrase isolée du « Mémoire sur le culte public » (cf. nos extraits inédits), il y aurait lieu de distinguer une religion naturelle et la
(1) On ne saurait trop remarquer cette théorie, différente de l’opinion commune. Ne lit-on pas, par exemple, dans « La Morale » de Paul Janet (p. 297), que :
& les devoirs envers les animaux sont de trop peu d’importance pour qu’on y insiste > 7 |
religion révélée. De plus, à un autre point de vue, la religion judaïque et la religion chrétienne, (les seules qu'il envisage).
En effet, précurseur de Pascal, Bonnet (qui fut longtemps en commerce avec des rabbins sur les questions judaïques) insistait sur l'importance du judaïsme comme introduction du christianisme.
Tandis que l'observation des devoirs envers nous-mêmes et envers autrui est nécessaire et prescriptible à tous les individus, celle des devoirs envers Dieu est à la rigueur facultative : « l’athée peut être heureux et honnête homme » (17.340), mais une seule sorte d’athée, |” « athée de spéculation » et non pas le « matérialisme voluptueux et insensé », ni « ceux dont le cœur a corrompu l'esprit » (15.x).
Les croyants ont du moins des avantages supérieurs : « l'Honnête Homme qui croit en Dieu et une vie à venir a tout le bonheur de l’Athée plus les espérances que l’Athée ne saurait avoir. » (17.340). C'est l'argument de Pascal, simplifié. |
Les devoirs envers Dieu sont une conséquence logique de l’état des choses : c’est parce que nous sommes « créatures » que nous devons adorer « le Créateur » et c’est parce que nous éprouvons ce sentiment que nous devons l’ « exprimer » (17.160) ; la prière est « l'hommage naturel que la créature doit à son Dieu » (17.174). « La nature est un temple, l'Homme y est l’adorateur, le « sacrificateur » qui porte à Dieu les hommages de toutes les créatures »
Ces devoirs découlent de la « contemplation » des attributs divins, contemplation qui engendre une « émotion » puis-
sante, un embrasement dans l’Ame (17.269). Leur accomplissement tend avant tout à procurer à l’homme le bonheur (En/160; 17. xxx) > en effet, Dieu n’est point l’objet direct de la religion, c’est l’homme, « l’Homme mortel apporterait-il quelque profit au Dieu fort ? ». Aussi se manifestera-t-elle par « l’attention, le recueillement et le raisonnement », (17.xxx3) et non par la crainte comme. on le croit communément (sur ce point, Bonnet semble oublier le verset du Psalmiste : « Initium sapientiæ timor Domini ».
Le premier devoir religieux de l’homme sera de « tâcher de parvenir à la connaissance de son Créateur par la Théologie naturelle » (18.178). .
Nous remarquerons la double originalité de cette théorie : c’est d’abord une réaction fort intelligente contre cette conception cou-