‹ Charles BonnetChapitre 98 sur 99 · SR PP PU PEER · texte numérisé non relu

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nombres, pour pouvoir en considérer les rapports sans confusion et sans peine, suppose déjà des différences et des rapports entre ces parties et avec le tout qu’elles composent. -

- Il s’agit présentement de donner une idée de ces différences et de ces rapports et ensuite d’en déterminer pour ainsi dire la quantité.

. Point d’égalité en rien. L'esprit s’ennuie de la répétition d’une même idée, d’un même son, forme, contour, couleur, etc... |

On est fâché par exemple d’avoir pris la peine de faire le tour d’une maison isolée pour ne voir que quatre faces égales. C’est en suivant ce principe que je mettrai de la différence dans les faces d’un vase, d’un meuble, d’un étui et en général dans les parties d’un tout qui ne peuvent se voir que successivement. Ÿes différences occupent l’esprit.

Mais il faut aussi que ces différentes faces paraissent appartenir au même tout;

il faut que la poitrine et le dos d’une figure quoique différents, paraissent appartenir au même âge, au même sexe, même taille, même tempérament de maigreur ou d’embonpoint. x

Tels sont à Paris les différents touts ou édifices de l’Observatoire et du Luxem-

“bourg. Il faut pouvoir connaître le caractère d'une figure, en ne voyant que le

bout de son doigt. On devine de même celui du Luxembourg par la vue d’un seul petit mur de terrasse, et même d’une seule borne, Tout est grand, mâle et simple dans les Invalides. Tout est délicat, léger et plein de gentillesse dans la Fontaine des Innocents. Tout est ridiculeusement bigarré dans l'Eglise de Saint- Sulpice, quoique chaque partie soit belle en elle-même. On voit à tout moment une tête de jeune fille sur le corps d’un vieillard.

Différentes parties forment un tout non seulement par la conformité de leur caractère, mais encore par la symétrie de celles qui se voient d’un seul coup d'œil, Au premier regard, je suis étonné de voir une tête ou des ornements délicats sur une porte ou fenêtre d’une architecture des plus simples. Au second, je vois que les mêmes imprimeurs qui ont soin de disposer en symétrie les parties différentes d’un titre de livre, affectent de mettre sur un côté de la page, une orande tache qu’ils appellent lettre grise.

Encore à ces deux égards les Experts ont raison de regarder la figure humaine et surtout les statues antiques comme des exemples et des règles de beauté.

Non seulement il faut que les parties différentes d’un tout soient dans les

mêmes caractères et en certains cas en symétrie comme je viens de l’indiquer, mais il faut de plus que le passage de l’une de ces parties à l’autre ne se fasse yas brusquement et par des chutes trop rapides. Il faut au contraire que l’une Ë prépare ou conduise naturellement à i’autre, où que si l’on se trouve surpris dans no: le passage, ce soit agréablement, par des rapports que l’on n’avait pas prévus, et non par des différences totales et des contrastes trop durs. Ainsi par exemple, quoique les Eléments d’Euclide fassent un tout composé d’un grand nombre de parties ou propositions différentes, quoïque toutes ces parties se groupent naturellement en livres, en sections, .en chapitres, etc. quoique ces parties soient de même caractère et non entremélées de fable, poésie, histoire, il faut cependant que chaque partie ou proposition se lie avec celle qui la précède et avec celle qui

la suit, pour composer toutes ensemble une chaîne suivie ; ou que si l’on est surpris dans quelque pas de ce passage, ce soit par des solutions ou des rapports auxquels on ne s’attendait pas, et non par des différences; telles qu’elles seraient si l’on dérangeait l’ordre des propositions. Aïnsi les contours qui dessinent les ornements d’une des faces d’un vase, d’un étui, ete, doivent paraître vne centinuation nécessaire et naturelle de ceux de la face voisine que l’on vient de voir, quoique différente. Aïnsi encore, les parties de deux faces voisines d’un même édifice doivent se lier, se marier ensemble, et non se contredire et s’entremanger comme elles font souvent dans des encoignures, à Saint-Sulpice et ailleurs.

3° Enfin, à l'égard de la quantité des différences ou des rapports qui doivent être entre les trois ou quatre groupes généraux ou particuliers que l’on voit d’un même coup d'œil, de quelque nature qu'ils soient comme aussi entre ceux que l’en voit successivement, elle doit être semblable à celle des notes que la musique présente aux oreilles dans le même instant ou successivement.

C'est-à-dire qu’en général ces rapports et proportions doivent être simples. Ce principe est fondé sur l'expérience et sur ce que l’esprit ne peut apercevoir par les sens que de telles raisons et proportions. Elles forment les accords de la musique, on les mesure par le monocorde. On peut encore mieux les mesurer en peinture et en sculpture à l’égard des contours, des grandeurs et saillies des parties. On peut aussi en quelque façon sentir celles des lumières, ombres et couleurs à peu près comme l’oreille sent la justesse des notes de la musique.

Je pense que c’est en cette quantité que consiste ce que l’on appelle en général dans le dessin, belles proportions, terme auquel il me paraît que le général des Artistes n’attache pas des idées bien nettes, non plus qu’à ceux d’élégance, goût, grande manière, beau, etc. Je pense aussi qu’encore à l’égard des belles proportions, la figure humaine et surtout les statues antiques sont des règles et Ges modèles de beauté.

Je crois encore qu’entre les choses qui rendent l’architecture antique grecque et romaine supérieure à la gothique, c’est que les parties de celle-là sont dans des rapports simples que l’œil aperçoit et que celles de celle-ci sont dans des rapports trop composés pour être aperçus.

Ce principe qui me semble également applicable aux généralités et aux détails de tous les ouvrages de l’art fait pour plaire, Daviler en fait mention à l’égard de l’architecture, en commentant Vignole.

Ce qui mérite dit-il, une attention singulière, C’est que Vignole et les plus grands maîtres ne se sont jamais éloignés dans leurs ordonnances, des grandes proportions comme du double, du tiers, du quart, du cinquième, ete et c’ast le principe de la beauté effective qui paraît dans leurs ouvrages ; quoique le détail n'en soit pas aussi. correct que leur manière est grande et hardic. Le fameux Perrault, auteur du Péristyle du Louvre a publié les cinq ordres avec des mesures qui sont toutes des parties aliquotes les unes des autres et dans des rapports simples ».

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