‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 31 sur 126 · PHILOSOPHE ET NATURALISTE SA VIE ET SES ŒUVRES · texte numérisé non relu

PHILOSOPHE ET NATURALISTE SA VIE ET SES ŒUVRES

I720>1740. — Naissance et famille de Bonnet. •— Enfance et éducation* •«• Premières j;yi>8erYations d^histoire naturelle : il étudie la philosophie et tas mathématiques. — Autres travaux et lectures d*histoire naturelle. — Mémoire (ju^il envoie à Réaumur.

Le dix-huitième siècle, si digne par ses tendances d'étude et d'examen^ et si souvent soumis à de justes critiques^ n'en est pas moins remarquable par la quantité d'hommes éminents qui s'y élevèrent dans le champ des sciences exactes et naturelles. Ceux qui ont ainsi mérité l'honneur de vivre dans la mémpire des hommes se sont particulièrement fait remarquer dans les sciences qui nécessitent l'application des forces de l'esprit humain aux recherches et à l'analyse^ car il semble que les esprits dans ce siècle se sont toujours dirigés de préférence vers ce qu'il y a de plus positif et de plus réel dans l'emploi de notre intelUgence. Pourquoi cela? 11 appartiendra un jour à l'historien qui appréciera cette épo* que d'une manière générale de chercher à l'expliquer; con- 8tatons du moins ici que si cette tendance trop exclusive a produit de funestes effets dans le domaine de la philosophie, si elle a été cause d'un dangereux scepticisme, hos-

2 CHAPITBE PREMIER.

tile chez quelques-uns aux croyances les plus sacrées, d'autre part, il en est gorti d'importarites découvertes dans les sciences mathématiques et physiques et dans l'histoire naturelle. On peut.ranger Charles Bonnet, de Geoôvâ, au nombre de ceux qui ont si puissamment contribué au progrès de cette dernière science, -tout- en le comptant parmi le petit nombre de philosophes religieux de cette époque.

C'est en raison de ^ette double action dti^éôie et de k vertu si féeonde en résultats, et d'ailleurs si rare dans un pareil temps, que nous nous sommes arrêtés de préférence sur rhistolre de sa vie. Mokis ilhistrersans doute que Buffon, dont il aurait peut-être été l'égal en histoire naturelle, si ses moyens d'observation n'euâsântpâs été^^stravés ée bonne heure par des accidents de 4a m^mr^ h phis imprévue, il eut le mérite de commencer sa carrière par l'histoire naturelle, de la continuer au travers des obstacles et de la terminer par des vues d'ensemble embrassant à. la fois tout le domaine de cette science et cekii de la. philosophie. Poëte par Félévation des idées encore plus que par le style, quoique celui-ci mi partout noble et élevé, il montra le chemin d'une philosophie sage, contemplative, swnale et tCHisolante pour l'homme; mieux que ceux qui l'ont précédé, et sans jamais cesser de s'appuyer sur des faita véritables, il a montré les magnifiques harMoniesdel'unifers. Il fit ainsi aimer la nature, non pas seulement par èecèté poétique, mais par une exposition exacte de ses phénomènes et paiftitement conforipe à la réalité ; et surtout il fît voir partout et avant tout la sublimité et l'unité des vues de son auteur. Nous allons essayer de suivre un à un tous le» pas qae ce savant illustre a faits dans sa carrière , pendant un demi-siècle consacré aux plus vastes recherches. Ce n'est ici ni un éloge ni une simple notice, car en racontant sa,

NAISSANCE BT FAIIIXS PE BONNET. 3

vie nous la dirons telle qu'elle est et sans omemeots; et m rendant conipte des travaux du philosophe^ nous tâobe^ons de ne jamais oublier Thonome, ni aucun de ceux avec qui il a yécu.

Charles Bonnet naquit à Genève, le 13 mars nw, sept ans avant la mort de N<;^wton ; son père était: Pierre Bonnet, sa mère Anne Luilin, Sii famille, frajiçaiae d'ori|iqe et protestante, avait quitté la France après la funeste journée de la Saint-Bartbi'lemy; sou biographe, Xrembley, ne nous dit pas de quelle manière elle avait servi la cause de ses coreligionnaires. Elle vint alurs résider à Genève, où le gr^ndpère de riotre écrivain avait rempli des emplois importants dans le gouvernement de la république. L'éducation du jeune Bonnet fut extrêmement soignée; son père, qui le chérissait tendrement, mit la plus grande sollicitude à développer une intelligence qui se manifestait déjà d'une manière frappante; mais on put voir de bonne heure que les facultés de Tenfant se dirigeaient de préférence sur les sujets qui servai^it à exercer gon observation, et qu'il s'éloignait de ceux d'un ordre purement abstrait, tels que le calcul et les mathématiques* Ainsi , la grammaire, la métaphysique le rebutaient et firent croire à ses muiti es qu'il manquait de toutes les dispositions qui font un élève distingué. Il n'obtint que peu de succès dans les écoles; de plus, un commencemept de surdité qui se manifesta dès son enfance, et dont on ne put arrêter les progrès, vint augmenter pour lui les difticullés du travail, et les dégoûts qu'il y éprouva. Son père résolut alors, pour terminer ses études classiques, de substituer l'éducation privée à l'éducation publique; il la lui fit donc continuer dans la maison paternelle, sous la direction d'un homme instruit et conscientieut. M. Laget, c'était le nom de cet instituteur éclairé,

s'occupa avant tout d'examiner et de bien saisir le caractère de son élève ; voulant en premier lieu profiter de ses dispositions et diriger son esprit vers le genre de travail qui lui convenait davantage^ il donna une moindre part aux autres études sans toutefois les négliger tout à fait; il laissa de côté les règles et les formules trop techniques et s'occupa exclusivement de fortifier Fintelligence et le raisonnement de son élève. Non content d'orner et de former son esprit, il mit tous ses soins 4 élever le cœur du jeune homme en y faisant germer les principes de la morale et de la religion chrétienne. Il crut utilement le préparer ainsi à concevoir toutes choses sous un point de vue véritablement élevé et propre à grandir en même temps l'âme et l'esprit. Lorsque le jeune Charles fut en état de se livrer, à sa fantaisie, à des lectures de son choix, le Spectateur anglais d'Addison fut un des premiers ouvrages auquel il prêta son attention, et l'on put voir qu'il appréciait les vues morales et philosophiques de cet intéressant recueil *. En 1735, l'élève de M. Laget commença à étudier les belles-lettres sous M. Crommelin, professeur connu à Genève par son goût et son érudition. Ou lui fit sentir sans peine les beautés des auteurs anciens, et son imagination s'intéressa à ces grands modèles de Tautiquité. Il apprit à lire avec intelligence Virgile, Horace, Salluste, Phèdre et Cornélius Népos, mais son instinct le porta par choix vers les écrivains dont le style était le plus simple et le plus naturel, et plus tard, il les suivit comme des modèles en s'eflbrçant d'être clair et précis sur les sujets les plus abstraits. Quoique l'histoire eût captivé son attention par le spectacle du mouvement des grands empires et que la poésie eût présenté des charmes à sa Jeune imagination,

* Mémoire pour servir à l'histoire de ia vie et des ouvrages de Bonnety par Trembîcy. Berne, 1794, in-8*. •

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