‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 76 sur 126 · LETTRE DE MAIRAN · texte numérisé non relu

LETTRE DE MAIRAN

premier ordre sur ces grandes matières^ des plus profondément pensés et des mieux écrits Je ne veux pas

omettre de vous parler de la critique de M. Èuler dont vous me fîtes part le mois de janvier dernier Vraisemblablement il ne vous a pas entendu^ ou il a d'autres principes

Mais quelles que soient ses raisil», avez-vous besoin de calcul et d'algèbre pour être convaincu qu'une portion quelconque de matière fluide ou solide ne saurait vibrer en même temps comme 1, 2, 3, 4, 5, etc.? Je crois avoir prévenu là-dessus tout ce qu'on pouvait alléguer de plus plausible coatre. L'analyse algébrique est admirable^ d'un merveilleux secours et infaillible en elle-même^ mais ceux qui l'appliquent à la physique ne sont pas toujours infaillibles^ il est aisé de s'y méprendre par l'oubli ou par l'inadvertance de quelque signe. Les plus grands maîtres s'y trompent quelquefois, lorsqu'ils ne sont guidés que par là. M. Euler nous en a fourni l'exemple plus d'une fois, et, ce qui pis est, dans ses critiques. Agréez, s'il vous plaît, que je ne vous cite dans cette occasion que ce qui lui est arrivé avec moi au sujet de mon traité de l'Aurore boréale. Vous verrez ce qu'il en faut penser dès les huit ou neuf premiers éclaircissements que j'ajoutai dans la deuxième édition de cet ouvrage. Si vous ne l'avez pas, je vous supplierai de l'accepter Vous verrez, dis-je, comment les plus habiles se

méprennent en ces matières; mais vous verrez aussi, en même temps, comment M. Euler avoue de bonne foi qu'il s'est trompé. Peut-être vous viendra-t-il un jour quelque

chose de semblable de sa part. Je le souhaite ^ »

Si l'Essai analytique eut à supporter quelques critiques, l'auteur eut plus tard le plaisir d'obtenir le sufi'rage du grand mathématicien et astronome Lagrange, qui, passant

* llthnoires de Bonnett lettre 10%

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en Suisse pour venir en France, s'arrêta ches notre philosophe, et^ après l'avoir sincèrement complimenté, déclara les objections d'Ëuler ingénieuses^ mais sans force pour dé* truire Tenchalnement logique des preuves si habilement développées dans l'ouvrage. Tous deux se quittèrent après s'être donné des marques de leur mutuelle estime. Plus tard, du reste, Euler lui-même sembla renoncer à sa propre opinion, car il énonça, dans les Lettres à une princesse d'Allemagne, des sentiments sur la nature des opérations de l'ftme qui paraissaient absolument analogues à celles que Bonnet avait manifestées dans son Essai. Nous retrouve* rons encore, un peu plus tard, Euler en rapport atec l'auteur de l'Essai analytique, à propos de la Palingénésie philosophique, lorsque nous arriverons à parler de cet im« portant trailé*.

* Voyez lellres 94 et 96 des Lettre» à une princesse d*AUeBiagae«

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