SYSTÈME DES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES
rappeler le système des génération» spontanées que Virgile a poétisé dans le quatrième livre des Géorgiques, où il suppose que le pasteur Aristée fait ressusciter ses abeilles en exposant à la décomposition la peau d'un taureau mort. Les anciens croyaient ainsi que la corruption pouvait produire des êtres animés. Artstote et Pline adoptèrent ce point de vue quel* que bizarre qu'il puisse paraître; ce qui pourrait avoir de quoi étonner si Ton ne voyait que ce système était en harmonie avec les croyances matérialistes des anciens. Cette opinion prévalut dans le moyen âge malgré la différence des idées^et régna dans le dix-septième sièciejusqu'àce que Redi ^ en fit justice par des expériences bien faites et qui établirent péremptoirement que la corruption ne produisait pomt réellement d'insectes. Vers le milieu du dix-septième , Needham reprit ces expériences et lit voir que si la corruption ne produisait point réellement d'insectes, elle produisait du moins des animalcules microscopiques que Ton a appelés infusoiresy parce qu'ils viennent le plus souvent dans les infusions. Cette assertion fut encore réfutée par d'autres expériences également décisives qui attaquèrent la réalité de la naissance spontanée de ces animalcules infusoires , et aujourd'hui cette opinion paraît à peu près abandonnée quoiqu'elle compte encore, en Allemagne, un petit nombre de partisans qui invoquent l'autorité de certaines expériences imparfaitement expliquées *. Parmi les partisans de ces géuérations spontanées, il faut compter Retzius, naturaliste suédois, et Treviranus.
Le système de Buffon consistait en ce qu'il appelait mole' cules organiques, 11 croyait qu'il existait dans la nature un élément primitif, infiniment petit, servant de principe à la fois
* Mûller, Traiié de physiologie, traduit par Jourdaû , tome l", p. 9. Prolégomènes.
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aux végétaux et aux animaux et répandu partout à profusion pour être employé dans les circonstances favorables. D'après lui^ toutes ces particules servent à la nutrition et à la constitution des êtres organisés. Le surplus de ce qui est nécessaire pour atteindre ce résultat est renvoyé de toutes les parties du corps dans une partie spéciale destinée à servir de réservoir commun. Là, il se fait une sorte de triage^ et lors de la reproduction de Tespèce, celles qui se rapportent à une partie particulière du corps^ comme le pied ou la main, s'agrègent, se groupent comme par une espèce de cristallisation , et constituent le corps entier qui doit naître de la réunion générale de toutes ces molécules. Dans cette hypothèse, le nouvel être ne peut se former qu'à Taidede matériaux tirés exactement de celui qui lui sert de parent, et de la sorte un père et une mère, privés d'un membre, ne pourraient que reproduire des enfants placés absolument dans la même condition. Ce système, auquel on ne peut refuser du génie, et que Buffon exprime en son éloquent langage dans les premiers volumes de son Histoire naturelle, fut cependant réfuté par Bonnet lui-même, comme nous le verrons plus loin, et Be soutint pas l'examen. Il n'en fut pas moins adopté par des hommes d'une autorité considérable, et entre autres par l'Allemand Oken ^ qui admet aussi l'existence d'une matière primitive, une espèce de mucilage primitif, ou, comme il l'appelle, urschlein. Cette matière générale sert à organiser tous les êtres sans distinction, elle les constitue en leur donnant des formes diverses, et les infusoires qui naissent subitement dans les infusions végétales ou animales, sont pour lui des parties ou monades de cette matière primitive qui sont seulement remises en liberté.
Aujourd'hui, on s'écarte de tous ces systèmes pour en
' Quatrefages, Souvenirs d'un naturalisU, t.'lj, p» 1$7.
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adopter un qui parait mieux répondre aux diOieultés de tout genre que soulèvent nécessairement de pareilles questions. Les naturalistes admettent ce qu'ils appellent Vépigév nèse, de deux mots grecs (engendrer, sur) , ou réunion de parties ou d'éléments différents. Dans ce système on admet que les premiers rudiments de l'être vivant se forment de toutes pièces, et que ces rudiments consistent en bourgeons, en graines ou' en œufs. Cet élément, d'abord imparfait, se complète successivement par des additions successives^ et l'ensemble arrive graduellement jusqu'à complète maturité. Dans l'antiquité, Hippocrate avait déjà énoncé cette opinion, car il avait dit, en parlant de l'être humain dans son état de formation, qu'il était comparable à un arbre, et les mem-» bresà des branches ou des rameaux qui viendraient successivement s'ajouter à la tige. « Dans cette doctrine, dit le savant M. Quatrefages, à qui nous empruntons cette explication , chaque naissance est en quelque sorte une création et chaque individu nouveau est réellement un produit de celui qui l'engendre. )>
On admet donc communément aujourd'hui que l'on doit considérer la reproduction des êtres vivants et animés comme une loi générale des deux règnes végétal et animal. Des expériences multipliées et répétées par les premiers physiologistes de l'Europe, ont établi que, dans ces deu^^ grandes catégories d'êtres, tous les corps produits naissent d*un individu déjà existant et qui les constitue de sa propre substance par suite des fonctions d'assimilation, de nutrition et de sécrétion. De la sorte, soit qu'il s'agisse d'une plante ou d'un animal, l'élément femelle sécrète un germe qui ne se développe que par la fécondation; le mâle produit également, dans les deux règnes, un principe particulier qui seul peut vivifier le germe; chacun d'eux apporte un élément indispensable, et le rôle de chacun â»t
complet : «( Animal ou végétal^ dit Tauteur déjà cité^ le bour« geon est vivant^ puisqu'il n'est qu'une partie de la mère. La graine, Tœuf fécondé, sont également vivants, quoique l'un et l'autre puissent présenter, pendant un laps de temps plus ou moins considérable , les apparences d'une matière inerte. L'œuf que vous conservez pour les besoins du ménage est-il mort? non, car placé sous la poule couveuse, il donnera naissance à un poulet. Les céréales trouvées dans les tombeaux de Thèbes étaient-elles mortes? non, car jetées en terre, elles ont germé et reproduit leurs parents disparus depuis trente ou quarante siècles. Dans les deux cas la vie était à l'état latent; elle attendait pour se manifester un concours de circonstances favorables *. »
A l'époque où écrivait Bonnet, le mouvement donné à ces importantes questions était des plus considérables. On avait récemment appliqué et perfectionné le microscope auquel les travaux de Spallanzani, de Sawmmerdam, de Leuwenhoeck avaient donné un véritable éclat; Malpighi et Haller avaient ainsi jeté les bases de l'embryogénie. A l'aide de ce précieux instrument d'optique, on avait découvert des détails dans l'organisation des animaux et des végétaux qui avaient jusquelà échappé aux recherches. Tel était l'état de Ja science lorsque Haller et Bonnet travaillèrent ensemble et sous l'empire d'une même idée. Haller se mit à étudier spécialement la formation du poulet. Il avait d'abord adopté l'hypothèse des molécules organiques de Buflbn, mais il changea d'opinion par suite de ses expériences. Il avait vu, en étudiant l'œuf du poulet , que le jaune de cet œuf formait une partie essentielle du poulet lui-même, car il put constater, par l'examen anatomique, que la membrane que l'on trouve à l'intérieur de ce jaune , est une continuation d'une autre
* Qualrefages, Souvenirs dun naturalisu, t. II, p. 270*