INTERDICTION DES CORPS ORGANISÉS
ses intérêts et à sa réputation^ Bonnet se bâtât de répondre à M. de Malesherbes :
« A Gentood prés de Genève, le 16 d'octobre 1762.
a Monsieur, a Je n'ai pas des termes pour tous exprimer toute ma « surprise de l'interdiction de mes Corps organisés^, dont il « vous a plu de me faire part dans la lettre dont tous «c m'avez bonoré le 8 de ce mois et que je reçois dans»ce « moment. Comment est-il possible qu'un livre où il n'y a a pas un seul mot qui cboque le moins du monde la reli- <i gion^ le gouvernement, les mœurs^ soit interdit par des tt juges aussi éclairés qu'équitables ? Comment se peut- il a qu'un ouvrage qui ne tend d'un bout à l'autre qu'à ra- « mener une des plus belles parties de l'bistoire naturelle à m ses vrais principes, soit condamné dans un pays où la « bonne physique est si bien cultivée et où elle possède des « partisans si respectables ? Je ne cherche pas à deviner les «c motifs d'une pareille interdiction ; je n*y réussirais pas. « Mais je viens, monsieur, vous conjurer de ne pas m'en « refuser la connaissance. Vous êtes trop juste pour me « condamner sans m'entendre et vous êtes trop éclairé pour « m'entendre mal. Je ne veux point d'autre juge que vous- «c même, et s'il se trouve quelque chose dans mon livre qui « soit véritablement répréhensible, je suis prêt à faire pua bliqueœent l'aveu de mes torts. Je me flatte, monsieur, « que TOUS m'accorderez la grâce de ne pas étendre cette a interdiction aux exemplaires dont je fais présent aux « membres de l'Académie des sciences avec lesquels j'ai « l'avantage d'être en relation et auxquels vous avez eu la € b(m\é de faire parvenir mes lettres. Agréez que je vous « en fasse mes très-humbles remerciements et que je vous « renouvelle les assurances du respect, etc. »
M. de Malesherbes ne tarda pas à répondre à cette lettre dans les termes suivants :
% A Malesherbes, ce 24« d'octobre 1762.
« Votre ouvrage, monsieur, a été examiné par les censeurs « commis à cet effet, et ils ont pensé quil ne devait pas être « permis en France. Mais cela n'empêche pas qu'on ne laisse « parvenir à leur destination le petit nombre d'exemplaires «-^lue vous destinez aux savants avec lesquels vous êtes en « relation. On en laissera aussi entrer un petit nombre que a le libraire vendra pour son compte, en justifiant du nom « des personnes à qui il les aura fournis. La délicatesse des « matières traitées dans un ouvrage de métaphysique peut « en rendre la lecture dangereuse pour le public, quoique « cette même lecture soit nécessaire aux physiciens ; et un « ouvrage dont vous êtes l'auteur esit sûrement trop utile a aux physiciens et aux naturalistes pour les en priver, etc. »
D'autres lettres furent encore échangées sur ce sujet. Malesherbes offrait au philosophe de laisser entrer en France tous les exemplaires quil voudrait adresser aux savants et aux membres des Académies, et même aux particuliers qu'il désignerait, en maintenant toutefois l'interdiction de l'ouvrage pour la vente* Ce compromis ne pouvait convenir à Bonnet. Il se hâta de répliquer au magistrat par une se* conde lettre où il établissait sa justification et faisait voir qu'évidemment la religion de M. de Malesherbes avait été surprise, sa justice mal éclairée, et qu'enfin il en appelait à un examen plus approfondi qu'il sollicitait de tout son pouvoir. Des démarches actives de ses amis et admirateurs parmi lesquels il faut compter Tronchin, le savant roédecio^ et la duchesse d'Anville,qui s'intéressait vivement aux lettres et aux auteurs, mirent fin à cet embarras; riDterdtcti<Ni