SUR LES CORPS ORGANISÉS
d'animaux dans certaines infusions ; mais depuis Bonnet, quoique la science de l'observation ait fait d'immenses progrès, tout n'est pas encore dit à ce sujet, et il est permis de ne rien rejeter d'une manière absolue quand on voit des physiologistes tels que Burdach, Millier, Gruithuisen en présence de faits très-remarquables déclarer qu'il faut au moins suspendre son jugement.
Bonnet a également combattu avec autorité le système des molécules organiques de Buffon *. Son argumentation est logique et serrée. Mais il faut dire que le grand naturaliste français ne l'a pas réfuté avec moins de force et d'autorité dans le second volume de son Histoire naturelle , et il est à croire que ces deux réfutations ont pour résultat de nous faire considérer les deux systèmes comme défectueux. Nous n'avons pas voulu allonger indéfiniment cette histoire pour la citation des passages des deux auteurs, mais nous invitons à les consulter tous ceux qui voudront discuter à fond le sujet '.
Malgré les critiques légitimes dont elles ont pu être l'objet, les Considérations sur les corps organisés sont tellement remplies de faits, d'observations, de points de vue originaux, tout y est si bien enchaîné et beaucoup de parties y sont tellement exactes encore aujourd'hui que l'ouvrage peut être regardé comme un des plus beaux titres à la gloire pour son auteur.
Lorsque ce traité parut, il fut parfaitement reçu des phy-
* Considérations sur les corps organisés^ !*■• partie, chap. vu et vin.
' Voir ce que dit Buffon du système de la préexistence des germes, t. Il, édition in-4<*, p. 26. Cependant les Considérations sur les corps organisés n'avaient pas encore paru. Mais peut-être Buffon avait-il eu connaissance , en 1749, époque de la publication de son second volunie, des hypothèses de Bonnet qui s'entretenait par lettres arec beaucoup de lavants contemporains.
siciens et des naturalistes. Ceux même qui voyaient leurs idées combattues rendaient justice au mérite de l'auteur. L'Académie de Berlin qui avait proposé ce sujet pour prix de Tannée 1761, déclara que cet ouvrage lui avait paru le meilleur de tous ceux qui avaient été présentés et que l'auteur eût infailliblement remporté le prix sll eût soumis son travail aux lois ordinaires du concours.
Dans le premier moment la publication de ce traité fut suspendue en France par une défense de Lamoignon de Malesherbes, alors inspecteur de la librairie et chargé en cette qualité de veiller à Texamen de tous les ouvrages nouveaux avant d'en permettre l'impression ou l'introduction. Quelques mots ou quelques phrases avaient déplu au censeur trop susceptible chargé de cet office sans que l'inspecteur en eût eu lui-même connaissance et l'interdiction avait été prématurément prononcée. L'écrivain genevois fut péniblement surpris en recevant la lettre suivante :
« Malesherbes, 18 octobre 1762.
« Le sieur Rey m'a fait parvenir, monsieur, vos Considé- « rations sur les corps organisés, et je ne manquerai pas de « présenter cet ouvrage à l'Académie de votre part, dès que a les vacances auront cessé. J'ai fait aussi passer vos lettres a à ceux à qui elles sont adressées, et je me chargerai touc( jours avec un très-grand plaisir de toutes les commissions tt qu'il vous plaira de me donner.
« Mais je ne peux pas vous dissimuler que, d'après Texac( men qui a été fait de vos Considérations, l'entrée et le te débit en France n'en peuvent pas être permis. Je l'ai fait (1 savoir pareillement au sieur Rey.
« Je suis, etc. Malesherbes. »
Étonné de cette nouvelle si imprévue et si préjudiciable à