‹ Charles Bonnet, philosophe et naturalisteChapitre 92 sur 126 · ORGANISATION DES INSECTES · texte numérisé non relu

ORGANISATION DES INSECTES

Nous arrivons à la description des insectes sur lesquels il semble que Fauteur se soit étendu avec une certaine complaisance, et Ton reconnaît facilement à ses savants détails qu'il en avait fait l'étude de sa vie entière.

Ces petites machines animées que nous appelons insectes parce que leur corps semble coupé et divisé en anneaux, ces petits êtres si délicats que la plupart du temps nous les méprisons comme au-dessous de nous-mêmes et que bien souvent nous en écrasons des milliers sans nous en apercevoir , ne sont cependant ni moins parfaits , ni moins bien doués par la nature que les plus grandes espèces. Le mécanisme ou, comme le dit notre philosophe , la mécanique de leiïr organisation n'est pas moins complète, par cela seul qu'une grande partie des éléments qui la composent échappent à nos regards , et il est même probable par analogie que les espèces animales qui nous paraissent aujourd'hui d'une extrême simplicité, comme les huîtres, les limaçons, certains mollusques, les infusoires le deviendraient beaucoup moins à nos yeux si nous parvenions à perfectionner encore nos instruments d'observation.

Les fonctions conservatrices ne sont pas moins bien ordonnées dans ces petits animaux que dans les mammifères, y compris l'homme lui-même , seulement les mystères de cette partie de leur organisation laissent encore des lacunes à remplir. Les organes qui servent à la respiration des insectes s'appellent stigmates, du grec 5/^pma, tache, parce que ces parties du corps affectent la forme de taches que l'on peut apercevoir sur la peau , et qui se découvrent parfaitement tout le long du corps à l'œil aidé du microscope , et même pour certains insectes sans aucun instrument. On avait cru longtemps que ces stigmates, ou conduits de la respiration, ne servaient qu'à l'inspiration, et que l'expiration se faisait par les pores de la peau, mais des expériences

bien faites sur des chenilles de tout âge, tenues sous Teau, après avoir pris la précaution de ebasser Yak, extérieur oot démontré que ces stigmates servslieHt à la fois à req^irer et à expirer , de même que la bouche chez l'homme. Cependant la nature toujours féconde a su varier les moyens d'effectuer cette fonction suivant la nature des individus créés et celle des milieux qu'ils habitent. Réaumur a vu un ver qui porte à son extrémité postérieure un tuyau par lequel il respire et qu'il allonge à volonté pour le diriger vers Tatmosphère. Ce ver, que Réaumur appelle ver à queue de rat, vit dans les fosses d'aisances. Dans ce milieu malsain, l'animal semblerait privé des moyens d'exister, mais son tuyau lui permet de puiser l'air nécessaire à sa vie. Ce n'est pcibrtant pas par ce tuyau lui-même que l'animal respire ; il ne forme que l'étui d'une nature un peu calcaire, d'un autre tuyau, en partie charnu , que l'animal peut allonger de plusieurs pouces pour en porter l'extrémité à la surface du liquide et pouvoir aspirer l'air vital. Ce ver à queue de rat se change dans la saison convenable en une mouche à deux ailes qui ressemble tellement à une abeille, qu'un naturaliste expert peut seul les distinguer l'un de l'autre ^

La circulation s'établit avec non moins d'art et de régularité chez les inscQtes que dans les grands animaux; seulement il est à regretter que la science n'ait pas encore pu complètement découvrir les mystères qui entourent ces importantes fonctions. On sait seulement qu'il existe chez les insectes, un cœur, des artères, des veines et def vaisseaux; le sang, différent de celui des mammifères, des oiseaux et des poissons, forme une hqueur subtile, transparente, ordinairement sana couleur, toujours sans chaleur, et qui dans plusieurs espèces résiste à un froid supé-

* Contemplation de la nature, VIII* partie, ch. m.

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