‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 2)Chapitre 16 sur 28 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Xja marquise de Florenlino ëtoit seule dans son cabinet. Elle pensoit avec inquiétude aux suites de l'enlèvement des deux jumeaux. Cet enlèvement ne peut-il pas être découvert? Quelqu'un de ceux qui y ont coopéré ne parlera- l-il pas? Le concierge de Saint-Paul sera-t-il discret ? Un événement extraordinaire ne peut-il pas délivrer ces jumeaux? Tous ces motifs de crainte la Iroubloient, l'agitoient. Le remords naissoit dans son âme, et ladéchiroit. Elle se promenoit à grands pas, comme pour secouer le trait que chacune de ses pensées enfonçoit plus avant dans son cœur.

Le comte Antoine entra. 11 avoit l'air

consterné. Il teaolt unelellre. ■— « Quelle « nouvelle venez - vous donc m'annon- « cer , comte? — Une très - mauvaise, « madame. L'évenemenl dont le coni( cierge de Saint-Paul vient de m'inslruire, « peut avoir les suites les plus funestes. <( Gustave et Victorine ont été délivrés. (( — Ciel ! voilà donc le malheur que Je

« redoutois. Nous sommes perdus Et

<( comment a-t-on pu découvrir leur re- « traite , et leur rendre leur liberté ? — * Madame , voici la lettre du concierge.»

I iS CHAULES D ELLIVAL

LETTRE

Du concierge du château de Saint-Paul au comte Antoine de Volenta.

(( Je me jette à vos pieds, monsieur le « comte ; et cependant je vous jure que « je ne suis pas coupable. Comment au- « rois-je pu résister à un si grand nombre « de personnes armées, et h un pouvoir M surnaturel ? Je me suis empressé de « vous écrire hier au soir, qu'ayant en- « tendu dans le château des bruits Irès- « extraordinaires, des coups frappés avec « force , des cris , des portes ouvertes et « repoussées avec violence , j'élois ac- (( couru avec mes enfans; qu'arrivé à la « saileoù est le catafalque de feu madame « la comtesse , jy avois trouvé, à mon a grand élonnement , la jeune demoiselle « que vous aviez confiée à ma garde, et « qui se déballoit avec courage contre un

ET ALPIIONSINF. DE Fr.OUENTINO. T I9

(f grand jeune homme qui paroissoit vou- « loir l'enlever; qu'à l'instant un daras u horrible avoit e(é suivi de l'apparilion « de l'esprit de madame la comtesse, qui M nous avoit tous remplis de terreur, et « qui avoit emmené' en un cii?) do 'il ma- (f demoiselle Viclorine, sai'.s laisser au- ({ cune trace de son passage ; e! quVnfiîi, (( revenu un peu de mon eOioi, j'avois « voulu arrêter le jeune honmie , mais (( que ses gens , accourus aulour de lui, « Tavoienl bien aisément fait é\ader du (( cliàleau.

«Aujourd'hui j'ai vu arriver une troupe « très - nombreuse de cavaliers armé».

« Plusieurs dames éloienf avec eux. Ils « ont commandé en nîaîircs, et menacé « de brûler le chàleaii , et de nous im- « moler mes enfans cl moi , si nous Icrr c( opposionsla plus pelile résistance. Usont K pris nos clefs, ouvert toutes les portes, « parcouru tous les apnarlcmous, pc- <i uéiré dans tous les réJu^ls , appelé vos

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ik jeunes prisonniers , entendu leurs voi?f, « monté à leurs donjons, et rendu à la « liberté ceux qu'ils cherchoient. Ils m'ont « menacé de me tuer, si je ne leur découc( vrois pas la prison de la jeune demoiu selle. Mais quand je suis parvenu à leur M prouver qu'il n'y avoit aucune portion i< du château qu'ils n'eussent visitée , et « que la jeune personne avoit été enlevée (c la veille par l'esprit de madame la com- » tesse, ils m'ont laissé la vie, et sont « partis avec précipilatioa. «

Avant (Je porter celte lettre à la marquise, le comte en avoit arrangé plusieurs mois, pour qu'elle ne put pas savoir que Cliaries avoit été euleve et délivré avec Gustave.

La marquise relut la lettre plusieurs fois; et, la rendant au comte d'une main tre:nblante : — «Nous sommes perdus , « vous dis je.... Malheureux projet ! en- (( treprise funeste! tout vase découvrir; (( rien ne peut nous sauver.» — Le comte cloit immobile.— fr A quoi vous résolvez- « vous , monsieur ? quel parti prendre ? « — Peut-être, madame, tout u'esl-il pas u désespéré. Une grande obscurité règne u sur la véritable naissance de Gustave et a de sa sœur. Ceux qui ont délivré Victof( rine, ne paroissent avoir aucun rapport « avec la troupe plus nombreuse qui a « ouvert les portes de la prison de Gus- (i lave. Et ce prétendu espril de feu la « comtesse Antoine n'aura été qu'une i< femme gagnée pour jouer un rôle ridi-

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