CHAPITRE XXXVII
JLj'acent principal de Leopoldine , ce serviteur à qui elle avoit cru pouvoir donner toule sa coulîance , et qui , d'après ses ordres , avoit dirigé sa criminelle entreprise , revint chez la comtesse Emilie, demanda à lui parler en particulier, et, après beaucoup de préparations, lui annonça, avec tous les signes d'une profonde douleur, la perle qu'elle venoit de faire de sa fille. Elle avoit péri , lui dit-il , par un accident funeste , au milieu d'une chasse. Se reposant sur l'herbe , derrière un buisson, elle avoit reçu plusieurs coups de fusil qu'on avoit cru diriger sur une biche , et n'avoit pu, avant d'expirer, que pardonner à ceux qui venoient si iuvolou-
Il4 CHARLES d'eT.LîVAL
lairement de lui donner la morl , el dont rien ne pouvoit calmer le désespoir.
I^a comtesse Eniilie donna des hirmes au malheur de sa fîlie. Son mari élant absent , elle prit les mesures nécessaires pour que les (unéraifles de [jéopoi<line eusseu.l lieu de la manière la pins tronvenable , dans une de ses terres; mais hieiitôl elle oublia ses n-grels, an milieu des dissipations que le luonde lui oflVoit et qu'elle recherclîoit toujours avec tant d'ardeur et de légèreté. I.e chagrin du comte GodefiX)i fut fdus vif el plus durable; il ne counoissoit que les qualités brillantes de Léopoidinc , el il rcgretloil d'autant plus les consclaîious qu'il en altendoil , que sa femme, perpétuellement entraînée déplaisirs eu plai>,irs, lui devenoit chaque jour plus étrangère , et que son fils venoit de lui écrire qu'il allait commencer un très-iong voyage, et qu'il le supplioit de ne pas mettre obstacle au projet qu'il avoit forme de séjourner pendant quelque temps
ET ALPIlONSINE DE FLORENTINO. 1 1 b
en Allemagne , en France , et en Augletei-re.
Lecomie Rodolplie e'toiJ à pei:)e sorli du cliàlean tie Saint-Paul où il avoit failli à être releuu pai* le concierge, après la scène si extraordituiire de Tapparilion de la comtesse et !a Cuite de Vicloriue, qu'efï'rayé de la position où il venoit de se placer, et des suites que pouvoit avoii' son entreprise si coupiibic et si téméraire, il partit à l'instant pour les pays étrangers, résolu d'être absent de sa pallie jusqu'au temps où il pourroit epérer que ses folies sercient enlicrcineut oubliées, et ne fut tranquille que loisquil eut dépassé les frontières de l'ilalic.
Il npprit a^ ec peine la mort de sa soeur; mais f^a douleur, comme celle de sa mè''e, fut promptement dissipée, et son caractère inconstant et léger ne lui permit pas de s'occuper long-temps de la perte qu'il venoit de faire d'une sœur que d'ailleurs il eslimoil très-peu.
Il6 CHARLES d'eLLIVAL
^V>\'VV^t^^\V\\*\\V'%V*'%\*'%V\'%V*%VV%\V*\'»^V\^V*\W\VV*W\\V\\V\%^%V\»X-*%4:f