CHAPITRE XLVIIL
J jA maladie de madame d'Ellival devint lîienlôt plus grave. L'habilelë du médecin ne put en arrêter le cours. Depuis plusieurs jours, sa foiblesse rempêchoit dp se lever. On conservoit encore une assez grande espérance. Elle seule n'en avoit aucune. Elle se senloit dépérir avec rapidité. Que n'imagiaoit-elle pas pour cacher à d'Ellival le mouvement qui l'enlraînoit vers la tombe , et que rien ne pouvoit arrêter !
Un jour où elle avoit engagé le comte et madame d'Amance à sortir, pour terminer un arrangement qui pouvoit rendre l'aisance et la paix à une famille infortunée qu'elle aimoit , elle fit venir auprès
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de soi) lit Charles et Alphonsine; et, lorsqu'elle fut seule avec eux : k Mes enfanSj « approchez-vous de \ olre mère ; elle va « vous aflliger ; mais que Id pensée de la *( consolatioti que je vous devrai vous sou^ « tienne. Le bonheur le plus pur, mes « enfans, n'est que passager sur la terre : « ce n'est que dans le ciel qu'il durera ù ft jamais. Vous voj'ez à quel étal la mau ladie a réduit la plus heureuse des « épouses et des mères. Poul-è'î-e Dieu <( veut-il me conserver encore pendant c< quelque temps au milieu de vous; mais (( lui seul connoit l'avenir, lui seul pré- « voit ses desseins. Soumettez-vous à sa « volonté sainte. Ne pleurez pas, mes en- !< fans ,• vos larmes me font trop de mal. « Charles, donnez à votre Alphonsine w l'exemple du courage ; tachez de vous (( calmer l'un et l'autre, et écoulez la mère H la plus tendre.
« Si Dieu m'appelle à lui , je crains pour « les jours de votre père; il ne pourra sur-
« vivre à celle qu'il aura tant aimée . Veil- « lez sur son de'sespoir; que voire voix tou- « chante , mes enfans , parvienne jusques u au cœur que ma mort aura déchiré. Ence lourez d'EUival de toute votre tendresse. « Charles, ne vous séparez jamais de lui : <i votre sœur sera obligée de suivre son « mari ; remplacez-moi , sans cesse , au- « près de votre père : qu'il retrouve mon a amour dans votre aflècîion ; que votre a attachement ingénieux cherche sans (( cesse ce qui pourra mêler quchpic conc( solatîon au chagrin ailVeux dans ier|!3el « il sera plongé; ne lui donnez jamais de « peine : qu'il ne soit jamais malheureux {( par ses enfans : ma perle le rendra {< assez infortuné. Parlez-lui quelquefois « de sa Caroline; rappelez-lui que le der- « nier soupir de son épouse aura été a pour lui ; rappelez-lui qu'elle lui aura « ordonné de vivre, qu'elle lui aura con- (( fié le bonheur de ses enfans. Alphonsine, » Charles , que votre père soit tout pour
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« VOUS : Dieu bénira vos tendres soins. « Mon ombre errante autour de vous j « en sera le témoin invisible ; et, lorsque « votre cœur aimant et vertueux jouira (( des effets de votre constante et liliaie « sollicitude, ah! croyez que votre mère « ne sera étrangère à aucun dessentimens (( que vous éprouverez. »
Madame d'EIli val parla encore à Cliarles et à Alphoiisine ; mais ses enfans ne l'enleiidoit'iil plus. Ils éloienl tombés sans comio;5j.ance sur le lit do la comtesse j leur bouche collée sur la main de leur mère. Elle sonna avec force; on vint; on les secourut; ils res'èrent inconsolables.
Quelques jours après, le pasteur, qu'elle avoil tait prier de se rendre auprès d'elle, veuoil d'arriver. Il avoil eu bien de la peine à traverser la foule qui remplissoit toutes les rues par lesquelles on pouvoit aboutir au logement de la comtesse; les malheureux dont elle étoilla mèreétoient si inquiets, si lrii.tcs, si impatiens de sa-
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voir s'ils pou\oienl encore se fla!(er de quelque espoir. Madame d'Eilival voulut éUe seule avec le pasteur. Leur entretien fut très - long, li annonça, en sortant 3 qu'il reviendroit le lendemain. Il croyoit, comme tous ceux qui étoîent auprès de la comtesse, qu'elle ëloit encore loin du terme de sa vie. 11 ne devoit plus la revoir. La comtesse eut une foi blesse. On accourut. Elle reprit un peu de force. Mais, sentant sa fin approcher, elle demanda que le pasteur fut rappelé de nouveau.
Elle désira voir encore une fois ceux qu'elle avoit tant chéris. Gervais et Thérèse étaient en pleurs auprès de Dulac et de Lisberg, consternés. Aurore, Amédée et la princesse , plus rapprochés du lit , ne pouvoienl cacher le désespoir auquel leur âme étoit livrée. Madame d'Amance , les yeux fixés sur sa fille , conjuroit le ciel de l'ôter de ce monde, avant celle à qui elle avoit donné le jour. D'Eilival , dans une sorte d'égarement , et au
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cbevet du lit de sa Caroline , cro) oit ne faire qu'un rêve épouvantable; ses traits por'oient l'empreinle de la douleur la plus afiVeusc , et il sourioit à sa bienaimée. Le soleil pénëtroit dans la chambre. Ses rayons éclairoient le visage de Caroline, pale, maigre, mais belle comme le jour où elle avoit reçu la couronne uupliale. Sa douceur, sa bonté , sa tenjdresse , toutes ses vertus brilloient encore danç ses regards. On croyoit voir un ange. « Mes enfans, dit-elle, venez tous auprès (( de votre mère.» — Charles, Alphonsine, Léon, Léopoldine, Germain, Pauline, Michel et Charlotte, s'avancèrent en tremblant , et se prosternèrent autour du lit de Caroline ; leurs jeunes cœurs étoient brisés. — « Mes enfans, je vous revois, « comme le jour où Dieu vous a unis dans « la chapelle des ruines. » — Les sanglots les suffoquoient ; d'Ellival sourioit toujours ; mais le délire et la mort étoient dans ses yeux. — « Mes chers fils,
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« mes filles bien-aimees , que votre leii-r K dresse soii éternelle; consolez-vous les « uns les anlrcs ; consolez vos parens ; c( consolez mon Ellival. Que le Dieu a auprès duquel je prierai sans cesse pour « votre bonheur, ^ous comble de fous (( ses biens! Souvenez-vous quelquefois c( de la mère qui vous bënil... Mes amis , ((je vous recommande ces enfaus... JMa
(( mère , bénissez-les !Mon ami , mon
(( Ellival, bénis aussi les cnfans de ta
i< Caroline Vis pour eux — Adieu. »
— Et son àrne s'eavola dans le séjour céleste.