Tome I. o
)9l CHAULES d'eLLIYAL
a Dans un des iDcaux jours que nous veu nous d'avoir, nous étions monlés avec « eux au soninicl d'une dc.^ plus hautes cf montagnes des environs de Jiycrcs.
ce Ma mère cL Bulac eloienl avec nous. Cf Nos enfans ramassoienl des frogrnens <( de rochers el se les monlroienl l'un « à l'autre. Nous étions assis à rentrée « d'une petite grotte. Nous jouissions du « magnifique spectacle que nous pré- « senloienl la mer, les îles, les iDonls ^ garnis de j)ins, et la plaine couverte H d'oliviers , d'orangers et de mjrthes. « Nos enfans, revenus autour de nous, f( cprouvoienl comme nous de douces « émotions. Un orage formé avec rapi- « dite est venu foiidre sur la montagne. a Nous avons trouvé un asile dans la « grotte. Le tonnerre éclaloit avec force; « les éclairs brilloienl^ d'épaisses nappes » d'eau lomhoienl des nuages; la foudre c( nous a paru frapper un grand arbre placé Cf presque au sommet d'un pic. Charles
ET ALPllOrVSK\G Dïl FLO!iKi\ T1!S0. l()5
(( causoit tout bas avec sa sœur; il ne u croyoit pas êlre entendu ; il lui rappe- « loit tout ce que leur avoil dit son père (( de la nalure des orages, de l'elcclriu cile, de l'eau des mers qui, élevée en «vapeurs par la chaleur du soleil, se « condense en nuages, lombe en pluie, « roule en lorrens, forme les ruisseaux , (f et , de penle en pente, se jetant des (( ruisseaux dans les rivières, et des ri- « vières dans les fleuves, revient dans le u bassin des mers d'oii elle s^etoit eva- (( pore'e. Ma mère e'ioil enchantée, Dulac (c et d'Ellival regardoient nos enfans a-^ ec « un conlenlemcnl bien diflicile à dè- « ciire ; et, pénélree des afieclious les plus « douces, je ne pouvois que presser ten- « drement la main de mon mari.
« Hier d'Ellival s'est embarque avec « Charles. Il a passe plusieurs heures sur « la mer avec lui. 11 le mène souvent (< dans de petits bàtimcns , lui en expose u la conslruclion , lui en indique les
igG CHARLES d'elî.ival
(f difTërenles parlies, lai en nomme les « agrès , lui en explique les manœuvres, i( lui monlre Tapplicalion des principes (( de me'canique qu'il développe et deu monlre, lorsque, dans son cabinet et <( plus sou-*, eut à roiiiÎ3re de beaux arbres, (( il l'entretient des parties les plus intéi{ ressantes et les plus utiles des sciences.))
ET ALPHONSINE DE FLOllENTINO» 197
LETTRE
De la même à la même.
<( Voire complaisance est infaligabie, « ma chère cousine. Vous ne vous lassez « pas de vouloir que je vous entretienne <k de ma famille. Combien je suis rccon- « noissante de celte marque si heureuse <( pour moi de votre amitié !
« Charles a maintenant quatorze ans. « Nous sommes chaque jour plus con- << lens de lui et de sa sœur. Voilà près <f d'un mois que nous jouissons de la plus K belle des saisons. D'Eilival , (idèle au « plan qui lui a déjà si bien réussi, ne « laissera échapper aucune circonstance « du printemps, de l'été ou de l'au- « tomne,sans 1 employer au progrès de « rinslruclion de nos enfans. Le temps « des fleurs et ccîni des fruits lui scr\ eut « à leur faire connoître les végétaux dont « la terre est parée, à dislingucr les mois-
UjS CHARLES DEUA\Ah
u sons qui se succèdent avec rapidilé.
^( C'est dans ce même temps où les ini( sectes se développent, se mdtamorpho- (( sent et se reproduisent, où les poissons <( s'approchent des rivages pour f rajei', où '( les oiseaux voyageurs arrivent en Irou- '( pes nombreuses , où les oiseaux seden- « laires chantent dans les bocages , qu'il ■■( satisfait l'ardeur de Charles et d'Adélaïde (( pour l'ëlude de l'histoire naturelle des '.{ animaux qui peuplent et les eanx , et la a terre, et les airs.
« C'est alors qu'il leur lit avec cet cn- ■< thousiasme qui s'empare si aisément de « lame de ceux qui l'écoutent, les plus (( beaux morceaux de ceux qui ont pciiit (.{ ou chanté la nature, qu'il élève lei^r « imagination , qu'il forme leur goût , « qu'il les enflamme de l'amour des lettres.
(c Avant-hier j'étois assise au bord du (( grand étang, sur un gnzon fleuri, eri- « tourée de pêchers en (leurs, d'aubéni- « ucs 3 de grenadiers. Je vojois de loin
ET ALI'IIONSINE DE t'LORENTlNO. 19'J
(( d'Ellival et mes en fans péchant dans une « petite nacelle. Mon cœur n'éprouvoit « que des sentimens afleclueux ; toutes (( mes idées eloienl liantes, j'elois bicu « heureuse. Je rappelois ces journées de w printemps où, au niiiiuu des fleurs et (( de la verdure j je revois sur le bord du K 'ac de Neiitchàlul. Je pensois aux soins <( que prenoient de moi les liabitaus de la « chaumière voisine. J'elols bien malheu- « rcusc alors ^ mais le souvenir de ces « douleurs, depuis long-temps passées, (( nefaisoil qu'ajouter une sorte de charma H inexprimable à la félicité dont , sous les « yeux de mon mari et de mes enfaus, je « goûtois la pure volupté. Je le voyois ce u d'Ellival que j'avois tant pleuré. Je tou- « chois le rivage auprès duquel j'avois « voulu donner ma vie pour lui. J'enlen- <i dois mon nom pi'ononcé avec l'accent <( de la plus vive tendresse par doux en- « fans dignes de leur père. Je conlempîois <^ avec délices, à cùlé de ce père adoré.
« ces gages si chéris de l'amour e'terncî « d'Ellival el de Caroline : rien ne me pâte roissoit comparable à cet ëlat de be'aliu tilde ce'lcsle.
(f Gervais el The'rèse sont venus près « de moi. Leurs enfans étoient avec eux ; « ils sont de l'âge des miens. Germain et i< Charlotte m'ont offert des oranges et f( des couronnes de fleurs d'oranger. — « Madame, m'a dit The'rèse, mes enfans (( ont une grande grâce à vous demander, <( lie les refusez pas, vous feriez le mal- « heur de leur vie. Ne refusez pas leur i( pauvre mère ; daignez vous souvenir (( de l'afleclion que vous lui avez témoiff gnée dans sa pairie , sur les bords du (( lac de Neufchâlel. Elle n'a plus que {f vous pour protectrice , madame; vous c< êtes tout pour elle , pour son Gervais, « pour ces enfans que vous aimez; vous « êtes toute sa famille. Ils n'osent pas , « ces enfans, vous dire tout ce qu'ils de- « sireut ; Gervais ne l'ose pas davantage ;
« VOUS avez toujours eu tant de bonle's t( pour nous; nous craignons d'abuser de « voire attachement , de voire blenfai- (( sance. M. Charles et mademoiselle Ade- « laide sonl grands maintenant , bienlùt « ils quilleront ce pays , vous le quitterez « peul-èlrc aussi, vous et M. le comte. Que (( deviendront Germain et Charlotte sans «.vos (ils et sans vous? Us ont été les com- « pagnonsde leur enfance, ils ont partagé f( tousleurs jeux ; vousl'aviez permis, ma- H dame. Us ont pour eux tant d'amitié; « ils mourront de chagrin, quand ils ne « les verront plus. Oh ! madame , or- « donnez que nos enfans ne quittent ja- « mais les vôtres ; qu'ils puissent à chaque « instant se dévouer et se sacrifier et pour « eux et pour vous. Quelquefois ils vien- (( dront revoir voire Thoièse et son Ger- « vais. Us nous parleront de vous et de « votre famille. Vous nous les amènerez « vous-même , et chaque jour nous vous » béuirous. \oiu ne serez jamais long-
(( temps sans visiter celle contrée, c'est « celle de voire bonheur, c'est le pays (( de tant d'heureux que vous avez faits , « vous et M. le comte ; et lorsque nous « devrons quitter cemonde, monGervais « et moi , nous nous en irons tous deux , « sans inquiétude pour nos cnfans; ils ff seront auprès des vôtres. Vous vous « attendrissez , madame. Mes enfans , u Gervais, tombons à ses genoux, le bon- « heur ne fuira pas loin de nous , et « notre vieillesse sera heureuse , comme r< nous l'avons été jusqu'à ce jour. — Je « fondois en larmes , j'ai embrasse ïhé- « rèse, j'ai pressé la main de Gervais ,i'ai <( serré dans mes bras Germain et Char- « lolle. — Non, ma chère Thérèse, non, « jamais nous ne nou^ sépareroiis ; com- « ment avez - vous pu en concevoir la « crainte ? Germain ne quittera jamais « Charles, et Charlotte ne quittera jamais '.( Adélaïde. Je vous réponds du consen- ;: Icmenl d'Ellival et de celui de ma mère.
« Vous-même el voire mari , vous serez <( loujours avec nous; nos familles sont <( à jamais unies. — D'Ellival est arrivé « avec Adélaïde el Charles. Ils ont vu les (( larmes de joie que nous répandions; je a leur ai raconle ce qui venoit de se passer. « Ellival m'a embrassé el a tendu la main (f à Thérèse el à Gervais. Mes en fans se << sont jetés tout joyeux dans les bras des « cnfansde Théi èse qui pou»., oient à peine -'( supporter les tendres émotions qu'ils « éprou voient. Cliarles a adopté Germain; « Adélaïde a adopté Charlotte; d'EIlival <f a béni ces quatre énfans si iutéressans ff el si bons. Gervais vouloil embrasser « les genoux du comie ; Thérèse étoit « près de se trouver mal , et ma mère et « Dulac, qu'un heureux hasard a amenés, « ont parlagé el augmenté bien vivement « tout ce que nous ressentionsde louchant « el d'heureux. »
LETTRE
De la même à la même*
« Lorsque d'EJlival , toujours fidèle à (( son plan d'inslruclion, veut rappeler à « mes enfans les leçons d'histoire qu'il i< leur a données, et en faire naitre ces « grands re'sultats aussi imporlanspour la a morale privc'e que pour la politique des <( peuples, il aime à les mener auprès des « ruines que prësenlent les envii'ons de « Hyères îl visite avec eux celles qui sub- {( sistent encore sur le bord de la mer, (( auprès de la presqu'île de Gien , et « celles qui couvrent la montagne sur le V penchant de laquelle la ville a été bàlie.
(( Je les accomnaffue souvent dans ces u promenades si intéressantes pour moi.
u La dernièje fois où je suis allée m'as- « seoir avec eux sur les débris de l'antique « cbàlcau du bon roi Pvené, je me suis
ET Ar-PHONSINE DE FLORENTINO. 201)
« reposee*sur la même pierre que le jour « où d'Ellival me parla avec tant d'afTec- « lion, Irès-peu de temps après sa preu mière arrivée dans ce pays. Je la recon- <( nois si aisément celle pierre. Puisse-l- <( elle durer long- temps! Puisse- t-elle « rappeler long-temps âmes pelils-ncveux (( le bonheur de Caroline !
<( D'Ellival avoit fini de s'entretenir « avec Charles et Adélaïde. Il est venu « auprès de moi. Nos enfaos etoient à nos (( pieds sur une herbe toudue. Le soleil « brilloit de tout son éclat ; un vieux (f mur, couvert de plantes sauvages, nous « garantissoit de ses rayons; la mer reste pleudissoil de feux; la campagne se de'- « pioyoit sous nos yeux e'maillée de fleurs u el de verdure ; l'air ëloil calme el eni- (( baume ; le spectacle étoil magnifique. « L'imagination du comte s'est animée ; H ses pensées ont pris un grand caracièrc; « il a parlé avec éloquence; on iamoiL « cru inspiré. Ses enfaus et moi nous Fad-
206 CHARLES d'eI,L1V^\L
i( mirions en silence. CLarles et Adélaïde « paroissoienl partager son enthousiasme. « Tout ce quil a dit s'est gravé dans leur (( mémoire en traits inefll'açahles. Il s'est « arrêté, et est devenu pensif. Ma maiti )) étoil dans la sienne. Mes enfans récoii- (( loient toujours. Sa vue s'est portée sur « les ruines d'un couvent, qui se moa- « Iroient au milieu des rochers et des K herbes , à Guelque distance au-dessous « de nous. Ces décombres lui ont rappelé <( le monastère de Saint-Bruno, les maire heurs du jeune novice et ses propres a douleurs. — Pauvre jeune homme ! a- « t-il dit ; il n'a pas , comme moi , re- « trouvé le bonheur. — l'^t sa main Irern- « blolt , et un trouble in\(iionlaire com- (( raençoit à s'emparer de lui. Ses enfans « et moi , nous nous sommes précipités (( dans ses bras. Les souvenirs funestes se « sont dissipés , les idées tristes se sont K évanouies, et, debout sur le sommet « du mont^ une joie céleste peinte sur
ET ALPIIOXSINE DE Ff.ORENTINO. noy
« sa figure , son cœur palpitant de plaisir, « présentant , pour ainsi dire , sa femme, (( son fils et sa fille , au souverain dispcn- «( saleur des destinées, avec quelle ardeur « il a remercié le ciel de tout le bonheur « dont il jouissoiti Comme nous leutou- « rions , comme nous nous pressions au- « tour de lui ; et avec quelle ferveur, te- « nant une de nos mains dans les siennes, « et tendant l'autre vers l'être des êtres, « nous joignions notre prière silencieuse, w mais bien vive , à tous les nobles vœux w qu'il formoit pour uous I >i
LETTRE
De la même à la même.
« Hier, ma chère cousine , eloii Tanni- « versaire de ma naissance. D Eilival me c( proposa de me promener seule aveclui. u II me mena le long des bords du lorreiit « qui coule derrière le Aieux châleau.
« C'esl auprès de ce torrent qu'est située (f une grolle dont je vous ai plus d'une fois u entretenue, cl où d'Ellival m'avoit, pour (c la première fois, parlé de son amour. « Nous nous sommes avances vers cet (( asile. D'Ellival sourioit. L'entrée en (( cloit ornée de guirlandes de verdure. (( Sou intérieur étoit paré de rameaux d'ocf rangerj chargés de fleurs odoriférantes, « el de beaux fruits couleur d or. On {( voyoil uion nom tracé en ro'cs daiis le « fond de la grotte. Ma mère , Duiac , mes « cufans, Gervais, Thérèse, Germain et
« Charlotte sont venus au-devant de nous « avec des bouquets. Ils nous ont adressé «. leurs vœux , avec une expression de « joie , de felicile' et d'afleclion qui a pe- « nelre jusqu'au fond de nos âmes. Un « dejeûficr ëtoil servi sur une table au- « tour de laquelle nous nous sommes « tous places. Combien de souvenirs ont « ajouté à rémotion que j éprouvois I Que (( d'Ellival éloil heureux ! Que nous jouis- « sions tous et de notre bonheur, et du K bonheur de ceux qui nous entouroient ! « Puisse celte douce journée être long- « temps rappelée par nos enfans ; et puis- <{ sent-ils recevoir de leurs arrière-pelils- « fils un témoignage aussi touchant ds « dévouement et de tendresse !
LETTRE
De la même à la même.
« Nous allons , ma chère cousine , (( quiller pour quelque temps le séjour « de Hyères. C'est un grand sacrifice que u nous faisons au bonheur de nos enfans. « Charles a maintenant plus de quinze «f ans. Mon mari croit nécessaire qu'il (( voyage pour perfectionner son éducan lion et son instruction ; mais il veut « l'accompagner, l'aider de ses conseils , « et continuer de diriger ses études. Je (( ne saurois vivre éloignée d'ElJival; je « le suivrai , et je mènerai ma fille avec <( moi. Ma mère et Dulac nous accom- (f pagneront; Germain et Charlolteseront (( du voyage. Charles ne peut pas se passer « de Germain j et Adélaïde seroit bien .(( affligée si elle n'avoilpas Charlolle avec
ET Ar.lMiONSINE DE ri.OI\ENTINO. 2 1 I
« elle. Nos arrangemens sont termitiës , >) et nous parlirons avant très - peu de « jours. Gervais et Thérèse seront biea « tristes après notre départ sans doute ; (( leurs enfans leur écriront souvent, ils (( nous donneront de leurs nouvelles, nous (( les reverrons bientôt. Mais pourquoi « se sépare-l-on, quand on a tant de « plaisir à être ensemble i*
« Nous avons eu hier une cérémonie « religieuse et une solennité de famille « qui a produit sur nous, et parliculiè- « ment sur mes enfans, des impressions « bien profondes. Quel fruit ne relire- (( ronl - ils pas du souvenir de celle « journée, dans toutes les c rconstances « où la providence divine pourra les « placer?
« Dans le temps où d'Ellival, revenu h « Hyèrcs avec ma mère , croyoit que t( j'avois cessé de vivre , et ne trouvoit de « consolation que dans la mort qu'il « voyoit s'avancer pour le joindre h moi ,
« il acheta dans une vallée voisine de « l'ermiîage, un champ où dévoient être « place's son tombeau et le mien. Il en « confia la garde et le soin à deux jeunes « e'poux qu'il établit dans une maison voiu sine, et auxquels il fit présent d'une u propriété conside'rable. Il a voulu, avant K de partir, faire consacrer ce champ de « la tombe, qu'ombragent maintenant de <{ jeunes arbres plante's par ses ordres au «■ moment où il croj'oit y reposer bienu lot auprès de moi. U a souhaité que mes « enfans assistassent à celte pieuse et frappe panle cérémonie. J'ai désiié, ainsi que (( Du'ac et ma mère, de l'y accompagner; « il a peu insisté pour nous en détourner. « Gervais, Thérèse, Germain et Char- « lotte nous ont suivis. Nous nous sommes (f avancés eu silence vers ce champ qui doit « être notre dernière demeure. Le soleil (c étoit déjà couché, et la lune commençoit « d'éclairer l'horizon. On a voit dressé au « milieu de cette terre de paix un autel de
ET ALPIIONSINE DE FLOItEN^TINO. 2l5
« gazon, sur lequel on avoit placé une (( croix , et autour duquel on ayoil allumé (( des cierges. Les honncles cultivateurs, « charges de soigner ce champ de repos, « nous attendoient auprès des pins et des <( oliviers qu'ils ont planle's. Le cnic , re- « vêtu de la tunique blanche et de l'élole « violette , a commencé la prière que « nous avons répétée à genoux sur les « marches de cet autel rustique. îl a pris « l'eau lustrale , l'a répandue autour du a champ, auprès de l'autel , sur nous , et « sur l'endroit que recouvre depuis long- (( temps la pierre sépulcrale. L'encens a « brûlé. L'air étoit calme ; la fumée s'é- « levoit vers les nuages. IN os enfans et (( ceux de Thérèse ont répandu des roses « blanches sur la pierre lunéraire. I^es <ti échos répéloient les accens vénérables « du pasteur. Il a élevé sa main , et ia- « Yoqué les bénédictions du ciel et pour « nous , et pour les enfans de nos enfans, u jusques à la dernière génération. Alors
2l4 CHARLES d'f.LMYAL
« d'EIlival s'esl levé ; il a pris j^ar la main « Charles et Adélaïde ; il les a conduits « auprès de la tonil)c. — Mes cliersenfans, « leur a-l-il dit , c'est ici que vous depo- « serez un jour voire père et voire mère. « Ici vous viendrez prier sur leur dè- (( pouille morlcile; ici vos enfans vienf( dront prier sur vos restes inanimes. — « El sa voix s'esl altérée , et il a eu besoin u de faire un grand elîorl sur lui-même (( pour pouvoir conliuuer. — C'est dans c( le sein de cette terre sacrée que les (( d'EIlival trouveront le repos. Puissent- (( ils, toujours bons, toujours vertueux , <( toujours fidèles à leurs devoirs , descenf( dre sans inquiétude dans ce tombeau , « laisser une mémoire honorée parmi « les hommes, et jouir dans un meilleur « monde d'une ielicilé éternelle ! Mes « enfans, n'oubliez jamais les vœux que « forme pour vous votre père dans ce « moment solennel et sur les bords de i< la tombe qui doit s'ou^ rir un jour pour
(( li^i, — El il a serré ses enfaris contre (f SOI) sein palernel. Charles cl Adélaïde (( éloiciit sulloques; j'ai couru à eux, je (( les ai soutenus. Ma mère el Bulac nous ({ ont à riuslant environnes ; j'avois besoin H de leur secours. Gervais , Tlicrèse , « Germain , Cliarlolle , les cultivateurs « embrassoienl nos genoux; le respectable (( curé nous bénissoil de sa main Irem- « blante. Il est impossible de décrire lout « ce que nous éprouvions.
i( D'Ellival , reprenant lout son coure rage , nous a entraînés tous vers l'autel; « la voix pastorale du curé a ramené un « peu de calme dans nos âmes; nos lar- (( mes ont arrosé le champ de la tombe, <( elles ont soulagé nos coeurs oppressés ; « et lorsque nous avons quitté ce champ « où nous venions d'avoir des émotions « si vives, nos afléctions éloient fortes , « mais paisibles; nos idées mélancoliques, « mais douces ; nous nous parlions peu , (( mais nous nous regardions avec alleu-
2lC) CHARLIIS d'eLLIVAL
« drissement ; ce que nous resscnlions (f avoil un très -grand charme, el nous « goùlions plus que jamais le bonheur « d'aimer cl celui d'élre aimé. »