‹ Charles DarwinChapitre 6 sur 14 · VII. — L'Origine des espèces · texte numérisé non relu

VII. — L'Origine des espèces

L’Origine des espèces au moyen de lu sélection naturelle ou la suroivance des races les plus favorisées dans la lutte pour la vie, a pour but d'établir un fait historique : la transformation des espèces les unes dans les autres et d'expliquer par quel moyen — qui est la sélection naturelle — cette transformation se produit. La science, dit Aristote, est fille de l’étonnement. Je m'étonne d’abord que le rapport de la circonférence au diamètre soit ce qu’il est ; après avoir démontré le théorème qui établit cette mesure, je m'’étonnerais qu’elle füt autrement. De même, ici, c’est une grande surprise d’abord que les espèces ne soient pas immuables ; mais si je démontre qu’elles varient parce que la sélection existe et que, la sélection existant, elles doivent varier, mon étonnement serait de les voir immuables. Le point essentiel est donc de prouver que la sélection existe et quelle elle existe ; et la transformation des espèces sera prouvée par là même. Et en effet la thèse proprement darwinienne, distincte de celle de Lamarck, est l'hypothèse mécaniste de la sélection du plus apte par la lutte pour la vie ; c’est cette hypothèse spéciale que Darwin a pour but d'établir:

Or les espèces varient et la preuve en est que nous les faisons varier. Le procédé resté le plus célèbre que Darwin emploie consiste à prendre pour point d'appui les jardiniers et les éleveurs. Les jardiniers, en croisant les graines des fleurs, obtiennent des variétés à l’infini ; les éleveurs, en choisissant avec soin dans les portées des animaux les jeunes qui présentent au plus haut degré certaines perfections — la vitesse, ou

la force, ou la beauté — et en appariant entre eux les êtres ainsi choisis, obtiennent des variétés chez lesquels ces perfections s’accumulent et parviennent au plus haut degré.

Ce que certains éleveurs font aujourd’hui d’une certaine façon consciente — choisir les étalons les plus rapides pour obtenir dans quelques années un cheval de course défini, — tous les hommes l’ont fait inconsciemment, dès le premier jour où le sauvage, ayant domestiqué le chien ou le taureau, a particuhèrement apprécié, choisi et gardé dans sa demeure ceux de ces animaux qui lui rendaient le plus de services. Et enfin, ce que l’homme inconsciemment produit, la nature le produit de même avec une puissance décuplée par l’immense étendue de temps et d'espace dont elle dispose. Les animaux soumis à des conditions différentes d’existence, à l’équateur ou aux pôles, dans la forêt ou dans le désert, sur le rivage ou sur la montagne, subissent directement ou indirectement l’action des milieux. La quantité et la qualité de la nourriture produisent des changements distincts; quelques différences dans les composés chimiques dont l’organisme est fait engendrent des déviations considérables ; ces changements ‘entraînent par corrélation des modifications parallèles plus nombreuses. Outre l’action des milieux, les circonstances diverses déterminent chez les animaux un usage plus fréquent de certains organes, moins fréquent des autres ; l'habitude, l’usage et le non usage des parties développent celles-ci, atrophient celles-là; enfin et surtout les animaux tendant à se reproduire en nombre de plus en plus grand, dans un habitacle dont les produits et les ressources sont limités, tous ne peuvent pas trouver leur nourriture. Les plus favorisés par des avantagesnaturels — des ongles plus acérés, des muscles plus forts, une course plus agile — vivent où les autres meurent. Les faibles sont directement la proie des forts, ou indirectement les plus forts subsistent et les plus faibles disparaissent. La lutte pour la nourriture devient

la lutte pour la vie et c’est la doctrine de Malthus transportée de nos villes ouvrières à la cité du monde. Dans les nations où les hommes naissent trop nombreux, eu égard aux ressources de la nature, il faut que l'excès de la population disparaisse, et il disparaît, en l’absence des guerres proprement dites, par l'élimination des plus pauvres qui sont plus exposés aux privations et chez qui la misère matérielle engendre la misère physiologique, en sorte qu'ils résistent moins. Ainsi l’exemple des éleveurs de chevaux ou de pigeons, la lutte des fauves dans la jungle, le paupérisme humain, tels sont les points qui conduisent Darwin de la variation des races à celle des espèces.

Car le problème est là: nos éleveurs font des races nouvelles, font-ils des espèces ? On sait que l’espèce est pour Linnée l’ensemble des animaux sortis d’un même couple primitif, en sorte que le nombre des espèces est et sera toujours irréductible parce qu’il dépend d’un geste du créateur qui a été fait une fois pour toutes. Pour les modernes, l’espèce est l’ensemble des animaux qui peuvent s’apparier entre eux et donner naissance à des animaux également féconds à leur tour. La faculté de procréation durable, c’est-à-dire le pouvoir de procréer des êtres procréateurs, est le critérium auquel la notion d'espèce est attachée. La chienne de chasse et le chien de berger donnent naissance à des chiens qui peuvent s’accoupler à leur tour ; le chien est une espèce dont voilà deux races. Mais le chat et le chien ne s’apparient pas ; ce sont deux espèces. Le cheval et l’âänesse s’apparient, mais leur rejeton, le mulet, est stérile. Ce sont deux espèces dont l’accouplement est un fait de hasard, sans perpétuité, insuffisant donc pour marier les deux lignes en une seule espèce. Telle est la doctrine ; mais sur cette doctrine les amendements se multiplient, les dissertations des naturalistes deviennent bientôt, pour l'interprétation des faits très multiples qui se croisent en tout sens, aussi pleines d’exceptions et de détours que les dissertations les plus subtiles

des idéologues. On nage dans certains chapitres de biologie en pleines entités verbales ; et par conséquent Darwin a beau jeu pour induire du connu à l’inconnu. Les éleveurs les plus sagaces, dit-il, plus frappés que les naturalistes des differences qui séparent telle race de telle autre, croient volontiers que ces races, entièrement distinctes à leurs yeux de praticiens, sont réellement et en soi des espèces irréductibles ; et les naturalistes savent qu’il n’en est rien. Pourquoi ne croirionsnous pas que la même illusion abuse les naturalistes quand ils prennent les espèces actuellement existantes dans la nature pour radicalement différentes? La nature a pour elle le temps infini. Ce qui nous paraît aujourd'hui tranché et distinct peut être le résultat d’une différenciation progressive dont les anneaux nous échappent. Darwin pourrait prendre ici pour épigraphe cette pensée de Buffon : « Dieu seul voit tous les temps ; l’homme ne connaît que la durée dans laquelle il passe, et 1l juge faussement par ce qui est de ce qui fut et sera. }»

C’est ce jugement qu’il faut réformer en remplaçant une vue trop courte par des inférences plus complètes

et c’est ici que le darwinisme a pour point d'appui la ” géologie et suppose, pour être admis et compris, l’état d'esprit apporté par Lyell. Les époques de la nature, avait dit Buffon, nous sont encore présentes par leurs fossiles comme l’histoire de l'humanité nous est présente par les monuments et les médailles des peuples disparus. Deux choses sont donc nécessaires : recueillir les vestiges qui restent et se rappeler en outre que ces vestiges sont très peu nombreux par rapport au nombre infini de ceux qui ont disparu.

La tâche de Darwin est donc d’abord de montrer que la géologie raconte d’une manière très incomplète l’histoire de la terre, et il insiste sur ce point que dans la série des cataclysmes qui ont bouleversé les entrailles du sol il ne faut pas s’attendre à retrouver aujourd’hui la série régulière des couches et des fossiles qui per-

mettrait de reconstituer d’un bout à l’autre la série des espèces disparues ; et, dans sa correspondance, Darwin se félicite d’avoir reçu l’approbation de Lyell suivant lequel il aurait plutôt atténué qu’exagéré l’état de mutilation des archives géologiques. Il faut tirer parti de ce qui reste accessible à nos recherches, et ce reste se divise en deux grandes séries : psychique et physique. Les faits psychiques sont les instincts des animaux, tels que nous les voyons aujourd’hui et que nous pouvons les induire dans le passé. Les faits physiques sont la structure des organes, tels que ces organes apparaissent soit dans les animaux fossiles, soit dans les animaux actuels, et dans tous ces ordres de faits le problème que nous ne devons pas perdre de vue est le même : induction du passé par ce qui subsiste dans le présent.

L'étude la plus positive est celle des structures et des squelettes, et nous avons ici deux ordres de faits qui racontent le passé : paléontologique et anatomique. La paléontologie exhume à nos regards les squelettes des animaux disparus. C’est un fait non contestable que lichtyosaure à vécu, quelle que soit l’étrangeté de ses formes et de ses dimensions, puisque nous tenons ses os et contemplons son squelette. Or les divers squelettes patiemment découverts et reconstitués forment une série dont les lacunes sans doute sont inégales et nombreuses, mais qui offrent, par tels ou tels de leurs membres présents, de singulières ressemblances, graduellement définies, avec les espèces actuelles. Un exemple souvent cité est celui du cheval. Le cheval actuel est solipède, c’est-à-dire que la partie du pied qui repose par terre, est faite d’un seul doigt ; deux stylets latéraux très réduits y sont soudés. L’hipparion est une sorte de cheval de l’époque miocène, à trois doigts ; le doigt du milieu porte à terre comme chez le cheval actuel; les doigts latéraux, très grêles, pendent inutiles à droite et à gauche et ne touchent pas le sol. Enfin le paléothérium, d’une date plus ancienne, dite eocène — car Ja nature des couches géologiques sert naturellement à

dater l’époque des fossiles — le paléothérium est un

cheval à trois doigts qui posent tous sur le sol et contri- .

buent à la marche. D’une manière générale il existe

actuellementdesanimaux à cinq doigts, les éléphants, les .

les ours ; à quatre doigts, l’hippopotame ; à trois doigts, le rhinocéros ; à deux doigts les ruminants ; à un seul doigt, le çheval. En remontant dans le passé, certains animaux fossiles, comme ces sortes de chevaux cités tout à l’heure, présentent des structures intermédiaires aux structures actuelles. L’ichtyosaure avait six doigts. Il est aisé de concevoir par quel raisonnement, de proche en proche, l'esprit peut suppléer aux intermédiairessupposésdisparusetremplacer — dansun mélange toujours provisoire d'imagination et de prudence — la ligne interrompue et saccadée des formes actuelles par une ligne uniforme et continue ; la pensée restaure la nature.

L’anatomie vient ensuite, et le même exemple peut nous servir. Les stylets actuels du cheval sont des tronçons de membres qui ne signifient rien si on les isole du passé, qui s'expliquent comme réduction d’organes disparus si on les compare aux doigts latéraux des hipparions et des paléothériums. D’une manière générale l'anatomie découvre dans les êtres actuels toute une série de membres plus ou moins atrophiés qui ne s'expliquent pas si l’on ne fait appel à l’idée d'organes autrefois utiles et peu à peu atrophiés faute d'usage. Les mamelles des hommes, qui ne secrètent pas du lait comme celles des femmes, en sont l’exemple le plus commun ; sans doute on peut les expliquer par une simple raison d'harmonie et de similitude extérieure. D’autres exemples sont plus frappants par leur singularité même. Les muscles qui permettent aux animaux de plisser leur front, de mouvoir leur pavillon auditif, sont plus ou moins atrophiés chez l’homme qui peut froncer les sourcils comme Zeus, mais non pas, au sens

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propre, dresser les oreilles comme le cheval. Notre) oreille, dit Perrier, conserve dans un tubercule en saillie fs

le souvenir des oreilles pointues qui existent chez le chat et chez certains singes, et dans la mythologie chez les faunes ; et notre œil présente, dans un coin interne, un rudiment de la membrane nictitante, troisième paupière, qui subsiste chez tous les oiseaux et qui permet aux aigles de fixer le soieil. Quelquefois enfin cette survivance est chez l'homme non seulement inutile mais monstrueuse. Gæthe a signalé le premier dans la machine humaine les rudiments d’un os intermaxillaire qui existe chez les singes et qui, quand il reparaît chez lies hommes, produit la difformité du bec de lièvre. Ainsi l’étude des anomalies actuelles est une révélation des organismes normaux d'autrefois.

Une dernière forme de preuve, dans cet ordre d'idées, et la plus probante sans doute, se tire de l’embryologie. Darwin l’a indiquée sommairement et c’est la gloire de son discipie Haeckel — si connu à la fois par sa haute valeur scientifique et par l’intransigeance outrée de ses polémiques — de lavoir mise dans tout son relief. L’embryon dans le sein de sa mère passe par une série d'états qui reproduisent, avec les modifications dues principalement à lPaccélération embryogénique, les traits essentiels des types ancestraux. La genèse de l’individu reproduit celle de la race et peint dans l’être actuel les êtres passés. Enfin la forme actuellement définie des êtres vivants, et par conséquent la forme de ces êtres, peut s'expliquer par une différenciation progressive, que l’usage détermine et l’hérédité consacre. On peut imaginer, par exemple, des glandes qui secrètent du lait disséminées sur toute la surface du corps, ou de certaines parties du corps dans les deux sexes ; et ces glandes, condensées peu à peu en organes définis dans des mamelles de moins en moins nombreuses, constitueront à la longue le caractère spécifique du sexe féminin, pour s’atrophier dans l’autre. D’une manière

énérale, le passage de l’homogène à l’hétérogène, du iffus au distinct, est partout dans les formules de Spencer et dans la pensée de Darwin ; on voit d’ail-

leurs aisément combien il est difficile en fait d'expliquer ainsi, par un mécanisme causal, toute espèce d’organisation finaliste, et l'exemple de l'œil, si merveilleusement adapté aux fonctions de la vue, est un de ceux que Darwin aura le plus de peine — comme il le déclare très sincèrement — à ramener aux théories transformistes.

Mais la structure des êtres vivants n’est dans toute la force du terme qu'un squelette inerte ; il faut voir l’animal en action. L'évolution ne s'explique pas seulement par le fonctionnement purement physiologique des organes, mais encore et surtout par tout l’ensemble des manières qui constituent l'instinct de chaque espèce. Le problème de l'instinct est particulièrement difficile du point de vue transformiste parce que là surtout il semble qu’on ait affaire à des créations séparées qui ne peuvent pas s'expliquer par des haisons causales et continues. Pour prendre l’exemple le plus souvent cité aujourd’hui, lorsqu'une sorte de guêpe, qui est l’ichneumon, paralyse d’un coup de stylet une chenille pour déposer son œuf dans ses chairs vives dont la larve se nourrira peu à peu, l’ichneumon qui ne connaîtra jamais cette larve, comment sait-il avec tant de perfection réaliser les actes qui sont nécessaires pour assurer sa survie ? Aucune analogie n’est saisissable de prime abord entre nos moyens humains d'apprendre et la science infuse de cet insecte ; d’où résulte l’hypothèse, classique depuis Descartes, que les animaux ressemblent plus ou moins à des machines, qui font stupidement des actes merveilleux parce que chacun est particulièrement disposé à telle sorte de déclanchement défini une fois pour toutes. Darwin veut montrer au contraire que l’instinct des animaux est en voie de transformation perpétuelle comme leur structure, que l'instinct n’est pas d’un autre ordre que l'intelligence, et que les variations de l'instinct, plus ou moins fixées par l’hérédité, sont comparables dans leurs causes et dans leurs effets aux variations des facultés intellectuelles des hommes.

Les instincts sont muables. La domesticité en est une première preuve puisqu'elle consiste par définition à fléchir les instincts naturels de l’animal pour les accommoder au service de l’homme, Un autre exemple, qui est en quelque manière réciproque du précédent, est tiré de ce fait que les animaux sauvages qui n’ont jamais vu l’homme ne s’effraient pas de sa rencontre : les oiseaux des îles Galapagos se laissaient approcher et frapper de près par les compagnons de Darwin, mais peu d'années suffirent à leur enseigner Île danger humain et la peur des hommes. Les instincts se modifient par le détail, et les oiseaux savent varier la forme et les matériaux de leurs nids avec les circonstances diverses au point d’avoir adapté les modifications de leurs instincts aux inventions des hommes. Reste à suppléer par l’hypothèse aux lacunes qui dissimulent à nos regards actuels la continuité des instincts. L'un des instincts les plus célèbres et en apparence irréductible aux autres est l’art de l'abeille qui accommode si parfaitement sa cellule aux lois de la géométrie.

Mais d’une part l'abeille proprement dite est un cas particulier de l'immense tribu des mouches à miel, abricatrices de cellules ; dans ce peuple ailé on trouve outes les étapes de l’instinct : les bourdons qui fabri- LR: des cellules isolées, les mélipones qui construisent

es rayons isolés, les abeilles enfin dont la perfection explique par la série des étapes précédentes ; et l'autre part cette perfection même résulte, sans >onscience calculatrice, des conditions dans lesquelles le rapprochement des cellules sphériques donne naissance, par leurs plans d’intersection, à la forme hexagonale des alvéoles.

D'une manière générale tous les instincts qui nous surprennent à cause de leur perfection singulière résulent d’approximations successives. Les voyages des iseaux migrateurs ont eu lieu de proche en proche ivant de s’effectuer sur l'immense échelle parcourue aujourd’hui. L'instinct du coucou se retrouve chez

l’étourneau américain, l’art de la chenille qui s’enveloppe d’un cocon pour abriter la chrysalide se ramène, par une série d’intermédiaires, à l’habileté des autres chenilles qui cachées dans les feuilles les lient par d fils de soie à la branche pour en empêcher la chute ;. l’hirondelle de Chine, qui fait son nid comestible avec une sécrétion salivaire fournie par son organisme, rappelle d’autres oiseaux dont le nid est fait de matériaux étrangers amalgamés seulement par la salive. IL n’y a rien d’isolé et rien de discontinu dans la nature et Darwin pense que les lacunes actuellement visibles” entre les instincts sont relatives à nous et à notre igno— rance etqu’elles n’existeraient pas aux regards d’un, esprit suffisamment informé (1).

Ainsi l’Origine des Espèces pourrait se résumer dans ces deux formules : d’une part, qu’il y a continuité dans les espèces animales, dans leur structure et dans leurs, instincts, et d'autre part que cesmodificationscontinues,« qui résultent en partie de l’action des milieux, des habitudes et de l’hérédité, ont pour cause principale, ou tout» au moins pour régulateur essentiel, le principe de Putilité. Tout changement plus utile à la vie d’un être à plus de chance de durer, et c’est dans cette survivance du plus apte que la sélection consiste. Ne vous demandez pas si la girafe a voulu allonger son cou, mais dites simplement que, si quelque être est apparu un jour d’une taille plus haute que la moyenne dans un pays où le feuillage des arbres est sensiblement élevé au-dessus du sol, cette inégalité était pour cet être favorisé une cause de survie, en sorte qu'elle a dû se perpétuer, s’ac-

(1) Un correspondant et adversaire de Darwin, très estimé de Darwin lui-même, le professeur Fabre d'Avignon, a tiré au contraire de l'observation directe des mœurs des insectes, dans ses Souvenirs Entomologiques (Delagrave, 1879, sqq.) une conclusion analogue à celle de Descartes ; les animaux sont des machines merveilieuses, ignorantes des merveilles qu’elles réalisent ; l'instinct ne résulte pas PT AIR Tire. progressives, mais d'un plan naturel, d'un décret de

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cumuler chez ses descendants et s’intégrer de plus en plus dans la forme actuelle des girafes. Et si la queue du même animal a l’aspect d’un chasse-mouche artificiel, c’est, dit Darwin, parce que les moustiques incapables de tuer les grands animaux peuvent tellement les affaiblir de leurs piqüres répétées que la possession d’un moyen de défense plus parfait était, pour laconquête des pâturages, un véritable élément de sélection naturelle. Ainsi Darvin renchérit en subtilité sur Lamarck ; la sélection est la machine de théâtre qui explique toutes les survies et par conséquent toutes les vies.

Toutes les choses se passent comme si l’adaptation au milieu et la concurrence pour la vie expliquaient outes les variétés actuellement existantes des races animales : le problème subsiste, après Darwin, de savoir si ces principes sont, en effet, des causes effilentes et purement mécaniques, dans le cours des -hoses naturelles, ou des causes idéales, et purement ormelles, dans la pensée de Dieu créateur : des facteurs -onstituants ou des idées directrices.

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