‹ Charles Darwin et ses précurseurs françaisChapitre 23 sur 24 · CONCLUSION GENERALE · texte numérisé non relu

CONCLUSION GENERALE

L’inconnu ! voilà, il faut bien le reconnaître, le désert sans lumières où s’égare la science quand elle entreprend de pousser jusqu’aux questions d’origine ses études sur les êtres vivants. A cela, il n’y a rien d’étrange. Il en est des œuvres de la nature comme des nôtres. Chez nous, les propriétés des objets produits et les procédés de production sont choses parfaitement distinctes. Il y a là deux ordres de faits entièrement différents; il est impossible déjuger de F un par l’autre. S’il n’a visité les hauts fourneaux et les ateliers, l’homme le plus instruit et le plus perspicace, mais étranger à l’industrie, ne devinera jamais comment on tire !e fer d’une sorte de pierre, et comment ce fer, transformé en acier, devient plus tard un ressort de montre ou une

aiguille. Pourtant il connaît ces objets bien mieux que le naturaliste ne connaît la plus humble plante ou le dernier des zoophytes.

Voilà où nous en sommes quand il s’agit des organismes vivants. Nous les étudions tout faits : nous n’avons pu pénétrer encore dans l’atelier d’où ils sortent ; nous ne pouvons donc rien dire sur les procédés de formation.

Tel est le dernier mot de cette longue étude. Ce n’est pas sans regret que je l’écris. Jene serais pas démon temps si je ne comprenais et ne partageais la curiosité anxieuse avec laquelle tant d’intelligences élevées ou vulgaires interrogent aujourd’hui la création au nom 'de la science sur les secrets de son origine et de sa fin. Avouer que le savoir humain ne peut pas même encore aborder ces problèmes m’est aussi pénible qu’à tout autre. Pourtant une pensée’ adoucit ce qu’a d’amer ce sentiment d’impuissance. Nous frayons, j’aime à le croire, la route à de plus heureux; nous recueillons peut-être quelques-unes des données nécessaires à la solution de ces questions insondables pour nous.

Tout humble quelle paraît à certains esprits, cette tâche a bien sa grandeur et ses charmes. C'est la tâche du pionnier.

Mais si nous voulons vraiment préparer l’avenir, sachons réprimer nos ardeurs et nos impatiences. Usons avec gratitude du trésor de savoir positif amassé par nos devanciers ;

Page 1