ACTIONS DU MILIEU. — SÉLECTION
POUVOIR OÈ LA IflAtURE ET BE L'HOMME. — CONCLUSlONi
Yariétéf race, espèce, telle est la filiation qu'on( suivie, d'après les doctrines de la transformation lente, toutes les formes vivantes issues des protQH)rganismes de Lamarek OU du prototype de Dan¥in« Arrêtons-nous un instant à chacune des trois étapes assignées par ces théories à cette évolution pi ogressive^ en nous attachant surtout à Tbistoire des animaux,
J'ai déjà dit comment le natm'aliste français explique l'apparition de la variété. Le désir, le besoin^ développés sous rinfluence des conditions eitérieures^ sont les premières causes delii inodification d'une forme préejustaute ;
300 DISCtJSSION DES DOCTRINES TRANSFORMISTES.
Thabitude leur vient en aide ; l'hérédité, accumulant des effets inappréciables dans chaque génération considérée isolément, rend manifeste des changements d'abord insensibles.
De pareils phénomènes supposent, on le voit, des individus déjà entrés dans la vie active et dont tous les organes sont par conséquent bien formés. Ils sont impossibles chez l'embryon. Selon Darwin, qui accepte ici la manière de voir de Geoffroy Saint-Hilaire, c'est au contraire chez ce dernier que se manifestent les variations initiales. Selon lui encore, ces variations ont d'ordinaire pour cause une altération des organes reproducteurs mâles et femelles, altération existant avant l'acte de la conception. Les changements de types remonteraient ainsi aux parents eux-mêmes. — 11 est certainement possible que cette explication ait quelque chose de fondé. Pourtant, lorsque Darwin invoque à l'appui de son opinion l'mfécondité d'animaux réduits en captivité, et qui, bien portants d'ailleurs, cessent de se reproduire, l'analogie me paraît bien vague et bien lointaine.*
Dans toute cette partie de son livre, le savant anglais cherche à diminuer le plus possible le rôle joué par le milieu extérieur dans la production des variétés. — Il me semble difficile d'acce4)ter ses restrictions sur ce point. Les observations faites par Geoffroy jusque chez l'homme luimême, les expériences qu'il avait commencées sur les œufs
LE MILIEU, l'homme ET LA NATURE. 3Ô1
de poule et que M. Dareste (1) a reprises avec tant de persévérance et de talent, ont incontestablement mis hors de doute Faction exercée par les agents du dehors. En faisant simplement varier Tîntensité ou le mode d'application de la chaleur, le second de ces expérimentateurs en est arrivé à produire presque à coup sûr la plupart des monstres à un seul corps qui peuvent se présenter chez les oiseaux, à reconnaître le mécanisme de leur formation et Tenchaînement des altérations les plus légères aux déformations les plus graves. On ne saurait nier ici l'action directe de l'agent extérieur sur le germe lui-même en voie de développement, et évidemment les modifications tératologiques ainsi obtenues sur un œuf sont indépendantes de toute action venant des parents.
Or, Darwin lui-même reconnaît le lien intin^ qui rattache la variété à la monstruosité. Celle-ci n'est bien souvent que l'exagération de celle-là. Des causes sans cesse en action, et que nous voyons être assez puissantes pour déformer complètement les organismes, doivent à plus forte raison les faire souvent varier. Les poulets créoles perdant leur duvet de naissance et restant nus jusqu'à l'apparition des vraies plumes, les cochons sauvages des hauts
(1) Les recherches de M. Dareste ont été commencées il y a près de quinze ans. Les résultats en ont été communiqués à TAcadémie des sciences à diverses reprises et sont dispersés dans plusieurs volumes des Comptes rendus»
SOS msGtnttoi,iM|i vgonina TRAHstoiiiisTEs.
plateaux den CordiUères acquérant au contraire une espèca de laine sous Tactlon d*un froid modéré, mais eontimi^ nous founiissent des exemples de ce phénomène (1).
C'est donc aux actions de milieu, s'exerçant immédiate «^ ment sur Tembryon des ovipares, et par Tintermédiaire de la mère sur eeiui des vivipares, que nous reporterons génér ralement les modifications individuelles qui constituent les variétés.
Du reste, les explications peuvent différer ; le fait lui* même est indiscutable. Quelles que soient les théories, tous les naturalistes sont ici d'accord. Ces modifications peuvent toucher à la monstruosité ou bien être à peine asseE accentuées pour se distinguer des traits individuels. Dans le premier cas, si elles se pn^agent par lagénérati£»i, elles constituent d'emblée une race, et parfois une de celles qui s'éloignent le plus du type spécifique.
De pareilles races très^anor maies se sont produites peut-être même en dehors de Taction de l'homme. Telle pourrait bien être l'origine de la race de boeufs gnaiei^ littéralemoot bœufs camards, et qu'on aurait pu sqmmer À juste titre bœufirdogues^ car ils présentent dans lewes* pèce les traits caractéristiques de ce chien. Cette race, dont j'ai déjà parlé, paraît s'êti'e formée parmi les troupeaux
(1) JMbMreAM fur fMflçuM ektm gt m imtt obtirvéi jitmi ki âmmaux i»^ mmiqu/tt trantporlét iê Vanden fmmdt Aans 1$ nouveau CQnHnmit f» M. Roulin. (Mémoires des savants étrangers à l'Académie des science§, U V.)
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à demi sauvages dds Indiens db sud de la Plata. Bile a la taille moins élevée, les formes plu» trapues que les autres raees du pays. La têtd, le museau surtout, sont considérablement raeeourcis; la mAchoire inférieure dépasse la supérieure, et la lèvre, fortement relevée, laisse les dents à nu. A ces caractères extérieurs correspond une charpente osseuse qu'Owena fait connaître (1), et dont cm peut résumer les caractères en disant que, dans la tète du gnato, presque pas un os ne ressemble à l'os correspondant du bœuf ordinaire. Il est assea difilcile de croire que personne ait Jamais eu intérêt à conserver et à multiplier cette forme semi-monstrueuse du bœuf, qu'on s'est mis à détruire dans le bassin de la Plata dès qu'on a donné des soins plus réguliers à l'élevage du bétail. Les gnatos se sont proba-^ bleraent développés tout à fait spontanément.
Il n'en est pas ainsi des anconson moutons-loutres. Ceux* cl proviennent d'un bélier né en 4761 dans la ferme de Seth-Wright (Massachusetts). Cet animal possédait les proportions Men connues du chien basset. La brièveté de ses membres, l'empêchant de franchir les clôtures, présentait un avantage. On l'employa comme reproducteur, et quelques anné^ après ses d^sci^ndauts formaient une race parfaitement assise (S). Ici l'homme wi intervenu et a em-
(1) Cataiogne ietcfipHf âe la edheHon oHéohgiquô du CéUég9 dêê vhirvrglmt,
(2) Prkhard, Histoire naturelle de Vhommey 1. 1.
30A DISCUSSION DtB OOCTftmËS TRANSFORMISTES.
ployé la sélection. Il a agî de même pour les moutons mauchamp^ que M. Graux a obtenus d'un bélier né en 1828 au milieu d'un troupeau de mérinos ordinaires, avec une toison soyeuse au lieu de laine proprement dite (1). Aujourd'hui non-seulement cette race est entièrement constituée; mais de plus elle a donné naissance à des sous-races déjà distinctes. Si M"'' Passy avait conservé et élevé ses poulets couverts d'un duvet « si épais et si doux, qu'il res- » semblait au poil d'un chat » et se laissait peigner avec un peigne fin, nous aurions certainement une race galline de plus, extrêmement curieuse et dont nous connaîtrions exactement la date de naissance (2).
De pareils faitsjettent un jour très-grand sur la plupart des questions que soulèvent l'origine et la nature de la race. L'analogie autorise évidemment à admettre que ce qui s'est passé dans une espèce peut se reproduire dans une autre espèce appartenant au même type général. La variabilité, les lois de Thérédité agissant soit librement, soit sous la direction de l'homme, suffisent donc pour expliquer l'ap*
(1) Bulletin de la Société d*acclimalaiAon, t. I.
(2) C'est en 1852, dans ses couvées d'arrière-saison, que M"»« Passy vit apparaître un assez grand nombre d'individus présentant ce singulier caractère. Malheureusement elle les sacrifia, craignant de compromettre la pureté de sa belle race cochinchinoise [Bulletin de la Société d' acclimatalion, 1854). Le même phénomène paraît s'être produit la même année chez M. Johnslon.