TRANSFORMATION BRUSQUE
demment rien de plus précis. Enfin M. Daily, en se séparant de Darwin dans sa dernière publication, en se déclarant transformiste y dans le sens général du mot, n'a pas été et ne pouvait être plus explicite que ses illustres devanciers (1).
Ce mélange de vague et de hardiesse a ses avantages et ses inconvénients. Toutes les hypothèses qui admettent la brusque séparation des espèces échappent évidemment aux objections tirées de la physiologie. Elles sont en dehors des faits qui rendent inadmissibles les théories reposant sur une transformation lente. La distinction entre l'espèce et la race peut s'accorder avec elles. L'oiseau sorti de l'œuf pondu par un reptile est tout aussi distinct de ce dernier que s'il n'existait entre eux aucun lien de filiation. Les espèces, même voisines, formées par ce procédé se trouvent constituées du premier coup avec tout ce qui les caractérise. Par conséquent, l'infécondité de leur croisement n'a plus rien d'étrange ; et, quels que soient leurs rapports de parenté, la barrière qui les sépare est aussi parfaite que si elles étaient apparues isolément. A ce point de vue, la conception de Geoffroy et celles qui reposent sur la même donnée fondamentale l'emportent sur celles de Lamarck, de Darwin et de leurs disciples.
Ajoutons qu'en se rattachant aux phénomènes de l'embryogénie et de la tératologie, l'illustre auteur de la Philo-
(1) L'ordre des Primates et le transformisme.
3A2 DISCUSSION OBS DOGTRIHES TRÂNdPORMISTES.
Sophie anatoniique pouvait Invoquer des analogies que les progrès de la science n'ont fait que confirmer* Mieujt encore qu'au temps de Geoffroy, nous savons que la caractérisation des types remonte aux premières périodes du développement embryonnaire, et que les monstruosités datent des moments où s'ébauchent les grandes lignes de la future organisation. Les belles et persévérantes recherches de M. Dareste ont bien montré comment une circonstance physique tout extérieure, agissant sur un organisme en voie de se constituer, peut déterminer une déviation des forces formatrices dont l'importance n'apparaît tout entière que par les conséquences qu elle entraîne. Entre la forme normale et les formes tératologiques résultant de ce qu'on pourrait appeler un accident régularisé^ il n'y a rien qui rappelle ces nuances intermédiaires qu'exige la théorie de Lamarck; tout conclut en faveur de Geoffroy. Enfin si celui-ci avait connu la manière dont ont pris naissance les races de bœufs gnatos^ les moutons ancon et mauchamp^ il n'eût pas manqué de faire remarquer que ces déviations du type s'étaient accusées brusquement, sans transition qui rattachât ces formes al[)errantes à leurs uoètres, à leurs parents immédiats.
Toutefois ce dernier argument est en quelque Sorte une arme à deux tranchants. S'il est de nature à être opposé aux idées de Lamarck, il peut également être retourné contre celles de Geoffroy. Quelque exagérées que soient les ano-