INSTALLATION A DOWN
enfant, dont, en vrai naturaliste, il fait aussitôt un sujet d'observations, et ses notes sur le développement des expressions de ce jeune être deviennent le germe de son livre sur l'Expression des Émotions. Mais sa santé ne s'accommode pas de la vie de Londres ; sa femme, d'ailleurs, ne se plaît que médiocrement dans cette ville enfumée : tous deux songent à habiter la campagne.
En se fixant à Down, Darwin comptait bien ne pas abandonner tout à fait la vie de Londres : « J'espère, dit-il, qu'en allant à Londres une fois tous les quinze jours, ou toutes les trois semaines, j'entretiendrai mes relations scientifiques et mon zèle, et que je ne deviendrai pas tout à fait une brute de province. i>
Mais, en réalité, à mesure que le temps s'écoule, les visites à Londres deviennent de plus en plus rares, en raison de sa santé principalement et de son travail.
Le choix de Down fut le résultat du désespoir plutôt que d'une préférence marquée : fatigué d'avoir longtemps cherché en vain, il prit la première maison qui lui convint tant soit peu. Down est un village fort tranquille et retiré, sur un plateau de 300 mètres d'altitude, voisin de Londres. La maison est simple, si simple qu'il faut, dès le début, y lEaire des additions.
C'est à Down que s'écoulera maintenant et que
s*achèvera la vie de Darwin; il ne s'absentera que rarement, à de longs intervalles, et pour raisons de santé principalement, ou pour faire des visites à sa famille et à ses amis. La vie y. est tranquille, mais sa régularité, sa méthode ont quelque chose de très attachant, et il nous sera permis de nous arrêter un peu sur ce sujet. Rappelons seulement que cette esquisse se rapporte plutôt à la vie de Darwin parvenu à l'âge mûr et dans sa vieillesse, qu'à celle qu'il menait dans les premiers temps de son installation. Les éléments nous en sont fournis par les réminiscences de Francis Darwin, qui, dans un chapitre très intéressant, nous a donné tous ses souvenirs personnels concernant la vie quotidienne de son père.
Darwin était de haute taille, mais de carrure moyenne, un peu voûté dans ça vieillesse, à mouvements plutôt gauches. Il était maigre. Son front, fort élevé, abritait des yeux bleu gris enfoncés sous des sourcils touffus; il portait une longue barbe, très fournie, mais devint chauve. Son vidage était coloré, même lorsqu'il était le plus souffrant, et le contraste entre son état intime, réel, et son apparence extérieure était souvent extraordinaire. Son vêtement était toujours sombre, de forme aisée ; il portait un chapeau de paille ou de feutre mou, selon la saison, Qt, pour sortir, jetait sur ses épaules un manteau court, sans manches, qu'à l'intérieur il remplaçait par un châle. Étant assez frileux, il por*
Fig. 1* — Résideune du C ENinvii^ à Down,
tait sur ses chaussures d'intérieur des bottes de drap fourré; mais souvent, au cours de son travail, on le voyait enlever ces additions au costume normal : il avait trop chaud, et cela indiquait une lutte plus vive entre l'écrivain et son sujet.
L'emploi de la journée est très méthodique à Down : Darwin se lève tôt et fait une courte promenade. Avant huit heures, il a déjeuné; de huit heures à neuf heures et demie, il travaille ; à neuf heures et demie, il vient au salon pour le courrier, qu'il lit, après quoi on lui fait une lecture à haute voix jusque vers dix heures et demie. C'est toujours une lecture de roman. De dix heures et demie à midi, il travaille encore, et c'est généralement dans sa vieillesse la fm du labeur quotidien. Il sort alors, le plus souvent avec son terrier blanc, Polly, animal fort intelligent auquel son maître est très attaché. Polly est une rusée qui sait suivre ses avantages. Lorsqu'elle a faim et que son maître vient à passer, la voilà qui se met à trembler, à geindre, à prendre une expression misérable, sachant bien que son maître ira déclarant partout qu'elle « meurt de faim », ce qui ne peut qu'être profitable à ses intérêts à elle, Polly. Cette promenade conduit Darwin à la serre d'abord, où il va visiter les plantes en expérience, puis dans un champ qui a été spécialement arrangé en promenoir, ou encore, au dehors, dans la campagne. Le plus souvent c'est au promenoir qu'il