CHAPITRE I
Charles Darwin est un des plus grands, penseurs qui aient encore vécu, un des hommes qui ont le plus profondément remué et fécondé le champ de la pensée humaine. Il n'eut jamais d*autre culte que celui de la science, il ne rechercha ni gloire, ni honneurs, content de tracer, dans une vie paisible et austère, son sillon large et profond, sans crainte, sans émoi, ne voyant, n'aimant, ne poursuivant que la vérité. Sa vie présente un charme puissant, celui qui résulte de l'alliance de la grandeur de la pensée avec la simplicité du cœur, la modestie et le naturel, alliance trop rare, et que Ton prise doublement en raison de sa rareté même. A la connaître, on éprouve bientôt que l'affection^ la sympathie, le disputent à l'admiration. Cette vie a été racontée d'une façon très complète dans une volumineuse et précieuse publication, intitulée Vie et Correspon-
dance de Charles Darwin *, par Francis Darwin, l'un des fils du grand naturaliste. C'est à celle-ci que sont empruntés les détails qui vont suivre. Toutefois, l'impression de vive affection et de sympathie profonde que l'on éprouve bien vite pour . . . celui à Ja njQmpire duquel ces pages sont consacrées, *vVest pâ6 te^Tésuftat d'un artifice, 4'we habileté du : • .-Çitjf^çâplïô^ qui/vdans le cas actuel, pourrait être suspect en sa qualité de fils. Ce n'est en effet qu'une autobiographie que cette vie de Darwin, une autobiographie écrite au jour le jour, composée de lettres intimes, adressées à des savants tels que Lyell, Hooker, Gray, Huxley, à des amis d'enfance, et dans lesquelles Darwin se révèle en toute simplicité, avec tout son naturel. Mais c'est aussi ce qui permet au lecteur de s'abandonner en toute confiance à son impression. Il sait que les pièces qu'il a sous les yeux sont authentiques et que l'on ne cherche point à surprendre sa religion.
L'œuvre de Francis Darwin comprend trois éléments distincts : une autobiographie de quatre-vingts ou quatre-vingt-dix pages, écrite par Charles Darwin lui-même pour ses enfants; des souvenirs personnels, répartis en différents chapitres, de ceux-ci et de son fils Francis en particulier; enfin — et c'est la partie la plus importante — des lettres de
1. Deux volumes in-8 de 1500 pages, traduits par H. de Varigny. Paris, Reinwald, 1888.