‹ Charles DarwinChapitre 28 sur 90 · ÉBAUCHES DE L' « ORIGINE DES ESPÈCES · texte numérisé non relu

ÉBAUCHES DE L' « ORIGINE DES ESPÈCES

Comment les interpréter? A son retour en Angler terre, en 4837, il voit bien que la théorie acceptée de rimmutabilité des espèces est le point délicat des doctrines zoologiques, et cela le conduit à étudier les bases sur lesquelles elle repose. Dès le mois de juillet 1837 il écrit dans son Journal : € En juillet, commencé mon premier livre de notes sur la mutabilité des espèces. J'avais été très frappé, dès le mois de mars précédent, du caractère des fossiles de rAmériqûe du Sud et des espèces des îles Galapagos. Ces faits, les derniers surtout, origine de toutes mes vues. » Il se mit à lire tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la question, s'occupant beaucoup, avec raison, des variations provoquées par la domestication, et notant tous les faits connus. Il y a certainement, dans la première édition du Voyage d'tm naturaliste , des passages indiquant que ridée de la mutabilité des espèces obsédait déjà Tesprit de Darwin durant son voyage; mais ce qui est plus intéressant, c'est la comparaison des deux éditions de cette œuvre : on y trouve des différences marquées, et nombre de passages, que M. F. Darwin a su bien choisir et mettre en relief, indiquent combien cette idée s*est imposée à lui dans l'intervalle qui les sépare. C'est de 1836 à 1839, en eifet, que la théorie de Torigine des espèces s*esf développée et a pris corps dans la pensée de Darwin. Plus intéressant encore est l'examen d'un livre de

notes rédigées de juillet 1836 à février 1838. La lecture en présente un puissant intérêt; on voit, par les passages qui nous en ont été conservés, tous les progrès de la pensée de Darwin, ses doutes, ses hésitations et aussi sa conviction croissante : toute Y Origine est là en germe.

£n 1842, puis en 1844, Darwin rassemble ces notes, ou plutôt les condense en essais demeurés inédits, dont le dernier seul, celui de 1844, existe encore. Ce travail, de 231 pages in-folio, divisé en deux parties, coïncide assez étroitement avec YOrigine des Espèces : la répartition seule des matières en varie sur quelques points. Craignant que sa santé ne lui permette pas d'achever Tœuvre ébauchée, Darwin nous a laissé de cette époque un document fort intéressant, une sorte de lettre-testament adressée à sa femme, et dans laquelle il la prie; au cas où il viendrait à mourir sans avoir pu achever son œuvre, de veiller à ce que son esquisse soit publiée par les soins d'une personne compétente, Lyell, Hooker, Forbes ou Henslow, par exemple, qui se chargerait, moyennant un legs spécialement affecté à cette destination, de revoir ce travail, et, au besoin, de le compléter avec des documents non encore utilisés, mais classés et réunis par Darwin. A cette époque (1844), la théorie de la variabilité des espèces est très nette dans son esprit et il ne veut pas que son labeur demeure inutile.

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