POLYMORPHISME FLORAL
(style long, par pollen d'étamine courte, par exemple) peut atteindre celle de 100 à 50. Il faut noter que non seulement les différences de longueur des styles et étamines tendent à favoriser la fertilisation croisée (qui s'opère par les insectes), celle-ci est encore facilitée par le fait que le pollen des fleurs à style moyen possède un pouvoir fécondant moindre ; pour Darwin, les fleurs à style moyen tendent à l'affaiblissement de la puissance fécondante des organes mâles.
Un des points les plus intéressants de l'étude de Darwin sur les plantes dont nous parlons, c'est la comparaison qu'il fait des semis des graines obtenues par fertilisation légitime, avec ceux des graines résultant de la fertilisation illégitime. Il arrive à la conclusion que les semis illégitimes rappellent beaucoup les hybrides d'espèces différentes à divers points de vue, et cette conclusion est d'un appui puissant à la théorie de l'avantage du croisement et des inconvénients de la fertilisation directe. En effet, les plantes illégitimes (nées des graines obtenues par fertilisation directe) présentent tous les degrés de la stérilité, depuis le simple affaibHssement du pouvoir réproducteur jusqu'à la stérilité complète , comme les hybrides^ Comme chez ceux ci encore, la stérilité reconnaît pour cause surtout une altération des organes mâles. Il y a d'autres analogies : les plantes illégitimes sont souvent très florifères, comme les hybrides; plantes illégitimes et hybrides
sont plus fécondes avec l'un de leurs parents qu'avec leurs frères ou sœurs; si les graines hybrides ou illégitimes sont nombreuses, la stérilité est moindre que si elles sont rares; etc. Bret, un nombre sérieux de caractères importants rapproche beaucoup les hybrides et les plantes illégitimes. Ce fait est d'un grand intérêt, car Darwin en tire la conclusion que le critérium adopté pour différencier les espèces n'est pas valable. Comment distingue-t-on deux espèces? En voyant qu'elles ne sont point fertiles entre elles. Ce caractère est insuffisant, dit Darwin, puisque nous voyons des formes d'une même espèce être peu fertiles ou stériles entre elles. C'est dire que la stérilité et la fertilité dépendent d'une différence non d'espèces, mais simplement de structure des organes reproducteurs, et c'est là un fait d'une grande importance. f
Nous avons vu plus haut, à propos de la fertilisation directe et croisée, que ce dernier mode de fécondation est favorisé par différentes conditions. Ici le pollen et les ovules viennent à maturité à des époques différentes dans une même fleur; là la fécondation directe demeure stérile; ailleurs le ^ pollen étranger l'emporte sur celui de la môme fleur; d'autres fois, la fleur présente une organisation parfois très compliquée pour faciliter l'accès des insectes et la fertilisation croisée, et cela au détriment de la fertilisation directe. L'hétérostylie est.
Fig. 8. — Diagn^amme des fleurs dans les trois formes du Lythrum saticaria. A, forme à long style; B, forme à style moyen ; C, forme à style court. Les lignes ponctuées avec flèches indiquent les unions qui doivent être réalisées pour assurer la fécondité complète. (D'après Dar-win, Formes deê fleurs^ p. 145.)
elle aussi, un des moyens employés par la nature pour prévenir la fertilisation directe, et faciliter la fécondation croisée. Ce fait, ajouté aux précédents, contribue à démontrer avec plus de force encore, appuyé qu'il est sur des chiffres et sur des expériences, combien la fertilisation croisée est avantageuse et utile. Cette dernière idée a été soutenue avec un talent infini par le grand naturaliste anglais, et a ouvert des voies nouvelles à la science, en montrant combien les faits relatifs à la reproduction des végétaux sont moins simples qu'on ne le soupçonnait, et combien est grande la variété des moyens qu'emploie la nature pour parvenir à une même fin. Lés recherches de Darwin seront certainement, un jour, le point de départ de découvertes nouvelles et du plus haut intérêt philosophique sur les questions si ardues de l'espèce, de la reproduction et de l'hérédité.
Pour terminer l'analyse de l'œuvre botanique de Parwin, œuvre admirable pour un homme qui n'était point botaniste de profession, il nous faut signaler encore divers travaux encore inédits. L'un d'eux concerne l'enveloppe cireuse qui revêt beaucoup de feuilles, comme celles du chou, et qui leur donne un aspect tout particulier quand elles sont plongées dans l'eau. Darwin s'est beaucoup préoccupé du rôle et de l'utilité de ce revêtement, qu'il croyait destiné à protéger les feuilles contre l'eau, mais ses