‹ Charles DarwinChapitre 9 sur 90 · PROJETS DE VOYAGE · texte numérisé non relu

PROJETS DE VOYAGE

le familiariser avec la géologie, à Tétude de laquelle Henslow le poussait fort, il trouva à son retour, à Shrewsbury, une lettre de Henslow contenant une intéressante proposition qui cadrait bien avec les désirs de voyage du jeune naturaliste. En avril 4831, en effet, il écrivait à Fox : « J'ai en tête — que je parle, pense ou rêve — un projet que j'ai presque amené à éclosion, qui consiste à aller aux îles Canaries. Depuis longtemps je désire voir un paysage et la végétation des tropiques, et, selon Humboldt,Ténériffe est un fort joli échantillon. » En mai, de nouveau : « Quant à mon projet concernant les îles Canaries, il est téméraire de me questionner; mes amis voudraient m'y voir, tant je les harcèle de mes paysages tropicaux, etc. Eyton ira l'été prochain, et j'apprends l'espagnol. »

La lettre en question informait Darwin que G. Peacock, professeur d'astronomie à Cambridge j venait d'écrire à Henslow pour le prier de lui recommander quelque jeune naturaliste qui pût accompagner une expédition hydrographique à la Terre de Feu et dans l'archipel Indien, pour faire des études d'histoire naturelle, et Henslow avait pensé à Darwin.

« Peacock m'a demandé — il lira cette lettre et vous renveri*a de Londres — de lui recommander un naturaliste qui accompagnerait le capitaine Fitz* Roy, chargé par le gouvernement de reconnaître

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les côtes sud de l'Amériqae. J'ai déclaré que je vous considérais comme la personne la plus capable de mener à bien cette tâche.

« Ce n'est pas que je vous considère comme un naturaliste achevé^ mais je sais que vous pouvez collectionner, observer et noter ce qui est digne d'être enregistré en histoire naturelle. »

Henslow répondit à Peacock que Darwin pourrait lui convenir, et Peacock écrivit bientôt à ce dernier, lui donnant les détails de Taffaire. Darwin en référa à son ami Henslow, à son père et à son oncle Josiah Wedgwood. Henslow l'engageait vivement à accepter. Lui-même sentait combien l'offre était avantageuse, mais le docteur Darwin y était opposé pour différentes raisons : il considérait que ce voyage enlèverait à son fils le goût des habitudes sédentaires et interromprait bien inutilement sa préparation aux ordres.

Le jeune homme consulta son oncle Wedgwood.

Il lui adressa la liste des objections formulées par son père en lui demandant son avis sur la matière. Le docteur Darwin avait grande confiance dans le jugement de son beau-fi:ère,et s'en rapportait volontiers à ce qu'il disait. La lettre de Josiah Wedgwood fut très favorable au projet. Le docteur Darwin se rendit aux raisons qui lui étaient données et accorda son consentement. Pour le décider, son fils lui disait^ faisant allusion à ses dépenses un peu exa-

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gérées à Cambridge, « qu'il lui faudrait être diablement habile pour dépenser plus que sa pension à bord du Beagle ». A quoi le père riposta, avec un sourire d'homme qui sait ce qu'il dit : « Mais on m'assure que vous êtes très habile sous ce rapport ». Fort du consentement paternel, le jeune Darwin écrivit à Henslow pour lui annoncer sa décision, et se rendit à Cambridge pour savoir si la place était encore libre, prendre ses arrangements pour le voyage et élucider un certain nombre de points importants* Il fit la connaissance de Fitz-Roy, le commandant de l'expédition, homme très jeune encore — il n'avait que vingt-quatre ans I — mais fort entreprenant et intelligent, et pour lequel il se j)rit d'une vive affection.

Il alla aussi voir le Beagle. C'était un fort petit vaisseau de 242 tonnes, équipé en barque, portant six canons; on le classait dans la catégorie wdite des cercueilsy à cause de la fâcheuse tendance de cette sorte de navires à couler par le gros temps. L'espace y était restreint et mesuré avec une parcimonie extrême. L'équipement en était excellent, et l'équipage choisi avec grand soin; plusieurs des officiers arrivèrent par la suite à des positions éminentes. La mission du Beagle consistait à relever les côtes de Patagonie et de la Terre de Feu, du Chili, du Pérou et de quelques îles du Pacifique, et à faire une série d'observations chronométriques en

vue de déterminer la longitude de divers points du globe.

Fixé primitivement pour la fin de septembre 1831, le départ du Beagle ne s'effectua que fin décembre. La période d'hésitations, d'attente, de préparatifs, fatigua fort le jeune naturaliste : « Ces deux mois passés à Plymouth ont été les plus malheureux que j'aie vécus, bien que mes occupations y fussent très variées. J'étais attristé par la pensée de quitter toute ma famille et mes amis pendant une aussi longue période, et le temps me paraissait inexprimablement lugubre. Je souffrais aussi de palpitations et de douleurs au cœur; et, n'ayant acquis qu'un faible savoir médical , j'étais convaincu , comme tous les ignorants, que j'avais une maladie de cœur. Je ne voulus pas consulter le docteur, craignant d'entendre un verdict qui m'empêcherait de partir, et j'étais décidé à partir à tout hasard. »

Ce voyage fut certainement pénible pour le jeune homme; il souffrit du mal de mer à l'excès, et l'on a souvent attribué la mauvaise santé de Darwin aux épreuves que ce mal fit subir à son organisme. Les amiraux Mellersh et Sulivan, qui furent les compagnons de Darwin sur le Beagle^ où ils servaient en qualité d'officiers, ont donné le récit des souffrances du malheureux naturaliste. Son travail était constamment interrompu, et son énergie ne pouvait le soutenir toujours; il s'étendait dans son hamac et

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