C. Joyeux
R. Foca.
En janvier 1931, le comte Begouen visitait le Hoggar. Il a écrit une brève et intéressante relation de son séjour à Tamanrasset, où l’attirait surtout le souvenir de Charles de Foucauld. ( Journal des Débats, 2 février.)
La petite bâtisse en terre battue, que l’ermite a d'abord habitée, — simple couloir, on s’en souvient, divisé en trois parties, entrée au milieu, chapelle à gauche et chambre à droite, — est abandonnée complètement. Les murs s’effritent. Les deux piliers, devant la maison, sont encore debout, mais ils ne portent plus, depuis longtemps, la corde oh séchait le linge. Le grand arbre, l’unique, l’étel à l’ombre duquel Charles de Foucauld venait travailler au dictionnaire de la langue touarègue, a été abattu par l’orage, mais couché à moitié sur le sol, et raciné encore, il vit, il reste vert dans la fauve étendue.
« A quelques pas, se dresse le grand bordj historique du Père de Foucauld. C’est une grande bâtisse carrée en toub, flanquée de quatre tours aux angles. Les hauts murs sont percés de meurtrières. Devant la porte, un mur pareballes montre que nous sommes en présence d'une construction militaire. Ce sont, en effet, les officiers du fort Motylinski, qui avaient construit cette demeure pour le Père, afin qu’il pût y vivre à l’abri d’un coup de main.
Mais au milieu du mur, sur la crête, se dresse une petite croix, faite par le Père, de deux branches un peu tordues d’étel. On ne peut rien imaginer de plus poétique et de plus poignant que cette légère silhouette se profilant sur le ciel. L’officier qui nous fait visiter le bordj nous dit : « C’eçt, à Tamanrasset, tout ce qui nous relie à la civilisation chrétienne, mais elle nous y relie bien. »
C’est devant la porte, derrière le pare-balles, que le Père a été assassiné, comme on le sait, par un Senoussi. Jamais un Targui n’aurait commis ce crime. Les Touareg aimaient et vénéraient le Père comme un marabout, et ils conservent pieusement sa mémoire.
On se demande comment le Père de Foucauld s’est laissé si facilement surprendre. Il savait que des bandes de fanatiquelrparcouraient le pays. On l’avait mis en garde ; il oublia la précaution la plus élémentaire, de regarder qui frappait avant d’ouvrir. La porte d’entrée