‹ Charles de FoucauldChapitre 14 sur 20 · ÉTABLISSEMENT A0 SO€GA · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT A0 SO€GA

vant ici, — c'était à Dourit, à loo kilomètres au sud de Timiaouin, — j'ai promis un petit salaire pour les poésies qu'on m'apporterait ; cette promesse, en un temps où le pays est pauvre, a suffi pour remplir ma tente pendant un mois ; on m'a fait dire aussi, des douars voisins, qu'on y désirait ma visite, pour que les femmes pussent à leur tour me donner des po&ies. J'ai donc été plusieurs fois dans les douars, passant des heures sous un arbre ou dans une tente, au milieu de tous les enfants et les femmes, écrivant des vers et faisant de petits cadeaux. Je suis très heureux de cet apprivoisement qui s'accentue ; ce n'est qu'un premier pas, bien petit, bien humble, mais enfin, il fallait le faire pour faire tomber tant de préjugés, de répulsions, de défiances. Je ferai tous mes efforts pour achever, cette année, le lexique touareg-français. J'ai prié Laperrine de faire publier, par qui il voudrait, comme une chose lui appartenant, appartenant au commandant militaire des oasis, la grammaire touarègue et le lexique français-touareg, qui sont finis, ainsi que le lexique touareg -français auquel je travaille, et les poésies que j'ai collectionnées, à la seule condition que mon nom ne paraisse pas, et que je reste entièrement inconnu, ignoré. Je voudrais, l'année prochaine, n'avoir d'autre travail que la correction des saints Évangiles et des extraits de la Bible traduits précédemment, et ensuite n'avoir plus d'autre oeuvre que de donner l'exemple d'une vie de prière et de travail manuel, exemple dont les Touaregs ont tant besoin (i). »

Un peu plus tard, il ratera cette expresse recommandation : je veux demeurer inconnu. Son extrême humilité se révolte à l'idée que les oeuvres qu'il a composées puissent lui valoir quelque réputation. • Ce ne sont pas ces moyens-là que Dieu nous a donnés pour continuer l'œuvre du salut du monde. Les moyens dont il s'est

(i) Lettre au Père Guérin, 3» mai 100^

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a^rvi à la srèclae, à Nazareth, et sur ia Croix sont : pauvreté, abjection, humUiation, délaissement, persécution, sou&ance, croix. Voilà aos armes 1 Nous ne trouverons^ pas mieux que lui, et il n'a pas vieilli (i). •

Pr^e Cîiarles promettait un sou par vers, et tous les chants de guerre ou d'amour du peuple touareg, ceux d'un temps lointain difficile à préciser, et ceux d'aujourd'hui, ceux des poètes renonunés et ceux des inconnus, passaient une foïs de plus sur les lèvres ^*un rédtatemr, et, notés par un savant, changeaient de desti^iée, échappaient à l'oubli, nafesaient à la vie du livre qui les porterait ailleurs. Œu vie de science, indubitablemient^ mais pour l'apostolat. Les preuves abondent, dans la correspondance du Père de Foucauld, de cette volonté réfléchie et qui demeurera jusqu'au bout, de ne pas considérer comme un but ia possession et la vulgarisation de la langue touarègue : il a cherché, par tous moyens, ces âmes éloignées de nous qui étaient la paroisse de son àém l pour elles, aÛQ qu'elles fussent mieux connues, plus aimées, un jour mieux évangélisées, il a traduit leurs poésies ; afin qu'elles conxprissent k vérité révélée, il a entrepris la traduction de l'Écriture sainte i pour elles et pour ceux qui vk^ draient, après lui, instruire et sauver, il a composé sa grammaire et son lexique. Dans ks lettres de cette époque, il apparaît nettement qu'il travaillait avec l'espoir que les Pères Blancs, un jour, bientôt, commenceraient d'évangéliser ceux qu'il await rapprochés d'eux. La petite maison d'La-Salah serait lew gîte, au passage, autant qm son gîte à lui.

En sonunc, la tournée dans TAdrar et le Hoggar a été très heureuse. « Je p9^s«i encore quelques jpuirs au pâtu^ rage, avec k détachement* pour profiter de Ben Messis, et pousser les études touarègues avec lui ; dans quatre ou cinq jours, ja pait pour la-^tlah avec le capitaine Dina.ux

toujours parfait pour moi, comme tous ies Français du détachement. Aussitôt, je prendrai le chemin de Tamanrasset.

« Grâce aux Français du détachement, je n'ai jamais manqué de servant pour la messe, depuis mon départ d'In-Salah. Comment ferai-je à Tamaara^et?... C'est au divin Maître à ananger les choses (i)... »

La suite de œtte iettre au Père Guérin est une réponse, et on va voir Jusqu'où la charité conduit une âme d'apôtre : jusqu'à sacrifier la messe où k prêtre puisait la force pour répreuve quotidienne.

« La question que vous posez : vaut-il mieux séjourner au Hoggar sans pouvoir célébrer la sainte messe, ou la célébrer et n'y pas aller, je me la suis souvent posée. Étant seul prêtre à pouvoir aller au Hoggar, tandis que beaucoup peuvent célébrer le tr^ saint sacrifice, je crois qu'il vaut mieux aller malgré tout au Hoggar, laissant au bon Dieu le soin de me donner le moyen de célébrer, s'il le veut (ce qu'il a toujours fait jusqu'à présent, par les moyens les plus divers). Autrefois, j'étais porté à voir, d'une part, l'Infini, le saint sacrifice ; d'autre part, le fini, tout ce qui n'est pas Lui, et à toujours tout sacrifier à la célébration de la sainte messe. Mais ce raisonnement dut pécher par quelque chose, puisque, depuis les apôtres, les plus grands saints ont sacrifié, en certaines circonstances, la possibilité de célébrer à des travaux de charité spirituelle, voyage ou autre. Si l'expérience montrait que je puis avoir à rester très longtemps à Tamaiirasset sans célébrer, il y aurait, je crois, à y faire des séjours moins longs, non à se borner à accompagner des détachements, ce qui n'sst pas du tout la même chose que de résider seul; résider seul dans le pays est bien ; on y a de l'action, même sans faire grand'chose, parce qu'on devient « du pays » ; on y est si abordable et û « tout petit » L, Puis, à

Tamanrasset, il y a, même sans messe quotidienne, le très Saint- Sacrement, la prière régulière, les longues adorations, pour moi grand silence et grand recueillement, grâce pour tout le pays, sur lequel rayonne lli Sainte Hostie.

« J'ai regardé comme une grande grâce Tinstallation à In-Salah, plutôt pensant à l'avenir et à vous que pour moi. Sans doute, j'y passerai, aux allées et venues, plus longtemps que par le passé, et tâcherai d'avoir quelques relations avec les pauvres et de les habituer à la confiance envers le marabout, mais je suis moine et non missionnaire, fait pour le silence, non pour la p«u*ole, et, pour avoir influence à In-Salah, il faudrait entretenir des relations, aller voir et recevoir des visites, ce qui n'est pas ma vocation : je tâche seulement d'ouvrir un peu la voie à ce qui sera votre œuvre (i). »

Frère Charles retrouve donc sa plaine et ses montagnes d'horizon de Tamanrasset. On accourt aussitôt pour lui demander l'aumône, car le Hoggar soufîre d'une grande famine. L'ermite avait une provision de blé ; il la pille lui-même, en hâte ; il donne aux pauvresses qui tendent leurs écuelles vides ; il organise des dînettes d'enfants, et rassemble chaque jour les petits de la région, pour qu'ils mangent à leur faim. Il les sert, et il oublie de se réserver une part.

(i) Cette lettre da a juillet 1907 renferme encore ce passage, relatif à la publication des travaux préparés : « Motylinski était, depuis vingt-cinq ou trente ans, lié avec M. Basset, directeur de l'École des Lettres à Alger et savant de grande valeur en tout ce qui touche les choses arabes ou berbères. Ne doutant pas que ce ne soit lui qui publie les documents amassés par mon cher ami, je lui ai écrit, dès que j'ai appris la triste nouvelle, me mettant à son service pour lui envoyer, comme je le faisais pour Motylinski, tous les renseignements nécessaires pour compléter le travail. Je viens de recevoir sa réponse : c'est en effet lui qui publie tout ; il publiera, dans les œuvres de Motylinski, une petite grammaire, des lexiques, des dialogues, des textes. Vous save* dans quel sens, dans quelle pensée je m'en réjouis. J'ai exigé que nulle part mon aom ne fût prononcé, et o^'il ne fût pas plus question de moi qne si je n'existais '-'**. »

^'ÉTABLISSEMENT AU HOGGAR 349

Une chose Tinquiète, et justement : la tentative que fait Moussa pour islamiser le Hoggar. « Profitant de ce que Torganisation du Hoggar, restée jusqu'ici un peu flottante et incertaine, est plutôt celle d'un petit royaume ^'administrant lui-même que celle d'un pays directement administré par nous, il a hâte de l'organiser en pa}^ musulman.

« D y a deux ans, anarchie complète : ni commandement, ni obéissance, pillage partout, religion nulle. Aujourd'hui, on obéit à Moussa ; il répartit l'impôt, nomme les chefs subalternes, se fait obéir, lève des forces armées, interdit, sous des peines très sèvres, les pillages, vols, meurtres ; il a établi un cadi pour juger tout selon le droit musulman. Il va construire à Tamanrasset, dont il fait sa capitale, — faut-il fuir en un lieu plus désert, ou voir la main de Jésus rendant l'influence plus facile ? — une mosquée et une zaouia. On va prélever la dîme religieuse dans tout le Hoggar, pour l'entretien de cette zaouia où probablement siégera le cadi, où des tholbas du Tidikelt ou du Touat enseigneront le coran, la religion, l'arabe aux jeunes Touaregs. C'est l'islamisation du Hoggar, et par là même des Taïtoq. C'est un fait très grave. Jusqu'à présent, les Touaregs, peu fervents musulmans, faisaient facilement connaissance avec nous, devenaient très familiers et très ouverts. Une fois que ce très mauvais esprit, très étroit, très fermé, si plein d'antipathie pour nous, des gens du Touat et du Tîdikelt, les aura pénétrés, les tholbas enseignant les enfants, ce sera bien difîérent, et U est à craindre que, dans quelques années, la population du Hoggar ne nous soit bien plus hostile qu'aujourd'hui ; aujourd'hui, il / a chez elle défiance, crainte, sauvagerie ; dans quelques années, si l'influence musulmane touatienne prend le dessus, ce sera une hostilité profonde et durable.

« Comme je vous le disais, Tamanrasset tend à devenir la tête musulmane du Hoggar, la capitale de Moussa.

3S<3 CHARLES BE FOUCAUlt»

Moussa y fait de gros travaux de culture : y a désontoais '^es champs et ses jardins | il campe habituellement à ;)î"cx imité;... il va y établir un marché perpétuel avec boutiques <l)... »

Frère GharleSk témoin de ces essais d'organisation et d'enseignement islamique, et souffrant donc dans son amouj de la vérité catholique et de la chère France colonisatrice. Frère Charles, qui p«isse des mois sans recevoir des nouvelles d'Europe, car les courriers sont encore bien in éguliers, Frère Charles, privé de la messe, parce qu'il n'y a pas de servant, écrit à son beau-frère, le 9 décembre 1907 : « Je suis heureux, heureux d'être aux pieds du Saint- Sacrement à toute heîire, heureux de la jgrande solitude de ce lieu, heureux d'être et de faire, — sauf mes péchés et mes misses, ■— ce que veut Jésus ; heureux surtout du bonheur infini de Dieu. S'il n'y avait pas cette source intarissable de bonheur et de paix, le bonheur et la paix infinis, éternels, immuables, du Bien -Aimé, le mal qu'on voit autour de soi de toutes parts, et aussi les misères qu'on voit en soi-même, conduiraient vite à la tristesse. ^, dans les pays chrétiens, il y a tant de bien et tant de mal, pensez à ce que jxïuvent être ces pa}^, où il n'y a pour ainsi dire que du mal, d'où le bien est à peu près totalement absent : tout y est mensonge, duplicité, ruse, convoitise de toute espèce, violence, avec quelle ignorance, et avec quelle bartxarie 1 La grâce de Dieu peut tout, mais en face de tant de misères mo* raies,... on voit bien que ks moyens humains sont impuissants et que Dieu seul peut opérer une si grande transformation. Prière et pénitence ! Plus je vais, plus je vois là le moyen principal d'action sur ces pauvres âmes. Que fais- je au mUieu d'elles? Le grand bien que je fais est que ma présence procure celle du Saint-Sacrement... Oui, il y a au moins une âme, entre Tombouctou et El-

(t} lettre an P^e Guérin, *z juillet Z90f«

h ÉTABLÎSSEMEHT AU ËÔ<f€ÂR 351

Goléa, qui adore et prie J^tïs. Enfin ma présence au milieu des indigènes les femiliarise avec les chrétiens et particulièrement avec les prôtreâ... Ceux qui me suivront trouveront des esprits moins défiants et mieux disposés. C'est bien peu i c*est tout Ce qu'on peut présen tementî vouloir faire plïfâ compromettrait tout pour Tavenir. »

n ne varîe point ûmm sa volonté de demeurer là ; malgré l'épreuve, il n® cherche pas à se rapprocher des points du Sahara oà il y a des chrétiens, des servants de messe, des conversations à la mesure de son esprit. Obstiné dans le devoir, il refuse des propositions de voyage qui lui sont faites : « Que la volonté du Bien-Aimé soit bénie en tout î Pour moi, je vols bien que c'est sa volonté que je reste ici jusqu'à ce que le lexique soit terminé, car c'est un travail de première nécessité pour les ouvriers q\ii suivront... De plus, il produit un bien inattendu: enfermé avec un Touareg teès intelligent et très bavard (le khodja de Moussa), du lever au coucher du soleil, j'apprends bien des choses, et ai l'occasion de lui en apprendre beaucoup et de rectifier, en bien des points, non seulement ses idées, mais celles des autres, car les paroles courent. Que de sa crèche, le Bien-Aimé vous bénisse ! Que sa volonté se fasse en Afrique, comme elle se fait au cid, après une si longue nuit (i) î »

Néanmoins, cet homme que la paix met au-dessus du découragement ae demeure point pour cela insensible. 11 ne serait pas homme s'il était sans gémissement. J'ouvre le diaire ou les lettres, à ces dates de la fin de 1907, et j'y lis, comme un refrain, la plainte du prêtre qui ne jouit plus du privilège sublime de consacrer le corps du Christ. Aux jours de fête surtout, Frère Charles, qui s'en est remis à la grâce de Dieu, répète : t Ne m 'oubliez- vous pas?i

(ïj Lettre à Mgr Gnftrfe- ?so« iço?.

« 15 août, — Mère bien-aimée, ayez pitié de ce peuple pour lequel votre Fils est mort ; donnez-lui votre secours ; votre pauvre prêtre vous invoque pour ce peuple, i

« 8 septembre. — Aujourd'hui deux ans que vous daignez habiter cette pauvre chapelle! O vous qu'on n'a jamais invoquée en vain, convertissez, visitez et sanctifiez ce peuple qui est vôtre. Pas de messe, car je suis seul. »

t 21 novembre. — Le séjour au Hoggar serait d'une douceur extrême, grâce à la solitude, surtout maintenant que j'ai des Uvres, sans le manque de messe.

« J'ai toujours le très Saint-Sacrement, bien entendu ; je renouvelle les saintes espèces, lorsqu'il passe un chrétien et que je puis dire la messe. Je ne me suis jamais cru en droit de me communier moi-même en dehors de la messe. Si en cela je me trompe, hâtez- vous de me l'écrire, cela changerait infiniment ma situation, car c'est ici de l'Infini qu'il s'agit. •

• 25 décembre. — Noël, pas de messe, car je suis seul.»

« !•' janvier 1908. — Unissez-moi à tous les sacrifices offerts en ce jour. Pas de messe, car je suis seul. »

Pendant qu'il suppliait ainsi, quelqu'un à Rome demandait au pape la permission extraordinaire tant souhaitée. On avait préparé une supplique que j'ai lue, écrite sur im vélin de choix. Le préfet apostohque du Sahara y disait au pape, après avoir résumé en quelques lignes la vie du Fère de Foucauld : « Depuis six ans, ce très saint prêtre n'a cessé de mener la vie la plus héroïque et la plus admirable dans la préfecture apostolique de Ghardaïa. Actuellement, il se trouve absolument seul au milieu des sauvages tribus des Touaregs, qu'il est parvenu à apprivoiser, et auxquelles il fait le plus grand bien, par l'exemple de sa vie d'extrême pauvreté non moins

qm& é*tiêpnîmhh eliarité et de «tmtixiîielfô prière... Pour longtemps emtite mm doute. Il t^t Se seul prêtre qui puisse pénétrer au milieu des Touaregs. Le préfet apostolique de Ghardaïa supplie donc très humblement Votre Sainteté d'avoir égard, tout ensemble aux vertus éminentes de ce serviteur de Dieu, et au très grand bien qu'il réalise, pour daigner lui accorder la très insigne faveur... »

La supplique ne fut pas remise. Dans une audience privée, qu'il avait obtenue pour d'autres causes, le Père Burtin, procureur des Pères Blancs à Rome, demanda le privilège, qui fut aussitôt accordé, de célébrer la messe sans servant.

Ce fut par une lettre du colonel Laperrine, son grand ami, que le Père de Foucauld apprit la nouvelle, le 31 janvier 1908. « Deo Gfatias! Deo Graiias! Deo Gratias! Mon Dieu, que vous êtes boni chante l'ermite. Demain, je pourrai donc célébrer la messe 1 Noël ! Noël ! Merci, mon Dieu I » (Diaire, 31 janvier 1908.)

Cette joie lui venait au moment où la maladie obligeait ce travailleur acharné à cesser tout travail, et cet homme qui ne se plaignait jamais à parler de lui-même. Écrivant au Père Guérin, il lui confie, conmae un secret à garder rigoureusement, qu'il s'agit d'un « gros accroc de santé » ; fatigue générale, perte complète de l'appétit, • puis, je ne sais quoi à la poitrine, ou plutôt au cœur, qui me rendait tell^nent haletant, au plus petit mouvement, que c'était à croire la fin prodie •. Il est obligé de garder l'immobilité absolue. Pour le nourrir, ses amis ks Touaregs vont traire toutes les chèvres qui ont un peu de lait, et apportent ce lait à la cabane du marabout chrétien.

A un ami de France auquel il disait tout, il écrivait : « A nos âges, on a toujours quelque chose qui cloche ; c'est le paternel avertissement d'en haut... Je n'ai plus ni dents, ni cheveux ; mes yeux, bons de loin, sont de plus en plus faibles de près. » Mais aussitôt il écrivait à d'autres : • Soy^ sans inqui^de. Je se crois pas ^e'il y ait lieu

d'en avoir. Mais un repos absolu, une cessation de travail complète d'un mois s'impose, et, après, il me faudra reprendre le travail beaucoup plus modérément que par le passé... Je fais venir d'In-Salah les victuailles les plus variées pour me remonter : lait concentré, vin (111), légumes secs, quelques conserves ; je fais tout le nécessaire, »

Dans la même lettre, — ce qui permet de douter un peu de ces belles résolutions de moins travailler à l'avenir, — Frère Charles demande aux Pères Blancs de lui envoyer la Somme théologique de saint Thoma<a, la Somme contre les gentils, c'est-à-dire une dizaine de volumes in-8® en latin, et encore trois autres volumes de philosophie. « Plus je vais, dit-il pour expliquer la demande, plus j'ai l'oc casion de faire des conversations sérieuses avec quelques indigènes de choix. » Puis, revenant sur son mal, et de peur qu'on ne s'inquiète, à Ghardaia et à Alger : « C'est un mois de recueillement et de très douce retraite que me donne Jésus par ce repos forcé ; j'en jouis à ses pieds. »

Quand il se remet de cette rude secousse, il se sent incapable d'efîorts manuels un peu répétés; il ne peut donc remplir son dessein de travailler à quelque ouvrage de corroyeur ou de sellier. « Et ce m'est un regret. D'une part, cet humble et vil travail fait partie si intime de la vie de Jésus à Nazareth, modèle de la vie monastique ; de l'autre, rien ne serait plus utile que cet exemple au milieu de ces peuples perdus d'orgueil et de paresse! • La gravité de cette maladie, malgré les précautions prises par le Père de Foucauld, fut devinée promptement par les amis de Termite, et tout d'abord par le colonel Laperrine, auquel il avait dû annoncer qu'il ne pourrait se rendre à In-Salah aïs début du printemps. Coup sur coup, 3 février, 13 février, Laperrine écrit au Père Guérin des lettres qu'il aurait pu ne pas signer, tant les traits de la vie saharienne, le ton vil et plaisant font clairemenl connaître T auteur.

L'ÉTABLISSEMENT AU HOGGAR 355

« 3 février. — Mon révérend Père, j'allais répondre à votre lettre du 13 janvier, lorsque je reçois une longue lettre de de Foucauld ; 0 ne pense pas être ici avant le 15 mars, et encore il ne donne pas cette date comme certaine. Il se sent fatigué... Cette lettre pi'ennuie beaucoup, parce que, pour qu'il s'avoue fatigué, et qu'il me demande du lait concentré, il faut qu'il soit réellement malade. Je ne sais encore ce que je ferai. J'attends des autorisations. Mais la situation actuelle me porterait de préférence vers l'Est, pour rentrer par l'Ahaggar. Je vais relire la lettre de de Foucauld à tè:tQ reposée, et, le cas échéant, je ferai le crochet de l'Ahaggar, ou y enverra? le docteur, si son état s'aggrave. Il aura voulu forcer la pénitence et le jeûne, mais les forces ont des limites. Je vais lui dire des sottises, et m'autoriser de vous pour lui dire que la pénitence allant au suicide progressif n'est pas admise... Cette date du 15 mars succédant au 15 février, qui avait succédé au 15 novembre, ne m'inspire pas confiance. Peut-être vaut-il mieux, si j'envoie un détachement làbas, qu'il y reste, mange un peu avec l'officier, pour se remettre en état de faire la route. Pardon, mon révérend Père, de ce gribouillage. Mes respects aux Pères d'El-Goléa. Je vous prie d'agréer l'expression de mes respectueux hommages et de ma cordiale amitié.

« H. Laperrine. »

a II février, — Mon révérend Père, quelques lignes au galop, pour vous donner des nouvelles de de Foucauld. îl remet son voyage en octobre. Il a été plus malade qu'il ne l'avoue, il a eu des évanouissements, et les Touaregs, qui l'ont fort bien soigné, ont été fort inquiets. H va mieux. Je lui ai envoyé une semonce, car je suppose fort que ses pénitences exagérées sont pour beaucoup dans sa faiblesse, et que le surmenage de son travail de dictionnaire a fait le reste.

356 C8AKLBS DS FO0CAUL»

• Ckimme la leiiionce ws pourrait tout faire, nous y avons }oint trois chameaux de victuailles, lait concentré, sucre, thé, conserves diverses. D'ailleurs, il sentait qu'il fallait qu'il enraye son régime d'orge bouillie, puisqu'il demande du lait... Dana tous les cas, je crois indispensable qu'à son prochain retour dans le Nord, vous lui mettiez le grappin dessus, et le gardiez un mois ou deux à Ghardaïa ou Maison-Carrée, pour qu'il refasse sa bosse, excusez l'expression saharienne (ï). »

Le séjour à Tamanrasset du colonel Laperrine et du capitaine Nieger (2) fut une grande joie pour le Père de Foucauld, qui n'avait pas reçu de nouvelles d'Europe depuis cinq mois.

La santé se rétabBt p@u à peu. Les lettres du malade deviennent plus fréquentes. L'ime d'elles, écrite dans cette période de convalescence, en réponse à de» questions que le Père Guérin avait posées, met en lumière cette énergie de volonté et cette ardeur de courage qu'un personnage aussi attentif à ne se point vanter n'exprime que par surprise, et s'il est provoqué. Elle renferme aussi l'aveu que l'auteur des travaux sur la langue touarègue, c'est lui-même. La lettre est divisée en paragraphes, comme l'était l'interrogatoire.

• Je n'hésite pas à prolonger les eonver^tions et à ks laisser durer très longtemps, quand je vois qu'elles sont utiles aux âmes j je passe parfois des Joimiées à expliquer et montrer des livres d'images pieuses, ou à lire des passages du saint Évangile aux Touaregs. C'est dans cette pensée que j'ai l'intention, l'été prochain, de revoir entièrement, -«- ou plutôt de refaire à nouveau, car elles ne valent rien, -^ les traductions de l'Évangile et d'une

(1) Pour eoimaître l'état d» lanté et Ift vifueur d'un chameav, tm legarde d'abord it la boe»e et«t pleine ou flasque.

(s) Le eoi<m«9tI Laperrine, alors commandant supérieiir & In-Salah, avait pour compAgsaaa te capitaine Niescri oonamandant la compagnie ffaharieAne d'Ia-Salak otceomme lui, «ni tzÂi cher du Père de Feacatxldd

rtTASUSSEMEHT AV ^0<SÔÂa $Sf

^Ttie âe la Bibk en touareg. Cela s^rrira maifi^BSBi à moi, et après à d'autres.

c Pour la question de signer de mon nom les travaux de linguistique, malgré l'autorité du Père Voillard en qui j'ai tant de respectueuse confiance, et malgré la vôtre, je ne change pas de sentiment. Ce que vous dites avec lui serait probablement vrai d'un Père Blanc, cela ne l'est pas pour moi, voué à la vie cachée... Ce qui m'a décidé à faire ces travaux, à y mettre la dernière main, à les livrer à l'impression, c'est précisément que ce grand bien de leur publication peut se faire sans que je paraisse, ni sois nommé en rien...

« Le Bien-Aimé a fait tourner au bien des âmes les efforts de Moussa po\jr organiser le Hoggar en royaume musulman régulier et fervent. Ses efîorts ont totalement et piteusement échoué ; non seulement échoué, mais produit l'efîet inverse. Il a nommé un cadi, lui a confié des sommes importantes pour édifier mosquée et zaouia, a fait lever la dîme religieuse dans tout le Hoggar. Son cadi s'est fait, en trois mois, haïr de tous, a dissipé toutes les sommes à lui confiées, et n'a rien bâti ; la levée de la dîme a mécontenté tout le monde : de sorte que maintenant,... il ne reste plus que le souvenir d'une aventure désagréable et l'horreiar des eadis et de la dîme. Prions et faisons pénitence.

« Si on m'avait appelé, pour les expéditions du Maroc, je serais parti le jour même, et j'aurais fait loo kilomètres par jour pour arriver à temps: mais nul ne m'a donné signe de vie. Si l'on me veut, on sait que je suis prêt à venir. J'ai dit au général Lyautey qu'en quelque liw qu'il y ait une expédition sérieuse, il n'avait qu'à me télégraphier de venir, et que j'arriverais immédiatement. •

Lui aussi, et dès le début de son apostolat, il s'était fait cette objection, qu'on n'a pas manqué de faire par la suite, et quand on a connu 1* œuvre du Père de FoucauM : t Le Sahara vaut-il donc tant de sacrifices, de temps, de

travaux, et n'est-ce pas dépenser trop que se donner tant de peine pour quelques tribus errantes et qui ne demandent point qu'on les conveirtisse? » Le Père de Foucauld répond à ce sujet (i) :

« Sans doute le Sahara n'est pas des plus peuplés, mais m fin le territoire des oasis. Touaregs compris, comprend bien loo ooo âmes, qui naissent, vivent, meurent sans connaissance de Jésus mort pour elles il y a dix-neuf cents ans. Il a donné son sang pour chacun d'eux, et nous, que faisons-nous? Il me semble qu'il faudrait deux choses : I® une manière de tiers ordre, ayant pour un de ses objectifs la conversion des peuples infidèles, conversion qui est, à l'heure présente, un devoir strict pour les peuples chrétiens, dont la situation, depuis soixante-dix ans, a tota* lement changé vis-à-vis des infidèles. D'une part, les infidèles sont presque tous sujets des chrétiens, de l'autre, la rapidité des communications et l'exploration du monde entier donnent accès relativement facile chez tous. De ces deux faits découle im devoir tout à fait strict, surtout pour les peuples ayant des colonies : celui de christianiser.

2<> Il faudrait, non partout, mais pour les pays où on a des difficultés spéciales, comme celles que vous avez, des missionnaires à la Sainte-Priscille (2) des deux sexes, soit qu'on les glane çà et là, soit qu'on les groupe pour leur donner une préparation commune avant de les envoyer. La pensée d'une espèce de tiers ordre ajrant pour un de ses buts la conversion des infidèles m'est venue en septembre dernier, lors de ma retraite. Elle m*est revenue souvent depuis, avec la considération que c'est un devoir et non pas seulement une œuvre de zèle et de conseil, pour les peuples chrétiens, de travailler fortement à la conversion des infidèles et surtout de ceux de leurs colo-

(i) Lettre au Père Guérin, t»' juin T908. (2) Des catcchistos.

Î,*ÉTABLÎSSEMENT AU HÔGGAS 359

nies. H y aurait lieu, sembie-t-ii, de montrer ce devoir aux âmes qui semblent ne pas s'en douter, et de les pousser à l'accomplir. Pendant la semaine sainte et la semaine de Pâques, j'ai écrit ce que pourrait être l'association; je revois cet écrit et Je le recopie... Je ¥Ous le montrerai en novembre. Si vous croyez qu'il contienne quelque chose de bon, vous vous en servirez. Mais certainement, il y a quelque chose à faire... Depuis vingt ans, la France a un empire colonial immense, qui impose des devoirs d'évangélisation aux Français chrétiens... Ce n'est pas avec ïo, 15, 20^ 30 prêtres, même si on vous les donnait, que vous convertirez ce vaste Sahara, il vous faut donc chercher d'autres auxiliaires.

« Pardonnez-moi, mon bien-aimé Père, de me mêler de ce ce qm ne me regarde pas, et d'oser, moi, vieux pécheur et tout petit prêtre, très jeune d'ordination et resté pécheur et misérable, moi qui n'ai jamais pu parvenir à rien, qui n'ai pu avoir même un compagnon, qui n'ai jamais eu que des désirs sans effet, et dont les plans de vie, constitutions, règlements, ne sont jamais restés que des papiers inutiles, d'oser vous exposer mes pensées et continuer de faire des plans. Mon excuse, c'est ces âmes qui m'entourent, qui se perdent, et qui resteront perpétuellement en cet état, si on ne cherche pas et ne prend pas les moyens d'agir efficacement sur elles. •

Dans l'été de 1908, l'administration militahre décide qu'un détachement de troupes sera envoyé et maintenu dans le Hoggar, qu'il y fera des randonnées, de temps en temps, et qu'vm fort va être construit. Laperrine voulait le nommer « fort de Foucauld », mais l'ermite refusa. Ce sera donc le fort Motylinski, à 50 kilomètres de Tamanrasset. Frère Charles apprend aussi que l'année suivante, sans doute, Moussa ag Amastane sera conduit en France par un officier. U se demande et demande au Père Guérin s'il ne serait pas bon que d'autres Touaregs pussent ainsi voyager chez nous, prendre quelque idée d'un monde si

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diôérent du leur, vivre dans queique famille française, une huitaine de jours, aân de rapporter cette conviction du moins que nous ne sommes pas des païens et des sauvages ; ce sont les noms qui servaient, au Hoggar, à désigner les Français, et, d'une manière générale, les Emopéens. Autre nouvelle : l'amenokal du Hoggar fait élever, à Tamanrasset, une maison importante, — en briques cuites au soleil et en boue séchée, bien entendu ; — plusieurs de ses proches parents l'imitent. Lapeirine est dans le pays î U voit Moussa, il se réjouit des essais de colonisation, il est heureux surtout de retrouver en belle santé son ami le Père de Foucauid, qu'il avait cru perdre. Le 22 juillet 1908, il donne cette bonne nouvelle au Père Guérin :

a Mon révérend P^, Je vous écris quatre lignes, de Tamanrasset, où je suis avec de Foucauid depuis le 16 juillet. Il était venu au-devant de moi, à 30 kilomètres de Tarhaouhaout, le 29 juin, et nous avons passé les 30 juin, i», 2 et 3 juillet ensemble. Il se porte fort bien, et est resplendissant de santé et de gaieté... Le 29 juin, il est arrivé à mon camp en galopant comme un sous-lieutenant, à la tête d'un groupe de cavaliers touaregs. Il est plus populaire que jamais parmi eux, et les apprécie de plus en plus. En revanche, il a bien peu d'estime pour les nègres fixés ici, qui ne sont que des paresseux, n'ayant que des sentiments absolument bas.

« Je le quitte ce soir, pour rentrer à In-Salah par le chemin des écoliers... De Foucauid compte aller vous voir en novembre j je le laisse ici en train de mettre la der^ nière main à l'énorme travail tamacheq qu'il a entrepiis i ce travail sera excessivement complet.

« Je vous prie, mon révérend Père, d'agréer Texpres- Bion de mes respectueux hommages et de mon plus cordial •ouvenir.

8 H. Laperbinb. 9

Frère Charles^ depuis piiasieurs mois, avait formé î© projet d'aller passer quelques jours à Ghardaïa. N'iraitil pas plus loin? jusqu'à Alger? pourquoi pas jusqu'en Bourgogne? C'était l'un des sujets de conversation épistolaire entre lui et Mme de Blic. Celle-ci ne manquait pas de bons arguments pour lui prouver qu'une visite en France était mieux qu'attendue, mieux qu'utUe : tout à fait nécessaire. N'était-il pas absent depuis sept années? N'est-ce i^s cruel qu'un frère et une sœur vivent ainsi séparés l'un de l'autre par des milliers de lieues? Il était onde aussi : cette famille de neveux et de nièces qu'il connaissait à peine, ne grandissait-elle pas? L'ermite tâchait de trouver la réponse qui pût être acceptée. « Je suis moine, disait-il, et les moines ne doivent pas voyager poiir leur plaisir. Nous offrirons ensemble ce sacrifice au Bien-Aimé Jésus. D en a tant ofîert î De tant de sortes 1 Que de fois a-t-il laissé sa mère seule durant sa vie I Dans quelle solitude il l'a laissée en mourant 1

« Peut-être nous reverrons-nous ici-bas ; Dieu peut, comme il l'a déjà fait, disposer les circonstances de manière qu'il soit plus parfait d'aller vous voir que de m'en priver. Car si vous dites que vous seriez heureux de me revoir, vous si entourés, combien ne le serais-je pas moi, seul au milieu des sauvages? Ici nul nouvel amour n'est venu prendre la place des anciens... Tu te fais de grandes illusions en croyant que je ferais du bien, ma chérie : je gagne beaucoup à ne pas être vu et à ce que, de loin, on me croie meilleur que je ne suis... »

Ébranlé par les instances de la a chère Marie », il finit par écrire : « Si tu veux que je vienne, demande-le au bon Dieu et à M. l'abbé Huvelin, interprète pour moi de sa volonté. » U écrivait ces choses et bien d'autres sur de vieilles enveloppes, « parce que, disait-il, je suis à 700 kilomètre>s du marchand de papier. »

Consulté, M. Huvelin répond : « Mon cœur désire bien ce petit voyage en France, que vous ferez pour voir

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votre famille... Je ne vois pas d'objection à votre voyage, avec ou sans Touareg. » Mgr Guérin est du même avis.

En conséquence. Frère Charles quitte Tamanrasset, le jour de Noël à midi, seul, sans Touareg, aucun n'étant stiffisamment préparé. Le 22 janvier 1909, il arrive à El-Goléa, où se trouvaient les P^es Richerd et Périer, des Pères Blancs ; quelques jours plus tard, il rencontre Mgr Guérin, venu de Ghardala au-devant de lui; le 13 février, il est à Maison-Carrée, parmi ses amis les Pères Blancs, que gouverne Mgr Livinhac. Il revoit, des jardins du couvent, la Méditerranée, qu'il va traverser, et au delà de laquelle il y a la France. Maison- Carrée, conmie on le sait, est une petite ville, à Test d'Alger, près du rivage, et la résidence des Pères Blancs un peu plus à l'est et dans la pleine campagne, n'a point de colline ou de forêt devant elle, qui l'empêche de regarder vers la France. Le jardin, d'orangers et de citronniers, descend vers des champs de maraîchers, que continuent les dunes vêtues de caroubiers et de joncs, d'asphodèles et d'oeillets. Les monts de Kabylie, violets, barrent l'horizon du côté de l'orient ; à l'occident, Alger, pareille à une carrière à vif de marbre rose et blanc, lève au-dessus de la mer le cap de son quartier arabe. Dans cette maison religieuse, des hommes jeunes, sous la direction de quelques missionnaires revenus du centre de l'Afrique, se préparent à conquérir au Christ, à la civilisation ici-bas, à l'éternité dans la suite, les noirs des pays qui enveloppent le Tchad, le Victoria-Nyanza, et d'autres peuples, où le nombre des chrétiens s'accroît rapidement ; ils attendent que la liberté soit donnée au Maître du monde de faire connaître aux musulmans son incarnation, sa passion et sa loi. Lieu de prière, de travail et de paix. Frère Charles l'aimait, et souhaitait que la maison fût toujours pleine d'ouvriers • at d'ouvriers spéciaux pour les terres musulmanes •.

On m'a racx)nté que, pendant ce séjour à Maison-Carrée,

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il se trouvait dans la celiule du Père de Ch,... un de ses amis, et causait avec lui, lorsque la cloche sonna»

— Excusez-moi de vous laisser seul, dit le Père de Ch.., L'autre, sans réfléchir, répondit :

— Oh ! je ne suis jamais seul 1

Puis, en ayant trop dit, il baissa la tête.

Bien qu'il aimât cette grande maison fraternelle, il ne s'y attarda point, et, de même, il ne fit que passer en France. La moindre tournée saharienne lui avait pris dix fois plus de temps qu'il n'en voulait donner à sa joie humaine. Il fallait reprendre au plus vite l'œuvre divine. Le 17 février, il abordait à Marseille, passager de pont, bien entendu. L'itinéraire en France comprend Paris, Nancy, Notre-Dame-des-Neiges, Toulon, Grasse, où se trouvait la sœur du Père de Foucauld. Enfin, vingt jours après avoir quitté l'Afrique, Frère Charles y rentrera, ayant juste donné à sa visite la durée suffisante pour qu'on ne pût le convaincre de « cruauté ».

Pour trois semaines, il a donc changé d'habitudes, de costume, de paysage, d'idiome dans l'habituelle conversation. Je le laisse voyager, et je profite de l'absence pour citer quelques-uns de ces proverbes touaregs qu'il recueillait, et quelques-unes de ces poésies qu'il se faisait réciter à l'entrée des tentes des nomades.

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