Charles de France, frère de Louis 11
On a déjà beaucoup écrit sur le règne de Louis XI, et la Ligue du Bien public na pas manqué dliistoriens. On s étonnera peut-être d'y voir consacrer un nouveau volume. Mais les travaux antérieurs sont bien vieillis ou bien insuffisants ; quelques-uns pèchent par une partialité manifeste ; il n'en est aucun qui ait pu profiter des ressources intégrales que l'érudition moderne nous a procurées. Toutes ces raisons nous ont dicté une ligne de conduite que nous n'avons cessé de suivre, en discernant au milieu des discordes et des tristesses de la guerre civile les véritables mobiles des actions humaines, en nous efforçant de juger équitablement les adversaires, triomphants et vaincus.
Sans doute reprochera- t-on à cette étude de paraître sous la forme d'une biographie, et de reporter à un seul personnage une multitude défaits dont il n'a été ni V initiateur, ni parfois même l'observateur ; celte critique semblera valoir d'autant plus que la méthode biographique offre de multiples inconvénients. Mais Charles de France nest pas un personnage quelconque. Le conflit dont les phases vont être racontées est né des dissentiments qui existèrent de très bonne heure entre ce prince et le roi son frère ; il a évolué dans une période de crise aiguë où la complexité des sentiments les moins recommandables a ébranlé la confiance et dérouté l'opinion ; il s'est achevé dans le lamentable effondrement d'une ambitieuse coterie dont Charles de France n'était guère que le chef nominal. Ce fut ce prince que Ton mît en avant, lui que l'on jeta imprudemment dans la mêlée ; ce fut en son nom que ses égoïstes conseillers agirent et parlèrent, ce fut lui, timidement et presque inconsciemment, l'âme de la coalition des princes contre le pouvoir royal. Il en pouvait, réussissant, obtenir de passagères satisfactions ; il doit en supporter, vaincu, l'entière responsabilité ^. Aussi ne lui a- t-on pas ménagé les épithètes malveillantes ou pitoyables, en poussant jusqu'à l'exagération. On a négligé les influences exercées sur lui pour ne juger
(1) De fous les articles consacrés à Charles dt France dans les dictionnaires et encyclopédies françaises, le plus détaillé est sans aucun doute celui qu'a écrit le comte de Bastard d'Estang pour la nouvelle édition de la Biographie universelle ancienne et moderne de Michaud, t. XVIJI (1857), pp. 110-125, au mot (( Guienne )). Cet auteur avait rassemblé Us matériaux d'un travail plus considérable, qui ne semble pai avoir été conservé ; les pages publiées ne sont pas exemptes d'erreurs et prêtent fréquemment à la critique.