VI INTRODUCTION
que le rebelle. On s'est indigné du rôle que d'autres lui ont fait jouer, sans examiner l'ambiance où sa jeunesse inexpérimentée s*est trouvée entraînée. On ne lui a point pardonné parce quil a perdu la partie. A Vâge des folles entreprises et des présomptueuses pensées, il a dispara de la scène politiquct et sa mort causa an roi de France un soulagement profond.
Si nous avons tenté de renouveler Ihistoire de cette courte période d'un règne dont l'éclat ne fut terni ni par les plus honteux abus de pouvoir ni par les rancunes tenaces d'un monarque parfois odieux, nous nous sommes toujours souvenu qu'en ayant raison de ses ennemis de l'intérieur comme de ceux du dehors, Louis XI a su admirablement conserver et élargir le patrimoine que lui avaient légué ses ancêtres, préparant aussi pour l'avenir de nouvelles et puissantes conquêtes. Evitant à la fois tout dénigrement systématique et toute passion inexcusable, nous avons cherché à tenir la balance égale entre le parti royaliste et celui des coalisés ; à l'un et à l'autre nous n'avons pas craint parfois de décerner le blâme que nous dictaient la raison et l'équité.
Les contemporains élaient déjà très divisés. Aux esprit» les plus clairvoyants il était bien difficile, selon leur origine ou leurs attaches de cour, de cacher leurs préférences, d échapper aux préoccupations personnelles. La violence même des intrigues et des luttes engagées explique leur psychologie ; leurs commentaires, même sobres, s'éclairent à la lumière des événements, et leurs tendances s'accusent par une vigueur naturelle de l'expression.
Georges Chastellain s'est signalé toute sa vie par un loyalisme parfait envers la maison de Bourgogne, dont il fut l'historiographe officiel, du moins il demeure un chroniqueur consciencieux, rêvant d'une entente franco-bourguignonne qui lui semblait nécessaire, mais qui eût réclamé des deux rivaux trop d'abnégation pour réussir ; aussi combat-il les fauteurs de discorde et condamne-t-il volontiers une politique injuste, en s'inspirant des principes qui doivent guider les actes d'un souverain, en réprouvant énergiquement ceux de ces actes qu'il estime blâmables et indignes d'eax. Sa plume estsagace et réfléchie, attentive et scrupuleuse; elle n'hésite pas à épiloguer sur un fait qui paraît contrarier la thèse qu'elle développe ; on peut faire confiance au récit des événements qu'il rapporte et qu'il discute. Malheureusement, des chapitres entiers de sa chronique ont disparu, et précisément, pour la période de la Ligue du Bien public, les lacunes sont très fâcheuses. Il y faut suppléer par ailleurs.
Philippe de Commines, sujet bourguignon, a, tout au contraire de Chastellain, abandonné la cause de son téméraire souverain pour celle du roi de France, qu'il entrevoyait plus favorable. Sa chronique, près-