UN NOUVEAU MANIFESTE DU DUC DE BERRY
nigarola, il ne put contenir sa joie. Se découvrant, il exprima en termes enthousiastes la gratitude que lui causait cet acte de bonne fraternité du duc de Milan, qui n'est point « un de ces amis en paroles comme le sont tant d'autres seigneurs », et il jure que, « si Dieu veut lui faire la grâce de le remettre en son ancien état, il saisira l'occasion de témoigner au duc sa reconnaissance, de telle manière que ce sera un exemple à tous les princes de la chrétienté » '. Quant au duc de Nemours, attentif aux événements, l'oreille aux aguets dans son château de Montaigut en Combraille, il semblait disposé à venir faire sa soumission - . Par. contre, le pape se réservait, énigmatique et plutôt favorable aux confédérés : « Qu'il arrive en France ce qu'il plaira à Dieu I » disait-il ^ ; et l'appui qu'il pouvait fournir aux ennemis du roi s'augmentait du fait qu'il paraissait se prêter à leur désir d'être relevés par lui de leur serment de fidélité.
Louis XI quitte Montluçon le 28 mai pour gagner Saint- Pourçain* , où il demeure douze jours -" . Pendant ce séjour,^ il cherche à éviter une entrevue sollicitée par Jeanne sa sœur, duchesse de Bourbon ^, mais il ne peut la lui refuser, malgré les précautions qu'il a prises. Par contre, il a bien signé avec le duc de Bourbon une trêve pendant la durée de laquelle celui-ci ne pourra laisser pénétrer les Bourguignons dans ses domaines (car il faut à. tout prix empêcher la réunion de ces troupes aux autres) ; mais le duc de Bourbon n'a pas respecté cette clause et les Bourguignons sont arrivés jusqu'à Moulins»
1. Bibliothèque nationale, ms. italien 1593, f» 161 vo ; cf. Anmiaiie- Biilletin de la Société de l'histoire de France, 1910, p. 132.
2. Le roi lui expédia Yves du Fou pour s'entendre avec lui ; de son côté Nemours envo^^a à Montluçon le sire de Langeac et Georges de Vouhet. A ce moment se rattache la trahison de Louis d'Harcourt, évêque de Baj^eux, qui, voulant détourner Langeac de la route qu'il devait suivre, offrit son concours pour enlever Louis XI avec l'aide du sire du Lau et de Lancelot de Honcourt son lieutenant, tous deux dévoués à la ligue (Mandrot, dans la Revue historique, t. XLIII, 1890, p. 304).
3. Lettre de Tambassadeur milanais A. Rossi, du 20 mai 1465 (Bibliothèque nationale, ms. italien 1591, f» 41).