SÉJOUR DU DUC DE BERRY A ÉTAMPES
de départ de la malencontreuse fusée, lorsque le coupable ou prétendu tel vint à genoux s'excuser auprès des deux princes et implorer leur pardon ; l'affaire, qui avait débuté si tragiquement, se termina dans un éclat de rire (21 juillet).
Le lendemain, les mêmes princes tinrent conseil pour savoir quel parti ils devaient prendre. Certains seigneurs étaient désappointés ; les autres prétendaient que Paris devait se rendre au duc de Berry « comme régent de Franche ^». Quant au duc de Berry, pour qui un champ de bataille était une vision toute nouvelle, il fut terrifié par le nombre des morts et des blessés qui étaient tombés à la bataille de Montlhéry ^, Il eut un geste de pitié et une heure de découragement. Il se dit qu'en vérité cette Ligue du Bien public, au nom de laquelle s'accomplissaient de si fâcheux destins, était une aventure dangereuse que l'on eût pu facilement éviter. Le comte de Charolais avait dans le cœur plus de sécheresse ; la vue du sang versé lui consait moins de regrets : il en avait déjà vu bien d'autres ! Il s'indigna à la pensée de tant de sensiblerie, et, en parlant de Charles de France, il disait en plein conseil : « Avez vous oy parler cest homme ? Il se trouve esbay pour 700 ou 800 hommes qu'il veoit bleciez, allans par la ville, qui ne luy sont rien ne qu'il ne congnoist. Il se esbayroit bien tost se le cas le touchoit de quelque chose, et seroit homme bien legierement à nous laisser dans la fange » ^
C'est le moment où le comte de Charolais, perdant peut-être l'espoir de compter sûrement sur le duc de Berry et certains confédérés, se préoccupe de négocier des alliances plus solides : en Angleterre, où il envoie un ambassadeur. Ferry de Clugny *;
1. Du Clercq, édition Duchon, t, XL, p. 34. — Des conciliabules eurent lieu aussi à Corbeil entre partisans des confédérés, l'un d'eux affirmant « que les choses estoient eu meilleur estât que jamais » (Bibliothèque Sainte- Geneviève, ms, 2000, f« 343).