Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 2000, fo
3. Les confédérés s'étaient d'avance distribué les place?, les honneurs et les pensions ; ils avaient désigné quels personnages auraient la chancellerie, les fonctions de maître des requêtes, etc : et c'était au duc de Nemours qu'était réservée la capitainerie de Paris (Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 2000, f« 341).
4. Commines (édition de Mandrot, t. I, p. 61) signale aussi la présence de l'évêque de Paris, Jean Chartier, homme fort distingué au dire des contemporains qui fut inhumé à Notre-Dame. Son épitaphe, enlevée par Louis XI en punition de sa participation à la Ligue, fut ensuite rétablie fMaugis, Histoire du Parlement de Paris, t. III, 1916, p. 86.
le second président au Parlement Jean Le Boulenger, un médecin Enguerrand Parentis, un changeur Arnaud Luillier et son frère Eustache, chanoine et curé de Saint-Germain-I'Auxerrois, plusieurs avocats au Parlement, plusieurs chanoines, en tout quatorze personnes, arrivèrent au château de Beauté ; elle y furent reçues par Dunois qui leur expliqua * à quel mobile obéissaient les ligueurs, fit vibrer la fibre patriotique de ses interlocuteurs en leur rappelant que c'était à eux que Charles VII avait dû de pouvoir recouvrer son royaume sur les Anglais, et leur signala quelques-unes des doléances et réclamations des princes coalisés : contre l'alliance du roi avec le duc de Milan et autres souverains étrangers ^ ; contre des mariages contractés par son ordre et obligatoirement entre gens de condition différente ; pour une assemblée nécessaire des trois Etats du royaume ; pour une meilleure répartition des finances royales et le droit de prendre part à leur gérance ; pour la libre disposition des offices et des forces militaires ; pour la reddition de Paris à leur discrétion, sans conditions, avec mise en demeure aux Parisiens d'avoir à rembourser les pertes et dommages subis par les ligueurs durant cette campagne. Pour terminer, et en guise d'intimidation, un nouvel assaut était prévu pour le lundi suivant, si la présente démarche n'était pas suivie d'une solution favorable^ . Les demandes ainsi présentées étaient inadmissibles. A de telles prétentions on devait opposer un refus formel. Toutefois les délégués réclamèrent une trêve de trois jours (23-25 juillet) pendant laquelle il leur serait loisible de prendre l'avis de leurs commettants. Cette trêve fut signée, et le 24 au matin, en l'hôtel de ville, sous la présidence du prévôt des marchands Henri
1. La réunion était présidée par Charles de France, assisté des ducs de Bretagne et de Calabre d'un côté, de l'autre du comte de Charolais, « armé de toutes pièces et fort richement )) (Idem, t. I, p. 61).
2. Dans une lettre au roi, le comte de Charolais lui reproche (16 août 1465) un prétendu traité qui aurait négocié la cession de la Normandie et peut-être de la Guyenne aux Anglais en échangé d'un concours armé (Duclos, Recueil de pièces pour servir à l'histoire de Louis XI, p. 279). L'accusation est confirmée par les correspondances milanaises, mais Louis XI s'en défendit très vivement.
3. Nous résumons ici le récit très circonstancié que nous devons à Jean Maupoint, Journal, p. 62-68.
ÉTAT d'esprit DES PARISIENS 107
de Livres * , eut lieu une première réunion. Jean Choart y exposa le résultat de la démarche collective faite à Beauté. Une deuxième séance se tint l'après-midi, où chacun vint donner son avis dans la discussion ; mais aucune décision ne fut prise. Les avis étaient partagés. Les uns voulaient résister coûte que coûte ; les autres étaient enclins à permettre aux Bretons et aux Bourguignons d'entrer dans Paris, en nombre limité, à la condition que ces troupes ne se livreraient à aucun pillage et respecteraient les maisons des bourgeois : concession grave et périlleuse ; Paris devenait « ville gagnée », suivant l'expression de Commines ^ , et « aisément tout le peuple se fût tourné de leur part, et par conséquent toutes villes du royaume à l'exemple de celle là ». A cinq heures du soir, on se sépara, avec l'intention de s'en remettre à la volonté du comte d'Eu, lieutenant général, que le prévôt des marchands alla aussitôt mettre au courant de la situation. Les Parisiens attendaient anxieusement le résultat de ces conférences. Royalistes pour la plupart, ils étaient fort émus, et assez mécontents de la tournure que prenaient les événements, bien qu'ils fussent pourvus de vivres en abondance, au contraire de ce que l'on a parfois prétendu. Le dimanche 25, le guet fut renforcé ; les églises furent pleines de gens qui venaient prier pour la paix et pour la conservation de la cité ; une foule beaucoup plus agitée que de coutume emplissait les rues. Vers une heure de l'aprèsmidi, les délégués revenus de Beauté y retournèrent, apportant la réponse suggérée par le comte d'Eu, à savoir qu'on ne fera rien sans avoir consulté le roi. A cette nouvelle, les princes entrèrent en fureur, et Dunois se distingua par sa violence, annonçant la prochaine attaque de la capitale comme certaine, « et il en cousteroit les vies de cent mille hommes et de chascun prince la chevance jusques à la chemise avant que ilz ne obtinsent à leur entencion ^ ».
La menace toutefois ne fut pas mise à exécution. Il y eut
1. Une émeute paraissait devoir être fomentée pour assassiner le prévôt des marchands, mais ceux sur qui se portèrent les soupçons réussirent à se justifier (Bibliothèque nationale, collection Fontanieu, vol. 130, f^237).