CONFÉRENCES DU CHATEAU DE BEAUTÉ
L'absence du roi pouvait donner confiance à ses ennemis, qui déjà relevaient la tête ; l'attaque de Paris allait commencer * . Mais débuterait-on par la porte de la Bastille ou par un autre côté - ? Des escarmouches, aux environs immédiats, eurent lieu dès les 20-21 août, sans résultat. Le 22, à huit heures du matin, on vit se présenter à la porte Saint-Antoine six hérauts vêtus des cottes d'armes des ducs de Berry, de Bretagne et de Calabre, de Dunois et du comte de Charoîais, qui venaient de Saint-Maur et de Beauté, porteurs de missives dont les destinataires étaient Charles de Melun, le comte d'Eu, le doyen du chapitre de Paris, le président du Parlement, le doyen de l'Université, le prévôt des marchands et les bourgeois. On sollicitait par ces lettres l'envoi à Beauté de trois personnes, représentant chacune de ces autorités, qui seraient disposées à entendre l'exposé des motifs pour lesquels les princes étaient entrés en lutte avec le roi, et à chercher avec eux un moyen d'accommodement en vue d'une paix éventuelle. Il fut répondu à ces hérauts qu'on en délibérerait sans tarder 3. Dès le lendemain, en effet, des délégués notables, tels que le grand maître d'hôtel du roi Charles de Melun, le lieutenant civil de la prévôté Jean Choart, le doyen du chapitre Thomas de Courcelles ^ , le chancelier de l'église de Paris Jean de l'Olive,
obtenir de fructueux offices et des situations recherchées ; le changement de régime les y eût aidés. Mais l'esprit parisien n'a-t-il pas été de tout temps révolutionnaire et frondeur, même sans la perspective d'un gain direct ?
1. L'armée royale pouvait compter alors 30000 hommes, indépendamment de 1200 lances milanaises avec 2000 hommes de pied (Maupoint, p. 65), qui arrivaient en Bourbonnais. Des ordres étaient donnés pour assembler la noblesse dans les provinces ; nous possédons celui qui fut adressé dans ce but au vicomte de Falaise le 15 août (Bibliothèque nationale, collection Fontanieu, vol. 130, f- 243).