NOUVELLES ADHÉSIONS A. LA LIGUE
même chez ceux qui lui paraissaient fort attachés. Charles de Meluii lui-même devenait suspect ; il entretenait de fâcheuses relations avec un maître d'hôtel du duc de Berry, Pierre Paviot, son parent éloigné * ; son père, gouverneur de la Bastille, avait besoin d'être aussi étroitement surveillé ; n'avait-on pas, un beau matin, trouvé ouverte la porte de la forteresse donnant sur la campagne, et les canons placés sur les remparts encloués pendant la nuit ?
Dans la ligue entre alors un nouvel adhérent. Le 3 septembre, au pont de Charenton, tant en son propre nom qu'au nom de tous les coalisés (ducs de Bretagne, de Bourbon, de Calabre et de Nemours, comte de Charolais, Dunois, Saint-Fol), Charles de France signe un traité d'alliance avec Charles d'Anjou, comte du Maine, jurant de le soutenir et secourir en toute occasion - . Le lendemain, les coalisés demandent une nouvelle trêve. La plus grande partie de leurs troupes s'était transportée du côté de Saint-Denis, fortifiant l'île voisine, ne craignant pas de détruire et de piller sur leur passage, notamment les
Déjà auparavant, on avait, toujours à Lj'on, jeté en prison un médecin du duc de. Bourbon, soupçonné d'espionnage (Archives municipales de Lyon, BB 10).
1. Documents historiques inédits (Champollion-Figeac), t. II, p. 357.
— Sur les relations de Pierre Paviot avec le parti rojal, on peut consulter une lettre écrite au roi, au moment de la bataille de Montlhéry, et où on lit : <( Sire, je vous ay escript de Paviot et comment je lui ay baillé la charge de par vous des places d'Estampes et Dourdan, qui sont les deux clefz de Beausse et de ses marches ; ledit Paviot est délibéré de vous bien loj-alement servir et vous en asseure, et a prins la charge des dites places et y a mis gens, mais pour riens ne vouldroit estre lieutenent de Guillemot ne de Boissier ; il veut estre à nous neuement, et pour ce sur ce point vous aviserez d'en ordonner à vostre bon plaisir; et me semble que lui en devez escripre, et aussi de la provision de ceulx qu'il a mis dedens lesdites places pour les garder ; car sans argent pour vivre on ne trouveroit homme qui s'i vousist tenir ». (Bibliothèque nationale, ms. français 20486, f^ 155.)
— Les Paviot iùrent seigneurs de Boissy-le-Sec, près d'Etampes, de père en fils pendant de longs siècles, et l'on voit encore dans l'église de cette commune l'épitaphe de l'un d'entre eux, décédé en 1644 (Dom Morin, Histoire du Gastinois, p. 818 ; Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais, 1894, pp. 31 et 33 ; Max. Legrand, Étampes pittoresque, 1902, pp. 55-67). Ils étaient voisins immédiats de la famille du Ru, dont un membre. Robinet uu Ru, rendit aux coalisés le donjon d'Etampes, dont Louis XI lui avait donné le commandement. V03'. aussi Journal de Jean de Roye, t. î, p. 143.
2. Ordonnances des rois de France, t. XVI, p. 387. — Cf. ci-dessus, p. 95.
églises de Louvres S de Sarcelles ^, de Pierrefitte^ de Saint-Brice * et de Gonesse ^, tandis que le reste de l'armée s'établissait solide ment sur la Seine au droit du Port-à-l' Anglais ^ , aux ponts de Charenton et de Charentonneau, abattant tout ce qui pouvait entraver ses opérations. En même temps, un autre fort contingent d'hommes d'armes dirigés par le comte d'Armagnac, le sire d'Albret et d'autres seigneurs, stationnait en Champagne et en Brie, entre Nogent-sur-Seine, Reims et Provins ' , se rendant coupable de nombreux et graves méfaits de tout genre, incendies, destructions de vergers et de vignes, viols, prise d'otages ^ . Paris aussi se fortifie ; on creuse de grandes tranchées à des profondeurs inusitées, tant du côté du Port-à-l' Anglais et de la porte Saint-Antoine que du côté de la tour de Billy ^ , le long du fleuve en aval ^°. La trêve devait prendre fin le 17 septembre ^*.
Dès le 9, une entrevue secrète avait eu lieu entre le roi, venu en bateau, en compagnie de l'amiral de Montauban et de quelques autres personnages de sa suite, et les comtes de Charolais et de Saint-Pol représentant les ligueurs, devant la bastille Saint-Antoine et au-delà des fossés ; elle avait duré une heure et demie *-. « Mon frère, m'assurez-vous ? » interrogea