PROJETS DE VENGEANCE DU ROI
pardonnant au sire d'Albret sa conduite et en lui offrant sa protection pour l'avenir. Car, livré à lui-même, Charles de France n'était pas à redouter et se montrait incapable de jouer un premier rôle, de soutenir une lutte permanente, de résister aux perfidies de son frère. Mais si Louis XI, roi de France, avait le droit d'agir, dans l'intérêt de la couronne, par des méthodes que l'honnêteté réprouve mais que la diplomatie tolère, du moins ne devait-il pas renier sa propre signature et chercher à annuler par tous les moyens le traité de Saint-Maur ; alors qu'il eût dû être le premier à en respecter les clauses, il n'aura que des projets de vengeance et qu'une idée, reprendre sa parole et en-^ freindre l'article XXII auquel il vient de souscrire.
Louis XI, on peut en être certain, n'oubliera pas les noms de ceux qu'il tient pour responsables de ses déboires : en premier lieu, le comte du Maine, qu'il avait déjà accusé d'avoir ouvert une des portes de Paris au parti bourguignon * ; puis Dammartin et Dunois, qu'il se propose de châtier sévèrement. Ce sont eux, à son sens, qui abusent d'une influence néfaste sur l'esprit du duc de Berry et qui l'incitent à chercher des appuis en Angleterre et ailleurs à l'étranger. Persuadés qu'ils se feront bienvenir du roi en épousant ses inimitiés, et jugeant qu'ils feront ainsi une bonne politique pour leur maître, les ambassadeurs milanais offrent à Louis XI de recommander tout spécialement à leur collègue de Londres, Turco Cincinello, d'avoir à exercer une discrète mais sérieuse surveillance sur les allées et venues des agents de Charles de France en Angleterre. Le roi témoigne en effet de cette proposition beaucoup de satisfaction - .
contre de nous, ne autrement fait chose qui nous deust desplaire jusques au jour présent en quelque manière que ce soit, nous ne luy ferons ne pourchasserons ne ferons faire ne pourchasser par nous ne par autre aucuns destourbiers à l'encontre de luy et de ses biens, terres, seignouries, subgetz et serviteurs, ainçois préserverons et garderons de tout force et violence que nostre dit frère Charles ne autres luy vouldroient faire ou faire faire et pourchasser en quelque manière que ce soit » (Archives départementales des Basses-Pyrénées, E 73).
1. Archivio di Stato, Milano ; Potenze estere : Francia, lettre du 15 novembre 1465 (extrait d'un original perdu).
2. Idem (lettre du 19 novembre 1465, original chiffré, communiqué par M. B. de Mandrot).
Pendant toute cette période, qui comprend la fin de l'année 1465, Bourges est resté occupé par des troupes de ligueurs, sous la conduite du bailli de Forez ^ . Mais la région est loin d'être calme ; dès que l'on s'éloigne de la ville, on est à la merci du moindre incident. Ainsi, quatre archers et un sergent s'étant aventurés du côté de Sancerre, se voient attaqués et détroussés ^ par des hommes d'armes des troupes royales tenant garnison à La Charité-sur-Loire ^ . Il s'agissait, semble-t-il, non d'une expédition militaire, invraisemblable en raison du nombre infime de soldats voyageant ainsi, mais d'un groupe d'hommes d'armes chargés d'aller recouvrer des fonds destinés au paiement des gens de guerre et au trésor ducal * , fortement appauvri par les précédents événements ^ . D'autres archers et
1. Pour punir la ville de Bourges, Louis XI dans la suite ne la ménagea pas, et il s'y créa une sourde agitation, dégénérée un peu plus tard (1474) en une véritable insurrection dont les détails sont racontés par Raynal, Histoire du Berri, t. III, pp. 100-130, et par Sée, Louis XI et les villes^ pp. 179-182 (droit de barrage).
2. « A Olivier Le Breton, Jehan Bourgeton, Glaude Roy et Jehan de Vacheton, gens de guerre estans en garnison en ladite ville de Bourges soubz monseigneur le bailli de Forestz, la somme de dix huit livres tournois tant pour ung voyage que nagueres ilz ont fait en la compagnie de Jehan Germain, sergent de mondit seigneur, en l'arcepreveré de Sancerre, où ilz ont vacqué par quinze jours entiers chascun, ouquel voyage faisant ilz ont esté des- Iroussez par autres gens de guerre tenans le party contraire de mondit seigneur estans à la Cherité sur Loire en garnison de par le roy, comme pour la perte et destrousse qu'ilz avoient faicte oudit voyage. A Noël Regnault, archer soubz le bailly de Forestz, la somme de soixante sols tournois pour la recompensation de la destrousse qu'il a eue à Sancerre par les gens de La Cherité sur Loire, ouquel lieu il estoit allé en la compaignie d'autres pour faire venir ens les deniers de mon dit seigneur » (Archives nationales, K