‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 156 sur 598 · Th. Basin, t. II, p · texte numérisé non relu

Th. Basin, t. II, p

WfTICULTÉS ET RIVALITÉS 137

Tandis que se préparait ainsi, selon le vœu des indigènes, la réception solennelle du duc de Normandie, l'événement se trouva étrangement retardé par l'outrecuidance et la fourberie du duc de Bretagne, qui prétendait réserver à ses seuls sujets la plupart des offices et des dignités du pays^ , et en opérer la distribution avant même que les Normands eussent accès auprès de Charles de France^ . Si on l'eût écouté, on pouvait prévoir une ruée générale de Bretons exigeants et indésirables, prêts à se partager toutes les faveurs, à tel point que, selon l'expression de Thomas Basin ^ il eût fallu dans la seule Normandie dix fois plus de places qu'on ne pouvait en donner, pour satisfaire leur cupidité. Le sachant, les notables réunis à Rouen écrivaient au duc pour le presser de prendre une décision et de fixer le jour de son entrée : ses fidèles Normands l'attendaient avec impatience, trouveraient un soulagement à l'acclamer, et avant tout le suppliaient de ne pas disposer des emplois et offices de la province avant d'en avoir pris possession officiellement ; ils se déclaraient enfin seuls capables de lui donner de salutaires conseils pour lui et pour le pays ^ .

Ballotté et indécis, Charles de France, ne sachant à qui se confier ni à quel parti s'arrêter, perdit un temps précieux. Désireux, d'une part, de complaire à ses nouveaux sujets, et d'autre part, de se débarrasser des importuns et des ambitieux qui l'assaillaient de demandes, il songea à s'adresser au roi. C'était une évidente maladresse, dont Louis XI ne manqua pas de tirer aussitôt un habile parti. Nous ne possédons pas le texte de la missive adressée par Charles à son frère, mais les chro-

1. Le duc de Bretagne faisait certainement valoir, pour expliquer ses prétentions, les grands frais qu'il s'était imposés et la mise de fonds qu'il avait consentie pour aider le duc de Normandie. C'est Gommines qui le laisse entrevoir (édit. de Mandrot, t. I, p. 93), et il doit avoir raison. Les actions des hommes sont souvent dictées par des considérations financières.

2. Une première tentative fut faite, dès les premiers jours, par Louis XI pour détacher le duc de Bretagne de la Ligue, en lui maintenant le droit d'avoir sa monnaie particulière, et en faisant enregistrer par le Parlement malgré une vive opposition, les lettres qui l'y autorisaient (Ordonnances des rois de France, t. XVI, p. 407).

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