IL ACCEPTE UN ARBITRAGE
Roussel et Guillaume Gombaut, envoyés du duc du Bretagne : ils sont chargés de supplier le roi de ne pas enlever la Normandie à son frère ^ . Le choix de ces émissaires n'était peutêtre pas très heureux, et Ion pourrait s'étonner de voir Charles de France accorder sa confiance à de tels personnages. N y en avait-il pas un au moins, parmi eux, que l'on pouvait croire difficilement exempt de toute compromission ? Mais dans l'occurrence, les chemins n'étaient pas sûrs ; qui, dans l'entourage du duc, eût osé se risquer avec la certitude d'arriver sain et sauf jusqu'à Louis XI ? Les longues instructions dont ils sont porteurs indiquent assez l'importance que le duc attache à la réussite de ces négociations ^. C'est la dernière carte à jouer.
Charles de France y déclare vouloir rester dans les bonnes grâces du roi, l'honorer, le servir, lui obéir; d'ailleurs il n'a rien fait pour le mécontenter; aussi, manifeste-t-il sa grande surprise de voir de telles quantités de gens de guerre envahir la Normandie, harceler le peuple, se livrer à de violents actes d'hostilité, alors que depuis sa dernière entrevue avec le roi il croyait sincèrement avoir obtenu des assurances essentielles de paix et de tranquillité. Il ne sait qui a pu inciter le roi à envahir la Normandie, puisque cet apanage lui a été conféré par son frère de plein gré, aussi solennellement qu'il est possible, avec l'assentiment des princes, du Parlement, delà Chambre des comptes ; il ne peut arriver à comprendre que le roi se soit décidé à violer les articles du traité qu'il a solennellement signé à Saint-Maur-des-Fossés, et ne peut croire encore à ses mauvaises intentions. Le roi lui ayant fait connaître, par l'intermédiaire du duc de Bretagne, son désir de soumettre le conflit, — puisque conflit il y a, — à l'arbitrage du duc de Bretagne, du
1. Bibliothèque nationale, ms. latin 5414^', f^ 124 ; publ. dans les Mélanges historiques inédits (Ghampollion-Figeac), t. II, p. 410, d'après une copie de la collection Dupuy. Il y a une autre copie dans les papiers de l'abbé Legrand (Bibliothèque nationale, ms. français 6973, f' 4).
2. On est en droit de penser que les sires de Bueil et de Cliaumont ne furent pas étrangers à la rédaction de ces instructions, car, d'après l'ambassadeur milanais en France, ces deux personnages gouvernaient alors l'esprit du jeune duc de Normandie (Bibliothèque nationale, ms. italien 1649, ï" 98 v'J). Rappelons ce que Th. Basin dit, d'après la rumeur publique, de leur conduite à l'égard de Charles de France, qui aurait confiné à la trahison (voir ci-dessous, p. 164, n. 2).
duc de Calabre, du duc de Bourbon et du comte de Charolais, il accepte, à condition que la décision sera prononcée par ces quatre arbitres, ou tout au moins par deux d'entre eux (Bretagne et Bourbon), et il espère ardemment que cet acte de soumission de sa part aura pour effet d'arrêter les hostilités ; mais tout espoir de pacification semble devoir être dififéré tant que les troupes royales continueront à venir occuper les villes qui font partie de l'apanage, comme ce fut le cas encore tout récemment pour Louviers. Le duc a reçu les propositions du roi, qui lui ont été apportées par le vice-chancelier de Bretagne * : abandon immédiat de Pont-de-l'Arche, moyennant quoi une trêve de dix jours sera accordée pour permettre d'engager de nouveaux pourparlers, et abandon prochain de la Normandie toute entière, en échange de quoi un autre apanage lui sera offert, après que les ducs de Bretagne et de Bourbon auront été avisés et auront formulé leur avis. Il s'étonne à juste titre d'avoir à se désister d'ores et déjà des droits qui lui ont été conférés et des domaines qu'il a reçus en partage, avant de connaître les propositions nouvelles, ce qui le mettra en mau~ vaise posture et lui enlèvera toute chance de sécurité pour l'avenir. Avant de prendre un parti et de répondre catégoriquement aux ouvertures qui lui ont été faites, il entend être informé de ce que l'on compte décider en ce qui le concerne, et il juge insuffisante la trêve de dix jours qui est offerte pour la proposition de négociations, étant donné l'éloignement des personnages qui doivent y prendre part. Au surplus il rappelle au roi que, en vertu des lettres de pardon accordées à ceux qui l'ont suivi et servi, l'évêque de Bayeux, le comte d'Harcourt, Charles d'Amboise, Jean de Daiilon, les sires de Bueil et de Ghaumont, qui en avaient été primitivement exclus^ , doivent désormais en bénéficier; tant qu'il n'en aura
1. Le même ambassadeur parle du chancelier, et non du vice-chancelier (Bibliothèque nationale, ms. italien 1649, f« 92).
2. Ils en furent exclus par une clause secrète parce que, lors de l'entrevue de Caen, le mois précédent, le duc François II les avait signalés à la vindicte royale comme ajant plus particulièrement contribué à soustraire Charles de France à sa propre tutelle. François II n'était pas homme à oublier, et savait trouver chez Louis XI une oreille complaisante. L'évêque de Bayeux, de même que le trésorier de l'église de Rouen, n'obtinrent leur