Bibliothèque nationale, ms. italien 1593, f
mer à Caen faire à Charles de France d'autres propositions au nom du roi et l'inviter à venir le trouver à Pont-Audemer. Charles de France ne voulut rien entendre ; il fut même, parait-il * , pris d'une très grande frayeur à l'idée de se trouver au pouvoir de son frère, et réclama de François II l'accomplissement de sa promesse de le conduire soit en Bretagne, soit en Flandre, ou ailleurs. Il avait reçu naguère du comte de Charolais deux ambassadeurs qui de la part de leur maître lui avaient promis en Flandre l'accueil le plus favorable s'il adoptait cette solution, en l'assurant que tout serait mis en œuvre pour le réconcilier avec le roi son frère. Et pendant ce temps le duc de Bretagne déclarait à Louis XI qu'il ne garderait pas le duc de Normandie auprès de lui contre la volonté royale.
Une dernière tentative fut envisagée. Il s'agissait cette fois d'offrir à Charles de France l'apanage de Roussillon. Mais les conseillers du duc de Normandie ne voulurent rien entendre. Lui-même déclara ne pouvoir se contenter du comté de Roussillon « que le roi ne tient que par forme de gagiere, où encore il y a bien de grandes difficultez », et affirma qu'en raison du voisinage de l'Aragon et de la Catalogne, il lui faudrait pour garder ce pays un bien plus grand nombre de gens de guerre qu'il n'en pourrait mettre sur pied ; d'ailleurs cette province était trop éloignée de ses parents, de ses amis, de tous ceux qui s'intéressaient à lui. Alors, sur l'invitation qui lui fut faite de désigner lui-même ses convenances, Charles de France demanda qu'il lui fût fait attribution, à titre d'apanage, duBerry, du Poitou et de la Saintonge, ou bien du Berry, de la Champagne et du Yermandois. Ses conseillers s'étaient dit sans doute qu'il fallait réclamer beaucoup pour obtenir peu.
Le 27 janvier, le duc de Bretagne prit sous sa sauvegarde tous les serviteurs du duc de Normandie venus à Caen, en les invitant à quitter la ville dans les huit jours et en leur promettant des lettres de rémission du roi ^ . Le même jour, le trésorier des guerres de Normandie était autorisé à payer les gages
1. Lettre de Panigarola, écrite à Rouen le 9 février (Archivio di Stato, Milano ; Potenze estere,. Francia).
2. Archives départementales de la Loire-Inférieure, B 4, f» 6. — Pièce justificative n^' XXVIIL