IL REPOUSSE LES OFFRES DU ROI
propre. Et Balue d'ajouter, du ton le plus engageant qu'il serait bien préférable que Monseigneur Charles vînt trouver son frère en personne, « le roi le traiterait si bien et doulcement qu'il aurait cause d'en estre bien content )).
D'Oriole et Haraucourt, devant en référer au duc de Normandie, ajournent leur réponse et attendent à Nantes sa décision, qui est telle qu'on peut l'imaginer, et formelle : « Ledit offre ne nous semble pas raisonnable et nous ne sommes point délibérez de le accepter ». Les raisons mises en avant sont les mêmes que précédemment : trop grand éloignement, difficultés entrevues avec le roi d'Aragon, avec les Catalans, voire avec le roi de Portugal, impossibilité pour le roi de se dessaisir du Roussillon qui lui a été engagé en 1462 pour 200000 écus par Jean d'Aragon. Au surplus, tout en aj^ant le plus vif désir de demeurer dans les bonnes grâces de son frère, Charles de France a le regret de décliner l'invitation qui lui est adressée d'aller le retrouver ^ .
Faut-il attribuer l'insuccès de ces démarches à l'entêtement du duc Charles ou de son entourage ? à l'influence de François II qui aurait dicté ou inspiré sa réponse ? à quelque déloyale manœuvre de l'amiral de Montauban, dont la conduite antérieure pourrait faire suspecter la fidélité ? Quoi qu'il en soit, Charles ne paraît nullement fâché de la tournure qu'a prise la négociation ; il s'en ouvre, le jour même, dans une courte missiye adressée à ses représentants, qui témoigne du plaisir qu'il éprouve à conserver l'affection du duc de Bretagne 2 .
En même temps le roi a fait tenir un langage énergique au duc de Bretagne ; il le somme de chasser de ses Etats un prince révolté, et comme il compte sur la puissance de l'argent pour le mieux convaincre, il lui fait verser 60000
1. Lettres de Charles de Normandie à Haraucourt et à d'Oriole, du 3 mars 1466, publ. dans les Documents historiques inédits, t. II, p. 442. Forgeot, qui l'a anah'sée (Jean Balue cardinal d'Angers, p. 38), renvoie par erreur à l'édition de Commines par Lenglet-Dufresnoy, t. II, p. 604, où il n'y a rien de semblable.
2. Bibliothèque nationale, ms. français 2811, f» 67 ; Pièce justificative n^
écus sur les 120000 qu'il lui a promis par le traité de Caen^
Il est permis d'affirmer sans crainte que, le jour où- François II parait ouvertement vouloir interdire à Charles de France le séjour dans son duché, en simulant un respect inattendu pour les injonctions du roi de France, le même François II intervient secrètement dans les négociations pendantes pour les faire échouer. N'est-ce pas d'ailleurs Louis XI qui, dans un accès de mauvaise humeur, déclare - que le duc de Bretagne voudrait agir « à la guise de Lombardie, d'en soustenir toujours l'un publicquement et l'autre secrettement, et tenir l'un et l'autre en subjection » ?
Le duc de Normandie, au reste, a beau jeu pour répondre à l'invitation qui lui est adressée : les ducs de Bretagne et de Bourbon ont promis formellement d'intervenir pour régler la question de son apanage ; qu'ils continuent donc à jouer le rôle d'arbitres accepté par eux, et qu'ils obtiennent du roi l'adhésion nécessaire !
Quant à Charles d'Anjou, comte du Maine, oncle du roi, il est fortement suspect d'avoir pactisé avec la Ligue ^, d'avoir
1. Archives départementales de la Loire-Inférieure, B 4, f» 17 : « Françoys, etc., confesse avoir eu et receu de Pierre Jobert, receveur gênerai des finances de monseigneur le Roy, la somme de XXIIm VIIc IIIIxx IX livres tournois pour partie de LX mil escuz d'or qu'il nous a ordonné en ceste présente année commençant le premier jour de janvier derrain passé, pour la moitié de la somme de VI^x mil escuz d'or dont monseigneur le Roy nous a fait don, à avoir et prendre en deux années » (( — Françoys, etc., confesse avoir eu et receu de Pierre Jobert, receveur gênerai des finances de monseigneur le Roy en son pays et duché de Normandie, la somme de XL mil escuz d'or pour partie de LX mil escuz qu'il nous a ordonné en ceste
présente année » — « Françoys, etc., confesse avoir eu et receu de mais-
tre Mathieu Beauvarlet, receveur gênerai des finances de monseigneur le Roy de là les rivières de Seine et Yonne, la somme de IIIP' VI 1^ XI livres tournois pour partie de LX mil escuz d'or qu'il nous a ordonné en cesté présente année.... » (10 mars 1466). — Voir aussi ci-dessus p. 173.