‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 213 sur 598 · NOUVELLES TENTATIVES DE CONCILIATION · texte numérisé non relu

NOUVELLES TENTATIVES DE CONCILIATION

le roi va reprendre bientôt par les armes la presque totalité de la province, on peut se demander s'il a été loisible à Anjorrant de poursuivre bien loin son action, et si l'effet des lettres de son maître a dû être bien grand sur les fonctionnaires auxquels ^Ues s'adressaient ^

Mais n'anticipons pas et reprenons le cours des événements où nous les avons laissés, c'est-à-dire à l'heure où les deux ducs sont venus s'installer en Bretagne, l'un toujours prêt à la lutte, l'autre résigné et attendant des jours meilleurs.

Dès son arrivée, François II fit comprendre à son peuple qu'il avait besoin d'argent ; il convoqua les Etats de Bretagne pour obtenir d'eux un fort subside de guerre-. Puis il s'ingénia à signer avec le roi d'Angleterre une trêve d'une année (28 février 1466), qui lui permettait d'avoir les mains libres de ce côté ^.

Le rapprochement qui s'élait effectué entre Charles de France «t François de Bretagne, l'un héritier présomptif du trône, l'autre grand feudataire, n'était pas sans affecter profondément le roi ^, qui redoutait toujours une reprise de la ligue et des

1. Le jour où les fonctions de Martin Anjorrant devinrent presque purement honorifiques (22 mars 1468), il fut autorisé à prendre un congé (Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol. 2080, Mulot, n» 2). De même, le 20 février 1468, étant à Rennes, le duc Charles permet à Henry Milet de se faire remplacer par une personne compétente dans la charge de contrôleur des finances, qui est presque une sinécure (Idem, Pièces originales, vol. 1964, Milet, no 10).

2. Archives départementales de la Loire-Inférieure, B 4, fo 35 v^. — Les impôts des dites aides furent ainsi répartis dans les diverses régions de la province : Rennes, 1900 livres ; Vitré, 320 ; La Guerche, 60 ; Dol, 160 ; Marclllé, 35 ; Nantes, 1500 ; Châteaubriant, 60 ; Saint-Brieuc, 300 ; Quintin, 100 ; Lamballe, 300 ; Moncontour, 100 ; Jugon, 20 ; Vannes, 400 ; Redon, 260 ; Malestroit, 100 ; Hennebont, 130 ; Quimper, 500 ; Rostrenen, 36 Pont-l'Abbé, 30 ; Le Faou, 16 ; La Roche-Maurice, 12 ; Landerneau, 75 Morlaix, 300 ; La Villeneuve près Morlaix, 14 ; Guingamp, 300 ; La Roche Derrien, 60 ; Saint-Malo, 100 ; Ploermel, 100 ; Josselin, 160 ; Dinan, 600 Montfort, 40 ; Bécherel, 77. L'année suivante, les chiffres sont un peu aug mentes pour quelques-unes de ces localités (Idem, f" 154).

3. Archives départementales de la Loire-Inférieure, B 4, f^ 13. — Aussi verra-t-on sans tarder Louis XI faire armer ses navires de Normandie contre l'Angleterre et défendre les côtes parle ban et les francs archers (cf. Ch. de LaRoncière, Histoire de la marine française^ t. II, p. 321).

4. Aussi s'efforce-t-il de rassurer et de se concilier toujours les populations, témoin une lettre qu'il écrivit le 30 mars aux membres du Parlement =de Toulouse, qui lui répondent quelques semaines après : (( Nostre souverain

hostilités. Tant que Charles de France demeurera en étroit contact avec son hôte, la coalition peut être reconstituée d'un moment à l'autre, peut-être même avec de nouveaux alliés; le danger est pour Louis XI menaçant et permanent. Celui-ci n'a d'autre pressant désir que de le faire cesser ; il s'y emploiera avec ruse et habileté, ses armes coutumières. Une première tentative diplomatique a lieu dès la fin de février. De la part du roi arrivent à Nantes Balue et l'amiral de Montauban, chargés de renouveler les propositions déjà faites au frère du roi, qui envoie au-devant d'eux d'Oriole et Haraucourt ' : 60000 écus de pension à prendre sur les revenus du Languedoc, et l'apanage de Roussillon où l'on fait valoir qu'il s'y trouve de belles places et de bons ports de mer ; le duc de Normandie aura libre passage par tout le royaume, et s'il craint pour sa sécurité, — ce qui est certes une supposition blessante, — il pourra être accompagné dans ses déplacements par des gens d'armes spécialement chargés de veiller sur sa personne : même il lui sera loisible de se faire escorter par des bretons en tel nombre qu'il lui plaira. D'ailleurs Louis XI souhaiterait que son frère se conduisît « ainsi que bon et obéissant frère doit faire », et s'employât aux affaires du royaume comme l'exigeraient l'intérêt général et le sien

seigneur, nous nous recommandons très humblement à vostre bonne grâce,, et vous plaise, nostre souverain seigneur, que par maistre Loys Luillier, vostre conseillier en ceste court, avons receues voz lettres clouses données à Saumur le XXX^ jour du mois de mars derrenier passé, contenans que naguieres paravant la date des dictes lettres nous aviez escript de l'alc^ en Bretaigne de monseigneur le duc de Berry vostre frère, et des entreprises contre vous faictes, et des bonnes provisions que avez faictes et données es villes et places du paj's de Poictou, et aussi des bonnes responses à vous faictes par les villes de Paris et autres des pays de France, Champaigne, Normandie et Picardie, Auvergne, Limosin et Guienne, pour vous servir et obéir ; desquelles lettres, nostre souverain seigneur, en tant qu'il vous a pieu nous faire savoir voz affaires et vostre bon estât et prospérité, nous, vous mercions très humblement et vous certifions, nostre souverain seigneur, que autres lettres que les dessus distes touchant ladicte matière nous n'avons receues de vous ; et au regard de nous, nostre souverain seigneur, touchant les dictes matières et autres qui vous pourroient toucher et vous surviendroient en vostre pays de Languedoc, nous sommes voz très humbles et très obeissans subgez et serviteurs prestz de vous obéir et servir, etc. » (Bibliothèque nationale, ms. français 6963, f° 37).

1. Dom Morice, Preuves, t. III, col. 132 ; et Documents historiques inédits (Charapollion-Figeac), t. II, p. 443.

Page 1