MOYENS DILATOIRES EMPLOYÉS PAR LE ROI
Cour pontificale pour obtention de bénéfices ecclésiastiques, grâces expectatives, dispenses, indulgences, privilèges, au grand détriment des finances du royaume et de la richesse de la nation. Mais était-ce bien pour cet unique objet qu'elle avait été réunie ? N'y avait-il pas d'autres moyens de travailler pour le bien public ? Et ne pouvait-on trouver ailleurs des économies à réaliser, des réformes intérieures à introduire ? On voit très bien ce que les caisses de l'Etat comptaient gagner à cette protestation-, si elle était suivie d'efiPet; on voit mal quel bénéfice immédiat le peuple en pouvait retirer. Louis XI songeait d'avance au rendement des impôts projetés et à l'accroissement inévitable du budget des dépenses.
D'autre part, Louis XI est si inquiet qu'il se décide à prendre à témoin l'opinion publique. Une circulaire aux princes du sang et aux bonnes villes du royaume, rédigée dans un sens d'évidente partialité, leur rappelle tous les bienfaits du roi pour son frère depuis de longues années, d'une part, et de l'autre sa trahison, son pacte avec les rebelles, les refus systématiques qu'il oppose aux propositions royales, quelque avantageuses qu'elles soient, et le pardon qui l'attend encore malgré tout, s'il revient à de meilleurs sentiments : Charles de Normandie jouira alors d'un « si bon et si grand et notable avantage que jamais frère de roi de France si eut » ^.
A tout moment, la guerre semble prête à recommencer, imminente. La diplomatie ne chôme pas. Entre le duc de Bretagne et le comte de Charolais, entre Louis XI et l'Angleterre, entre Edouard IV et François II, les missions se multiplient, actives et dangereuses. Une alliance avec la Castille est acquise au duc de Bretagne, et les ambassadeurs du roi Henri IV, Luis de Atienza et Jaime Dariero, sont venus à cet effet à
1. Conservée grâce à Nicole Gilles, secrétaire du roi, historien contemporain, dans un manuscrit appartenant ajjjourd'hui à la bibliothèque de la ville de Berne, ms. 70 (in fine), et publiée par L. Delisle dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. XXIII (1896), pp 256-262.
2. Voir Documents historiques inédits (Champollion-Figeac), t. II, pp. 459 et suivantes.