‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 25 sur 598 · SES GOUTS DE BIBLIOPHILE · texte numérisé non relu

SES GOUTS DE BIBLIOPHILE

1465, Charles fait transcrire à Milan un exemplaire du De Bello judaico de l'historien Josèphe, moyennant douze ducats environ ^ , et emploie un bénédictin, frère Dominique de Milan, à traduire pour lui le « Kakalein ^ », sans doute quelque ouvrage arabe dont nous n'avons pu retrouver le véritable nom. La présence, dans sa « librairie », d'Ovide, de Virgile, de Plu-

rum ", est du XIII^ siècle, et compte 219 feuillets ; inventorié dans la librairie de Blois sous le n'^ 793 (Bibliographe moderne, 1908, p. 307), il est signalé comme ayant appartenu à Charles de France par les mentions écrites au f*^ 219 v'' : « Karolus de Francia dux Normannorum 1469 », et sur le feuillet de garde final (220) : « Iste liber pertinet domino Karolo de Francia ducis Bicturie. L. Paumier».

1. Une curieuse lettre de l'ambassadeur milanais Alberico Maletta, écrite de Poitiers le 22 février 1465, nous renseigne sur ses goûts, et nous en donnons un extrait que veut bien nous communiquer M. B. de Mandrot : " E intendendo che luy [duca de Berri] desiderava molto di havere unlibro che se domanda Egisipo, a me prestato per Lucha Croto, gli disse haver intexo che haveva grato de havere questo libro, e ge lo mandaria ; e piacendoli Va Sigi^, gli ne faria scribere uno intuta perfectione. E se altri libriel volesse, ne armatura ne altra cossa in Italia, che la V^ S'^ per revereutia del Re e per suo amore haveria de singolare gratia a mandargelse. Queste parole gli fono moite acetc e ringratiame assai. Gli manda el libro per una mio figliolo, cum el quale ne lesse asai, et hebbelo molto acepto. Se a la Va Sigia paresse de dire a Lucha Croto chevi lassasse questo libro, e che vuy gli ne faresti scrivere uno a Milano, che credo non costaria oltra X a XII ducati, saria optima spexa e cagionee principio de ben disponere questo signore verso la V'** Signoria. E se za fusse a camino e la V» Signoria me scrivesse, gli remanderia el libro, ben perô ch'iome vergogna de rechederlo, e se fusse mio, già liberamente ge lo haveria donato. E per fino adesso per respect© del Re non ho usato cum luj' tropo grande domesteghoza, ma essendo proxime ad mio partire, e cognoscendo el Re ormai la fedc mia, faro dilligentia cum bono modo de carezarlo più do lo usato e de farvclo amico e benivolo. " (Orig., Bibliothèque nationale, ms. italien 1593, f'* 145). — Comme on le voit, le subtil italien considérait comme de bonne politique d'accéder à la demande de Charles de France, dont il est nécessaire de se concilier les bonnes grâces et qui n'est pas précisément considéré comme un ami de François Sforza, " che el duca de Berri non era nostro amico ». Déjà, en août 1463, le duc de Milan, en envoyant en France Maletta, « clarissimus jurisconsultus », l'avait accrédité auprès du duc de Berrj' en même temps qu'auprès durci, du chancelier de France, de Charles d'Anjou et de René de Lorraine (Bibliothèque nationale, ms. italien 1595, f° 222) ; cf. Lettres de Louis XI, t. II, p. 168 et passim ; Perret, Histoire des Relations de la France avec Venise (Paris, 1896, 2 yol. in-8). Dans sa réponse du 12 mars, le duc François Sforza approuve entièrement la proposition de son ambassadeur.

2. Bibliothèque nationale, ms. Clairambault 221 (Comiîte de janvier 1466),. fo 29. Pièce justificative n" XXVI.

tarque, de Sénèque ^ de Dante, de Marco Polo, de l Histoire de Troie de Guido Colonna, et de l'œuvre d'un contemporain, Enea Silvio Piccolomini ^ , les soins qu'il prend de ses livres quand il se déplace ^ , témoignent de goûts de bibliophile avisé qui n'étaient pas rares, on le sait, chez les princes français du XV*^ siècle.

On est même en droit de se demander si ce prince n'a pas connu Robert Gaguin et les lettrés ses amis; le fait est du moins certain pour Guillaume Fichet, et pourquoi n'aurait-il pas applaudi à l'initiative de ce dernier lorsque commença de fonctionner l'atelier typographique de la Sorbonne sous sa direction ? Guillaume Fichet lui a offert un exemplaire de sa Rhetorica * , et dans la dédicace que nous reproduisons ^ , il ne tarit point d'éloges sur Charles de France, si semblable à son père, dit-il, par les traits, par les vertus, par l'amour des lettres, et son véritable héritier en toutes choses.

Charles vo3'age toujours accompagné de ses gens, dont les émoluments montent, par an, à 476 livres tournois. Il est suivi de son chapelain, de sa gouvernante Jeanne Mareschal, de ses valets de chambre Macé de Guinais et Jean Chambellan, de ses femmes de chambre Georgette de La Flotte et Catherine de Villiers ^. En novembre 1458, il se trouve au château de Montils-lez-Tours en compagnie de mademoiselle de Laval et de son neveu Charles, fils d'Yolande de Savoie " ; au début de l'année 1460, la reine, sa sœur Madeleine et lui séjournent ^ mi château de Champigny-sur- Vende ^ ; à la fin de la même

1. Bibliothèque impériale de Vienne, ms. latin 122 (369 fip.) ; cf. Endlicher, Catalogus codiciim philologicorum latinorum bibliothecae palatinic Vindobonensis (Vindobouae, 1836, in-4), p. 111) : " Seneese tragoediae picturis ornatus ", où on lit, à la fin, ces mots " Script. 1548 ", et la preuve de la propriété constatée :**Iste tragédie suntdomini Karolide Francia ducis Biturie ".

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