DÉTRESSE DES POPULATIONS NORMANDES
hospitalité gratuite pour eux et leurs chevaux ; ils faisaient aussi main basse sur le bétail, les charrettes et voitures des laboureurs, entassant pèle mêle le mobilier des fermes et des chaumières, obligeant aussi ceux-là même qu'ils dépouillaient à conduire les chevaux qui emmenaient ainsi leur butin ; tous les objets en fer et en métal excitaient leur convoitise et ils réquisitionnaient chenets, chaudrons, trépieds ; couvertures de laine et de lin disparaissent du même coup » ^ La dévastation porta principalement sur la région de Mortain, Vire, Avranches et Coutances, et les vieilles rancunes des deux races voisines, que la misère rendait plus violentes, s'étalaient au grand jour.
Dans quelques localités, le paysan se révolta et cria vengeance. Une sorte de chouannerie, comparable à celle qui eut la même contrée pour théâtre trois siècles et demi plus tard, trouva de nombreux partisans ; et dans ce pays tourmenté et accidenté qu'on appelle volontiers Bocage normand ou Suisse normande, avec ses fossés profonds, ses clôtures infranchissables, ses labyrinthes de chemins, ses fourrés impénétrables, ses hauts ajoncs épineux, ses épaisses futaies, la guerre de partisans pouvait se donner libre cours. Ceux qui s'y livrèrent furent désignés par le sobriquet de « galants de la feuillée » - :
Gentilz gallans de France Qui en la guerre allez ^ .
Quelques documents signalent leur présence àGavray, à Vire, à Mortain *, dans une partie du Cotentin et dans le Bocage ; la disparition d'un couvent de femmes, qui existait à Ouville (entre Gavray et Coutances), très fréquemment exposé aux visites de ces pillards, déjà ruiné par la guerre de Cent ans,