‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 29 sur 598 · PROJETS DE MARIAGE · texte numérisé non relu

PROJETS DE MARIAGE

proposait de le substituer au dauphin ^ Ce ne fut qu'une rumeur sans portée.

Peut-être cette pensée a-t-elle hanté l'esprit de Charles VII - , mais il l'abandonna vite, reculant devant la gravité des conséquences pour la sécurité du royaume et le bon renom de la maison royale. Du moins, si Charles VII fut assez clairvoyant pour ne pas prêter l'oreille à de mauvais conseillers, et ne pas désigner son dernier fils bien-aimé comme son successeur éventuel au trône, il tenta par différents moyens, tout en faisant échec au dauphin, de fixer l'avenir de ce prince de dix ans et de trouver dans l'orientation de sa politique étrangère des éléments utiles à cet avenir. Telles ses tentatives pour la succession de Bohême ; tels ses projets matrimoniaux avec les familles royales de Saxe et de Castille. Si ces entreprises ne furent pas couronnées de succès, on peut dire sans exagération que, jusqu'à sa dernière heure, le roi de France songea à l'établissement de son second fils en qui il se sentait revivre après l'ingrate conduite du dauphin Louis.

Le 18 décembre 1457, Charles VII reçut solennellement au château de Montils-lez-Tours les ambassadeurs de Ladislas, roi de Hongrie et de Bohême, qui, par la bouche de l'archevêque de Kolocza, vinrent solliciter pour leur maître la main de la fille du roi de France, Madeleine. La demande fut bien accueillie et les réjouissances à la Cour allaient leur train lorsque soudain Ladislas mourut emporté par la peste. Ce fut un deuil public en France, et les ambassadeurs quittèrent Tours le 31 décembre, comblés de présents, après avoir prié Charles VII de mettre en sa garde et protection le duché de Luxembourg ^ . Le roi ne tarda pas à en prendre possession et immédiatement la pensée lui vint qu'il pourrait peut-être profiter des circonstan-

1. G. Du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles Vil, t. VI, p. 89, d'après Th. Basin qui dit catégoriquement (t. II, p. 3) : « Carolum... optimœ indolis probisque moribus imbutum et educatum... eum regni hœredem atque successorem, exhaeredato Ludovico, ut fama erat, facere cogitarat. » Cf. aussi Zurita, Anales de la Corona de Aragon, 1. XVII, c. xxii.

2. Œuvres de Georges Chastellain (édit. Kervyn de Lettenhove), t. 111(1864), p. 441.

3. Voir les détails dans l'ouvrage du marquis de Beaucourt, t. VI, pp. 167-^71, et dans Alf. Leroux, Nouvelles recherches critiques sur les relations politiques de la France avec l'Allemagne (1892), p. 301.

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ces pour briguer au nom de son fils Charles la couronne de Bohême. L'envoyé tchèque Sdenek de Steinberg paraît même le lui avoir conseillé. Charles VII expédie aussitôt à Prague, auprès des Etats, un homme de confiance, Thierry de Lenoncourt, bailli de Yitry-sur-Marne, qui a mission de leur présenter cette candidature inattendue, et arrive à destination le 14 février 1458, muni de lettres de créance ^ , expliquant les désirs de son souverain, avec de belles promesses destinées à rallier les suffrages du peuple tchèque ; l'ambassadeur déclara que, en raison du jeune âge de Charles de France, celui-ci pourra gouverner la Bohême avec laide de George de Podiebrad * ou de tel autre prince qui conviendrait mieux, jusqu'à ce qu'il ait atteint ses seize ans révolus, et aussi que, dans la pensée de son maître, Charles de France, devenu roi de Bohême, pourra épouser une fille du roi Casimir de Pologne. Charles VU avait compté sans les nombreux compétiteurs qui se présentèrent pour briguer la succession de Ladislas ; George de Podiebrad fut élu le 2 mars par acclamation ^ , et Thien-y de Lenoncourt rentra en France. On ne lui tint pas rigueur de cet insuccès, car on le verra plus tard chargé d'autres négociations. Quelques mois après, Charles de France attire encore sur lui l'attention publique ; mais les circonstances sont tout autres. Au moment où va se juger, à Vendôme, devant une magistrale assemblée, le procès du duc d'Alençon accusé de

1. Conservées à Prague (G XIX du fonds du chapitre, f" 184), ces lettres ont été publiées par Fr. Palack3', Urkiindliche Beitraege zur Geschichte Bœhmens und seincr Nachbarlaender im Zeitalter Georg's von Podiebrad (Fontes rerum austriacarum, Diplomata et acta, XX \Wien, 1860, in-8!, pp. 122-123.

2. Sur Podiebrad, voir le vol. LVIII (1882) du Xcnes Laiisitzisches Magaziii ; et sur ses relations ultérieures avec la France, Des bochmisclien Herrn L. von Rozmilal Reise durch die Abcndlande (Stuttgart, 1844, in-8}; J. Pazout, Kœnig Georg von Bœhmen und die Concilfrage {Archiv fur œsterreichische Gcsch'ichie, t. XL, 18G9, pp. 323-370) ; et A. H. Wratislaw, Diary of an Embassg from king Georg of Bohemia to king Louis XI of France, of ihe gearihG^i, froma contemporarg manuscript {hondon, 1871, in-8;. — Le manuscrit français 5044 de la Bibliothèque nationale (f» 118) conserve une lettre de Podiebrad à Louis XI, de l'année 1467.

3. Palacky, ouvr. cité, p. 135. — Un peu plus tard (Dieppe, 18 juillet 1464), une alliance est conclue entre Louis XI et Georges roi de Bohême (Bibliothèque nationale, coll. Dupuy, vol. 648, f" 140).

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