‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 30 sur 598 · LE LIT DE JUSTICE DE VENDOME · texte numérisé non relu

LE LIT DE JUSTICE DE VENDOME

conspiration, Charles VII part pour la présider, accompagné d'une suite nombreuse etdu(( petit seigneur » qui assistera aux séances à la place qu'aurait dû occuper le dauphin, à côté de Dunois et du chancelier Jouvenel des Ursins, et immédiatement après le roi ^ Dans une description détaillée des séances de ce procès fameux -, on trouve la mention précise de tous les assistants aux premières séances, et notamment « au cousté dextre des pies de ladite chayere estoit chacun jour assis Monsieur Charles, fils du roy, richement vestu de soye ^ et souvent de velours cramoisy, fouré de martres jusqu'à terre, et sur sa teste un bonnet noir, et dessus un chappeau gris, et une plume d'orfa vrerie sur ledit chappeau ». A sa droite, Dunois et le chancelier sont vêtus de rouge ; à sa gauche se tiennent les pairs de France laïcs, et en premier lieu le duc d'Orléans, « environ à quatre à six pies de distance de Charles ». L'exactitude de cette description est corroborée par la belle miniature de Jean Foucquet, conservée dans une traduction de Boccace qui fait partie des richesses manuscrites de la Bibliothèque royale de Munich * , et dont on a une bonne reproduction en couleurs dans la magnifique édition publiée par M. le comte Paul Durrieu 5. La miniature charmante de Jean Foucquet représente l'une des nombreuses séances qui se tinrent à Saint-Georges de Vendôme, d'août à octobre 1458, et l'on y distingue facilement les traits sympathiques du « petit seigneur » qui porte le manteau bleu, la robe cramoisie et le bonnet noir *^. Il est à présu-

1. G. Du Fresne de Beaucourt, ouVr. cité, t. VI, pp, 187 et suivantes,

2. Archives nationales, U 986 ; — Bibliothèque nationale, ms. français 6750, f« 5.

3. Sans doute du satin de Lucques (Archives nationales, KK 51, f» 87 v"^|.

4. Etudié par le comte Paul Durrieu : Le Boccace de Munich (Munich, 1909, in-4) ; cf., du même auteur : Les Antiquités Judaïques et le peintre Jean Foucquet (Paris, 1907), pi. xxii.

5. Elle avait été autrefois décrite, par Vallet de Viriville dans la Revue archéologique, t. XII (1855), p. 511 ; et une reproduction en avait été donnée dans le Bulletin de la Société arch. du Vendômois, t. XIII (1874), p. 132.

6. Le lit de justice de Vendôme est encore figuré par un des dessins qui ornent le Monstrelet dit de Rochechouart (Bibliothèque nationale, ms. français 20362, fol. 120), également étudié par le comte P. Durrieu (Revue de l'Art ancien et moderne, 1913) ; mais ce dessin, où il est diifficile d'ailleurs de distinguer les traits des personnages, est très postérieur à l'événement et par conséquent sans intérêt historique et iconographique.

22 l'enfance de Charles de france

mer qu'il ne s'affublait pas chaque jour, en outre, comme à la séance d'inauguration, du chapeau gris et de la plume d'orfèvrerie. La présence du Jeune prince au procès du duc d'Alençon fut d'ailleurs de pure obligation, et il est permis de conjecturer sans crainte d'erreur qu'il eût volontiers passé plus agréablement son temps. Mais son père avait tenu à rehausser l'éclat du tribunal officiel par la présence d'un très grand nombre de princes du sang et il avait décidé que son fils y figurerait à son rang, c'est-à-dire au premier après lui : dès lors le fils n'avait eu qu'à obéir.

Cependant la question du Luxembourg restait toujours en suspens. On sait les phases diverses par lesquelles elle passa, avant d'aboutir à la cession par Guillaume de Saxe et la duchesse à la France de tous leurs droits sur le duché de Luxembourg et les comtés de Chiny ^ et de La Roche - , moyennant cinquante mille écus d'or -. Charles VII, qui avait réussi à mener à bien cette affaire, où Thierry de Lenoncourt lui fut d'un secours précieux, avait en même temps songé à négocier un futur mariage de son fils Charles, âgé de onze ans et demi, avec Marguerite, fille de Guillaume de Saxe, qui avait dix ans à peine. Dès le mois d'avril 1458, il fut question de ce projet, politique autant que le sont tous ceux du même genre. Guillaume de Saxe se prêtait d'ailleurs volontiers à cette combinaison, puisqu'on en trouve trace dans les instructions données aux ambassadeurs qu'il envoya conférer avec les représentants de Charles VII à Coblence Ml se félicita, l'année suivante, d'avoir vu le roi de France prendre sa cause en main ; il avait appris avec joie qu'il songeait à donner le Luxembourg à son jeune fils Charles et l'assura qu'il se féliciterait grandement si quelque jour, de son

Page 1